Bill Maher

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L'avantage d'avoir été pauvre

Publication: 2/03/2012 00:00

Si vous avez grandi aux États-Unis, il est probable que vous aimiez l'argent. Le plus vieux souvenir dont je peux me rappeler est celui d'avoir été puni pour avoir subtilisé un billet de cinq dollars qui traînait sur la commode de mon père. J'étais si jeune que mes notions du bien et du mal étaient encore floues. En tout cas, cette leçon m'aura appris deux choses: piquer c'est voler, et posséder de l'argent est agréable!

Après avoir quitté le nid familial à l'âge de 18 ans, mon niveau de vie de classe moyenne en a pris pour son rhume. J'ai étudié à l'université Cornell sans avoir un sou en poche - une réalité que trahissait malheureusement mon apparence physique. Les trois années que j'ai passées à « Collegetown » n'avaient rien de princier. La ville d'Ithaca, dans l'État de New York, est ni plus ni moins qu'une grosse cité universitaire en plein milieu de la campagne. Chaque année, des milliers d'étudiants y affluent et parmi ceux-ci, bon nombre choisissent de vivre en appartement plutôt que dans les résidences du campus. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que des propriétaires véreux laissent pourrir leurs logements locatifs.

Mais croyez-le ou non, les taudis d'Ithaca étaient luxueux en comparaison de ce qui m'attendait à New York en 1979, lorsque j'y ai débuté ma carrière de comédien. J'ai habité durant un an sur la 99ième rue, dans le quartier Spanish Harlem. Il fallait monter cinq étages à pied, et la toilette commune se trouvait au fond du corridor. Il n'y avait pas de douche, mais je pouvais visser un tuyau sur le robinet de l'évier afin de me laver dans une bassine au beau milieu de la cuisine.

Chaque soir, je revenais à pied des cafés-théâtres du chic Upper East Side. Les rues devenaient de plus en plus glauques au fur et à mesure que j'avançais vers le nord. Personne ne m'a jamais volé car en un coup d'œil, les pickpockets comprenaient que je n'en valais pas la peine. Curieuse sensation de liberté que celle de n'avoir plus rien à perdre!

Ma situation a évolué à un point tel que, 33 ans plus tard, j'ai fait un don d'un million de dollars à un comité d'action politique afin de soutenir le président métissé que vous connaissez bien. N'en déplaise à mes amis progressistes trop complaisants, ce président ne gagnera pas l'élection de 2012 sans y mettre un certain effort.

Le grand avantage d'avoir été pauvre est que vous vous sentez beaucoup plus libre le jour où vous devenez riche. Après avoir réussi à survivre sans argent ou presque, la liasse de billets sous le matelas n'a plus besoin d'être aussi épaisse pour garantir un sommeil réparateur.

Quelques personnes de mon entourage s'étonnent encore que j'aie pu verser un don aussi important. Je dois leur rappeler que j'anime des émissions de télévision depuis 1993. Le petit écran paye bien - je dois même avoir laissé traîner un autre million à quelque part !

À chaque mois de décembre, je rends visite à mon comptable afin de faire le bilan de l'année. Celui-ci ne manque jamais de me dire que je suis le plus économe de ses clients. Cela m'étonne toujours, puisque j'ai l'impression de vivre dans l'abondance et de ne manquer de rien. Je lui ai donc demandé de me parler de ses autres clients. À ma connaissance, ceux-ci disposent de fortunes beaucoup plus importantes que la mienne.

Mon comptable a répondu que ses clients font toutes sortes de dépenses frivoles, mais que les modes changeantes n'en sont pas la cause. Dans une certaine classe sociale, il semblerait qu'il faille flamber tout l'argent aussi vite qu'on le gagne, afin de ne rien laisser à notre mort!

Quant à moi, je n'ai pas de goûts de luxe. Je ne collectionne pas les voitures, les œuvres d'art ou les bijoux. J'ai cessé de prendre de l'héroïne il y a fort longtemps. Lorsque j'ai remis un chèque d'un million de dollars à Priorities USA Action la semaine dernière, j'ai tenu à rappeler que plusieurs personnes pourraient contribuer autant que moi, sinon plus.

Vous savez, Hollywood est le seul endroit aux États-Unis où les millionnaires et milliardaires sont progressistes - à l'exception peut-être de la Silicon Valley et du Vermont (où habitent les fondateurs des crèmes glacées Ben & Jerry's).

14 des 16 milliardaires américains qui ont contribué aux comités d'action politique cette année l'ont fait pour soutenir des candidats républicains. Le Parti républicain est plus que jamais le « parti des riches ».
Avant le jugement Citizens United, rendu par la Cour suprême en 2010, la contribution maximale qu'un citoyen pouvait verser à un candidat politique était de 2300 $. Ce plafond a sauté, et la contribution est désormais illimitée. Le Parti républicain part donc avec une longueur d'avance, et la réélection de Barack Obama est loin d'être dans le sac.

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