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Le Plan Nord

14/02/2016 09:46 EST | Actualisé 14/02/2017 05:12 EST

Le Plan Nord ne semble pas encore donner les retombées espérées dans les régions au-delà du 49e parallèle. En décembre, dans une lettre ouverte adressée au gouvernement de Philippe Couillard et signée par 16 dirigeants d'entreprises du secteur de Sept-îles, on expliquait que «jusqu'à maintenant, le Plan Nord a créé six emplois sur la Côte-Nord alors que plus de 1000 emplois ont été perdus dans les trois dernières années avec la baisse du marché des métaux». Les signataires sont d'avis que le Plan représente jusqu'à maintenant une simple illusion.

À les lire, on a l'impression que ces entrepreneurs croient aux contes de fées. C'est comme s'il avait fallu la création de la Société du Plan Nord pour que tout apparaisse plus facile pour eux.

Les signataires - comme plusieurs citoyens au nord du 49e - perdent espoir. Ils auraient aimé qu'enfin arrive des mois et de bonnes années de développement économique accéléré pour la Haute-Côte-Nord et les territoires de la Baie-James-Eeyou Istchee et du Nunavik. Il ne faut pas désespérer.

Le ministre Pierre Arcand le disait avec sagesse, l'automne dernier, le Plan Nord «ne veut pas dire croissance instantanée, il faut travailler fort pour ça [...] Il y a des cycles, l'offre, la demande, on ne peut pas vivre dans un boum perpétuel».

Le Plan Nord est arrivé en situation mondiale difficile, notamment avec un ralentissement économique et une baisse du prix des métaux sur la scène mondiale. C'est la Chine qui aurait créé cette conjoncture. L'Empire du milieu est le plus important consommateur de produits de base et est à l'origine d'une faible augmentation de la demande ces dernières années. Puisque son économie est au ralenti, la Chine a diminué ses importations de métaux et de minéraux. Avec la baisse de la demande asiatique, il y a un surplus sur le marché mondial.

Le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles et responsable du Plan Nord, ajoutait que «le problème n'est pas juste l'état de l'économie, c'est aussi qu'il y a bien du monde là-dedans. Les Africains sont agressifs, les Australiens ont augmenté leur production... On est pas tout seul à solliciter».

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, et son équipe économique sont en mouvement. Il suffit de suivre le moindrement les annonces et les missions économiques pour voir à quel point ils ont une volonté ferme d'attirer des investisseurs au Québec. Le Plan Nord et la Stratégie maritime, en accord avec la lutte aux changements climatiques, sont visiblement des priorités pour les libéraux.

Ils ont compris que pour obtenir à terme des résultats, il ne faut pas abandonner la partie. «Le démarchage doit se faire de façon continue, de façon permanente», pour reprendre Pierre Arcand. «On ne parle pas de petits projets, on parle de projets de milliards de dollars [...] Ça prend des contacts humains», beaucoup de contacts!

Le prix du fer et de l'aluminium a connu une déprime ces derniers mois, mais il y d'autres ressources qui demeurent en demande, et même en très forte demande. Il y a notamment le lithium. Il s'agit d'un marché d'avenir parce qu'il sert à fabriquer les batteries des véhicules électriques.

Déjà, on a annoncé, l'automne dernier, la construction d'une mine sur le territoire de la Baie-James-Eeyou Istchee, près du village des Cris de Nemaska, situé à l'ouest du lac Champion, à 240 km au nord-est de Matagami. Il s'agit d'un investissement de près de 200M$. La mine devrait commencer sa production en 2018 et créera 250 emplois en période de construction et 190 emplois permanents, sur au moins 26 ans.

Et voilà qu'un projet de mine de fer à enfournement direct pourrait s'établir à Schefferville. Une entente de principe a été conclue entre Québec et TS Global Minerals Holdings. L'annonce a été faite à Davos, en marge du Forum économique mondial, le 20 janvier.

Donner de l'espoir

En attendant que les investisseurs arrivent et que l'économie mondiale reprenne, les gouvernements du Canada et du Québec devraient peut-être donner un peu plus d'espoir aux citoyens qui vivent au Nord du 49e parallèle.

Une manière de faire serait de lancer un gros projet d'infrastructures. Depuis le temps qu'ils en rêvent, pourquoi ne pas en profiter pour compléter la route 138? Ce méga projet donnerait de la visibilité à la région partout en Amérique et créerait des petits et moyens projets moins coûteux à réaliser que les grands projets miniers et, aussi, plus permanents pour l'économie de la côte. Le budget fédéral consacré aux infrastructures pourrait aider considérablement à cela.

Pour reprendre encore une fois le ministre: «Le Québec ne peut être seul à investir. Si le développement nordique est une priorité canadienne, il va falloir que ça se reflète dans l'avenir.»

Finir la 138, c'est détourner les automobilistes qui passent par les provinces maritimes pour se rendre à Terre-Neuve. La nouvelle route permettrait un trajet plus court et moins dispendieux pour eux. Prendre le bateau de Blanc-Sablon à Sainte-Barbe n'est pas plus long que traverser le Saint-Laurent de Sorel à Berthier.

Finir la 138, c'est s'assurer un rapprochement économique et culturel avec les habitants de Terre-Neuve et du Labrador.

Finir la 138, c'est permette un lien plus étroit entre les petits localités de la Côte-Nord.

Finir la 138 a le potentiel d'attirer le développement touristique de la région. Combien de gens, comme moi, aimeraient partir à la découverte du la vallée de Gilles Vigneault, des magnifiques îles Mingan, des étranges citoyens de Blanc-Sablon (un peuple «de francs chialeux au langage coloré», dit-on) et de la petite communauté de la Grande séduction?

Finir la 138, c'est aussi permettre, à travers de petits projets, l'établissement de communautés de Québécoises et Québécois intéressés par l'idée de passer leur vie en Haute-Côte-Nord. Pour cela, il faut des emplois permanents.

Et en annonçant la finalisation de la 138, pourquoi ne pas en profiter pour créer un nouveau Parc national québécois (SEPAQ) entre Natashquan et Blanc-Sablon?

Il n'y a pas que les grands projets miniers pour développer les terres en haut du 49e parallèle. Il faut aussi miser sur les petites et moyennes entreprises et le tourisme. C'est ce que permettrait la finalisation du prolongement de la 138.

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