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Des porteurs d'eau

13/01/2015 12:03 EST | Actualisé 14/03/2015 05:12 EDT

J'ai un fils dépouillé / Comme le fut son père / Porteur d'eau, scieur de bois

Locataire et chômeur / Dans son propre pays

Il ne lui reste plus / Qu'la belle vue sur le fleuve / Et sa langue maternelle

Qu'on ne reconnaît pas

Félix Leclerc, L'Alouette en colère

Dans cette chanson clamant sa colère, Félix Leclerc fait référence à notre passé de porteurs d'eau. Scieurs de bois et porteurs d'eau, pour dire notre condition de citoyens de deuxième classe dans notre propre pays. Depuis, nous avons progressé. Mais peut-être pas tant que ça. De nos jours, nous sommes devenus malgré nous des porteurs de pétrole, puisque nous faisons encore partie de ce Canada en train de devenir un État pétrolier.

Et si on transformait cette expression péjorative en fierté collective? Si nous redevenions des porteurs d'eau dans le monde? Le Québec détient de 2% à 3% des réserves d'eau douce de la planète. Nous sommes les propriétaires et les fiduciaires de cette ressource vitale. Le Québec pourrait se donner la mission et l'ambition de développer et de partager une expertise de pointe en matière de préservation et de distribution de l'eau potable sur la planète. Nous savons que l'accès à l'eau potable est crucial, source de conflits, source de vie. Pourquoi ne pas contribuer au progrès humain en devenant les porteurs d'eau du monde? Quelle belle revanche ce serait sur notre passé!

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La social-démocratie, au 21e siècle, c'est l'équilibre entre le social, l'économie, mais aussi l'environnement. Et quand on parle d'environnement, la première chose qui me vient en tête, c'est l'eau.

L'eau, c'est la ressource la plus importante que nous ayons, nous, les Québécois. Protégeons-là! En ce moment, les grands utilisateurs d'eau payent des redevances de seulement 7 cents le mètre cube d'eau, ce qui équivaut à 7 millième de cent le litre! Je propose qu'on multiplie cette redevance par dix pour l'établir à 70 cents par millier de litres utilisés.

Et puis, cessons d'acheter par centaines des bouteilles d'eau en plastique. Selon Recyc-Québec, en 2008, il se serait vendu un milliard de bouteilles d'eau en plastique, dont près de la moitié ne sont pas recyclées. Un milliard! C'est sans compter les bouteilles de plastique des autres boissons. On estime que pour produire et distribuer un litre d'eau en bouteille de plastique, il faut l'équivalent d'un quart de litre de pétrole. Le coût environnemental de la consommation de l'eau en bouteille de plastique est très élevé. D'autant qu'au Québec, l'eau potable est disponible, de bonne qualité et très peu coûteuse. On doit se donner l'objectif de réduire de moitié la quantité de bouteilles de plastique vendues sur notre territoire en 5 ans. Pour ce faire, le Québec pourrait introduire une écotaxe de 5 cents sur les bouteilles en plastique non consignées d'un litre ou moins.

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Ces deux mesures mises ensemble devraient rapporter au moins 80 millions de dollars à l'État québécois, une somme qui nous permettra de mettre en place quatre mesures visant à protéger notre environnement :

  • La création d'un fonds d'aide à la réhabilitation des terrains contaminés pour éviter la contamination de la nappe phréatique ;
  • La création d'un fonds pour restaurer les cours d'eau et en redonner l'accès aux Québécois;
  • Une campagne de sensibilisation et de mobilisation pour inciter les Québécois à réduire de 50% la consommation de bouteilles en plastique d'ici 5 ans;
  • La création d'un fonds de soutien à l'innovation dans les technologies d'assainissement des eaux.

En plus d'assainir notre eau et notre environnement, ces mesures vont nous enrichir collectivement. Moins de plastique, c'est moins de pétrole importé. Les terrains décontaminés prendront de la valeur et l'État touchera une part équivalente à ce qu'il a misé. L'accès à nos cours d'eau constitue également une richesse inestimable, pour notre qualité de vie, mais aussi pour le tourisme. Quant aux technologies d'assainissement, nous pourrons les exporter partout dans le monde.

On pourra encourager nos jeunes aussi, qui ont à cœur la solidarité internationale. On pourrait dès maintenant dégager un budget de quelques milliers de dollars pour financer des initiatives humanitaires organisées dans nos écoles pour aider des communautés ailleurs dans le monde à avoir accès à de l'eau potable. Comme par exemple, ce projet du Cégep de La Pocatière, «Puisons l'espoir».

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Un Québec indépendant

Comme province, nous finançons une politique étrangère canadienne vouée au pétrole. Comme pays, nous pourrons faire des choix différents. Avec l'indépendance, nous pourrons orienter notre politique de coopération internationale et d'aide humanitaire en mettant de l'avant notre expertise dans le domaine de l'eau et en faire la signature internationale du Québec. Nous serons du côté des pays luttant contre les changements climatiques, nos intérêts nous dictant de réduire notre dépendance au pétrole.

Plutôt que de subventionner les grandes pétrolières comme le fait actuellement le gouvernement fédéral, le Québec pourra, par exemple, rétablir le financement de l'Institut Maurice-Lamontagne à Rimouski. Nous pourrons mettre toutes les ressources d'un pays pour réduire notre dépendance au pétrole. Le Québec indépendant pourra prendre ainsi une série de décisions qui feront de notre pays la première économie verte des Amériques.

Porteurs d'eau? Oui. Comme dans porteurs de progrès, porteurs d'espoir.

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