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Parents, RELÂCHEZ !!!

22/02/2017 01:57 EST | Actualisé 24/02/2017 12:45 EST

On s'entend que la relâche, en 2017, ce n'est pas la relâche de 1985.

En 1985, on restait une semaine à la maison, à jouer dehors avec nos amis de la rue, à rentrer seulement pour mettre des sacs dans nos bottes et manger. Les journées semblaient tellement longues. On était dehors du matin au soir. Je me rappelle avoir pleuré parce que mes Sorel ne séchaient pas assez vite, que mes trois paires de mitaines étaient trempées et que ma mère m'avait dit de regarder un peu de télé pendant que ça sèche. Dans ce temps-là, rentrer dans la maison c'était la pire affaire qui pouvait t'arriver.

Pendant une semaine, on voyait nos amis, on flânait, on glissait, on écoutait quelques films, on relaxait, on se faisait garder par nos grands-parents ou chez la mère d'un de nos amis qui ne travaillait pas. Chose certaine, en 1985, c'était une vraie semaine de relâche.

En 2017, la relâche, c'est un peu plus compliqué. C'est beaucoup plus d'organisation pour les parents. Parce qu'en 2017, tu ne peux pas laisser tes enfants s'ennuyer et errer dans la rue avec des amis. Si tu fais ça, tu as l'impression que la DPJ va arriver chez vous avec des accusations de négligence.

Parce qu'en 2017, il faut que tu fasses de ton kid un futur génie. Il n'a pas le temps d'avoir 5 jours de congé.

Alors tu réserves un camp spécialisé en gym ou en sciences. Cinq jours où ton enfant n'aura pas une minute pour s'ennuyer. Et surtout, il va apprendre quelque chose. Parce qu'en 2017, il faut que tu fasses de ton kid un futur génie. Il n'a pas le temps d'avoir 5 jours de congé. Sinon, il va prendre du retard sur les autres enfants qui vont avoir appris le mandarin pendant la relâche.

La business des camps de relâche et des camps de jour l'été me fait frémir.

Chaque fois qu'il y a un congé d'école, on le remplit avec une autre activité de 8 à 4. On n'a pas le choix de le payer parce qu'on travaille. On n'a pas le choix de travailler parce qu'il faut le payer. Le maudit cercle vicieux de la consommation. En 2017, on a plein d'obligations, plein de responsabilités financières, une profession qui n'offre pas de congés au bon moment ou une job qui ne comprend pas qu'on a des enfants...

Il y a ça, mais il y a aussi (et surtout) le fait qu'on se sent mal qu'ils aillent ne rien faire chez un ami, des grands-parents ou une cousine. Comparativement à 1985, ne rien faire, en 2017, c'est perdre son temps.

Mais moi, j'aime ça l'idée de perdre son temps. J'ai déjà pensé que perdre son temps, c'était une mauvaise chose pour mes enfants. Depuis que j'ai testé le « rien faire », j'ai fait des choix différents pour eux, pour leur laisser plus de temps à errer, je sais que c'est une excellente chose, même en 2017.

Mais c'est difficile. Premièrement, il faut organiser le temps, trouver des solutions pour ne pas les caser dans des camps. Ce qui veut dire prendre des congés ou trouver une maman à la maison qui est prête à avoir un enfant de plus pendant les congés ou demander une faveur à un des grands-parents ou à un voisin.

Et deuxièmement, le plus difficile : expliquer à nos enfants cette idée qu'ils ne feront rien pendant le congé. Leur expliquer qu'ils devront faire de petites choses simples. Qu'ils vont devoir affronter leur «soi-même», avec du temps à ne rien faire. Que ce sera difficile. Que ça ne pourra pas être de la techno huit heures par jour, mais bien du temps relaxe, à lire, jouer dehors et à trouver des amis dans la rue.

Parce qu'en 2017, il n'y en a pas d'enfants dans la rue. Ils sont tous dans des camps ou devant la télé. Il faut donc expliquer à nos enfants qu'ils devront aller cogner chez des amis de la rue, inviter des enfants qu'ils connaissent peu ou marcher à la recherche d'amis à la patinoire du coin. Avec cette idée de « relâcher », on sort nos enfants de leur zone de confort ou les adultes organisent tout pour eux.

Et je pense que ce genre de relâche où l'on ne fait rien de spécial, c'est justement là où ils apprennent le plus. Apprendre à s'organiser, à être seul, à lire, à imaginer quoi faire, à trouver des solutions, à aider, à socialiser avec les autres, sans que les adultes interviennent...

Drôlement, j'ai plus envie que mes enfants apprennent tout ça plutôt qu'une troisième langue ou qu'ils perfectionnent leur gym ou leur hockey. J'ai envie qu'ils se reposent, qu'ils « relâchent ». Parce que tout le reste de l'année, on les presse avec l'école, les activités sportives et les cours de musique.

Après tout, c'est nous les parents qui doivent « relâcher » et choisir de faire vivre une relâche pour nos enfants.

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