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Une humeur probablement politiquement correcte

22/10/2014 09:13 EDT | Actualisé 22/12/2014 05:12 EST

Mon plus vieux à lunettes a complété, il y a déjà quelques années, une maîtrise à la sérieuse École des Hautes études commerciales (HEC), à Montréal. Puisqu'il connaît maintenant les affaires « plates » et austères du monde de l'argent, il m'arrive de discuter avec lui de finances publiques. Étant plus de nature « homme de lettres », je suis content d'avoir à portée de cerveau un « homme de chiffres », un gestionnaire.

Il n'y a pas longtemps, il m'a donné un cours de « Finance 101 », c'est-à-dire les rudiments de base d'une bonne gestion. Un peu comme à l'école primaire.

Il m'a rappelé que, lorsqu'on fait un budget et qu'on s'y tient, il y a d'un côté une colonne pour l'argent qui rentre et, à côté d'elle, une autre pour celui qui se dépense. Quand on soustrait les deux, le total doit être égal ou supérieur à zéro. Si on n'y parvient pas, il y un problème de solvabilité. On est dans le trou quoi!

Ainsi, si je reprends sa logique appliquée aux finances publiques, si un gouvernement dépense plus de pécule qu'il en récolte et qu'il fait des avances de fonds sur sa carte de crédit - notre « Master Card » collective -, pour faire l'épicerie, c'est sûr qu'un jour ou l'autre ça va être la catastrophe.

Mon érudit de fils me fait un peu penser à Brian Mulroney. Je suis rassuré parce qu'il n'a pas les défauts et les travers de l'ancien premier ministre du Canada. Mon fils à lunettes est parfait!

Ma progéniture à lunettes m'a aussi avoué, lors d'une conversation sur le canapé de son condo, être une sorte de « progressiste-conservateur », c'est-à-dire de « gauche sociale et de droite économique ». Exactement comme Mulroney! Mon fils est sûrement ministrable.

Bon! Un peu de sérieux!

Depuis que j'ai terminé la biographie de Guy Gendron sur Brian Mulroney, une seule idée revient dans ma tête : le bien commun n'est jamais populaire... Il a fallu au moins 20 ans pour entendre quelques éloges sur l'héritage de cet homme.

Il n'avait pas le choix, il est arrivé au pouvoir à un moment où la situation était devenue intenable. Devant l'État lamentable de l'économie du pays (les seules intérêts sur la dette représentaient le tiers des revenus du gouvernement), il ne s'est pas caché la tête dans le sable, il a fait ce qu'il devait faire, même s'il savait d'avance que cela le rendrait impopulaire : réduire les dépenses du gouvernement, revoir la fiscalité, dynamiser les exportations, se départir de certains avoirs et, en conséquence, revoir le rôle de l'État. Un peu comme ce que Philippe Couillard essaie de faire actuellement dans la « belle province » qui, malgré sa devise « Je me souviens » a souvent des problèmes de mémoire.

Son successeur à la tête du pays, Jean Chrétien, qui a pourtant fait sa campagne électorale contre tout ce que les « bleus » avaient mis en place, n'a pas fait grand-chose, après avoir été conduit au pouvoir pour défaire les mesures de son prédécesseur. Son ministre des Finances, Paul Martin, en a profité pour se pavaner et s'attribuer le mérite du déficit zéro, alors qu'il aurait dû remercier ses prédécesseurs. A César ce qui revient à César! A cette époque, c'est Brian Mulroney qui a remis sur rail l'économie du pays.

Plus conservateur et, en apparence, moins sympathique que Mulroney, Stephen Harper fait un exercice presque kif-kif depuis près d'une décennie. Je ne pense pas voter pour lui, parce que je ne l'aime pas beaucoup, mais je dois me confesser (avec une petite gêne là!) que sa politique économique est peut-être très bonne. A preuve : Le Canada devrait enregistrer un surplus budgétaire dans quelques mois. L'opposition néodémocrate salive déjà à l'idée de dépenser les surplus. On se calme! On a réussi à équilibrer le budget, il faut payer nos dettes collectives maintenant! Sans vouloir faire un jeu de mots, l'époque Trudeau nous a « mis dans le rouge ». Il ne faut pas répéter l'erreur!

Vous êtes perspicace! Pourquoi je n'aime pas Stephen Harper? C'est peut-être juste parce qu'il n'est pas encore venu prendre un café à la maison à Sainte-Thérèse et goûter au « pouding chômeur » à l'érable de ma « petite femme ». Il est sublime!

Ici au Québec, le contenu du programme de notre « barbu- neurochirurgien-premier ministre » est visiblement du style Mulroney. Il a la même teinte « progressiste-conservateur ». Mon « monsieur Y, dit les lunettes » en n'est pas encore convaincu, mais c'est mon observation de « style génération X » qui voit cela.

Et puis, y paraît qu'il faut maintenant se dire « les vrais affaires » : les chefs des partis d'opposition à Québec défendent, avec quelques nuances, des programmes économiques qui se ressemblent. De son côté, Québec solidaire n'a pas de chef, juste des porte-parole. Alors, laissons-les parler.

Petite pause. Je ne me sens pas bien. Je suis vraiment gêné de l'écrire, mais je dois me confesser : j'ai en poche une carte de membre de Québec solidaire valide jusqu'en octobre 2015, mais j'ai voté pour le Parti québécois aux dernières élections. Ce sont l'audace de PKP de se présenter en politique et le féministe en moi qui aime voir des femmes prendre leur place en société qui m'ont fait changer de couleur.

Et si c'était à refaire, aujourd'hui, je voterais peut-être pour le Parti libéral. Bien que je sois foncièrement de « gauche sociale », encore plus que mon fils, « je n'haï pas pantoute » les idées économiques de « centre droit » que pratique Philippe Couillard parce qu'elles ont toujours contribué jusqu'à maintenant au bien commun.

En ce moment, je me demande sérieusement si je vais renouveler mon adhésion aux solidaires. Il y a deux ans c'était vraiment plus facile. Je n'avais pas eu ma leçon d'«Économie 101» et je n'avais pas pris conscience que dans un budget il faut équilibrer les dépenses et les gains. En ce moment, je pense changer mes lunettes. La marque de mon intello me plait énormément. D'ailleurs, j'ai un rendez-vous chez l'optométriste dans quelques minutes. J'y vais...

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