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La Route verte doit rester une priorité de Québec

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En novembre 2014, lors de la signature du pacte fiscal municipal, le Conseil du Trésor du Québec annonçait l'abolition du budget de 2,8M$ pour l'entretien de la Route verte, le lien cyclable qui relie 400 municipalités québécoises.

Cette journée-là, je n'ai pas eu besoin d'abaisse-langue pour sortir l'organe charnu de ma bouche. C'était la première grimace que je faisais à une décision de l'équipe de Philippe Couillard dont, habituellement, je suis assez en accord avec les orientations.

Je comprends que les finances québécoises ne sont pas à leur meilleur, mais pourquoi couper dans ma cour? La Route verte est une partie de mon terrain de jeux. Elle est même le prolongement de mon domicile parce qu'un tronçon passe juste en face de chez moi.

Ici, le parc linéaire le P'tit train du Nord est la fierté des Laurentides. C'est une pièce maitresse de notre économie régionale. La piste fait 232,4 kilomètres et traverse 26 municipalités entre Mont-Laurier et Bois-des-Filion. En 2008, National Geographic affirmait qu'il s'agit d'une des plus belles véloroutes au monde.

«La majorité du sentier a été construite sur l'emprise de l'ancienne voie ferrée du Canadien Pacifique. Le parc est parsemé de gares datant, pour la plupart, du début du siècle dernier, avec des styles allant du néogothique au chalet suisse», explique la 8e édition du «Répertoire des lieux de marche au Québec - De la promenade à la longue randonnée» de la Fédération québécoise de la marche.

En septembre et octobre, j'ai vu l'état lamentable du lien cyclable dans les Hautes-Laurentides. De Labelle à Mont-Laurier, en passant par le beau coin de Nominingue, l'état de la chaussée annonce qu'il faudra en refaire les fondations. Elle est cahoteuse et elle impose aux cyclistes de zigzaguer. C'est fort dangereux.

Il y a aussi sur le territoire de Saint-Faustin-Lac-Carré, au nord de la gare jusqu'à Mont-Tremblant, qu'il faut songer à une mise à niveau. Le printemps dernier, je me suis enlisé avec mon vélo dans la boue alors qu'à l'origine le sol était en poussière de roche.

Je me range derrière les élus des Laurentides et de nombreuses municipalités du Québec dans leurs démarches pour convaincre le ministre des Transports, Robert Poëti, de rétablir le budget de la Route verte ou de s'assurer que les travaux qui doivent être réalisés le soient.

Les petites municipalités n'ont pas les moyens financiers de payer pour la réfection des infrastructures. En entrevue à Radio-Canada, le préfet de la MRC des Laurentides, Denis Chalifoux, parlait d'une facture totale de 327 000$ uniquement pour le P'tit train du Nord : «Nous sommes locataires, le ministère est propriétaire, mais il y a un problème avec les fondations et ça, c'est la responsabilité du ministère». Il a raison.

Le problème est que si la Route se détériore trop, les cyclistes y circuleront de moins en moins et retourneront en masse sur la voie des automobilistes. Et puis, cela aura des effets négatifs sur le tourisme en région. Au Centre-du-Québec, en exemple, on estime les retombées économiques à 2,4 M$ par année.

La Route verte ne devrait pas intéresser uniquement le ministère des Transports. C'est aussi l'affaire des autres ministres. Dans un premier temps, il contribue à l'économie et à prévenir les problèmes de santé en incitant la population à l'activité physique. Sur ce point, le député de Granby, François Bonnardel, disait à l'Express, l'hebdomadaire de son patelin : «Quand on veut encourager les saines habitudes de vie et faire bouger les gens il faut investir dans les infrastructures sportives». Pour une fois, je suis d'accord avec lui.

Mais on ne jouera pas à l'autruche, on comprend la position gouvernementale : le budget collectif est serré.

Est-ce qu'il y a une solution au problème? Il y en a probablement plusieurs...

Dans un premier temps, le gouvernement du Québec doit convoquer un sommet sur l'avenir, le développement et le financement à court, moyen et long termes de la Route verte du Québec. De cette grande rencontre consultative auprès de toutes les instances intéressées par le sujet pourrait surgir des pistes intéressantes à explorer.

Un questionnement collectif doit être réalisé. Qui doit payer pour quoi? Et avec quelle source de financement? Doit-on faire appel à des investisseurs privés? Peut-on créer une Fondation de la Route verte pour pallier aux besoins futurs? Est-ce qu'une solution de financement pourrait être la tarification des usagers comme c'est le cas avec les établissements de la SEPAQ?

L'arrivée de Justin Trudeau à la tête du Canada et son désir d'investir massivement dans les infrastructures est assurément une planche de salut pour la réalisation de travaux urgents.

Il est entendu que l'idéal serait que le Trésor libéral trouve des sommes dans le fond des tiroirs de l'État pour remettre en place le défunt programme ou pour fournir lui-même l'argent dans le cadre du programme permanent des infrastructures.

Il y a aussi Véloforce. Le site du ministère des Transports explique que «ce programme a pour objectifs : de soutenir l'effort municipal en vue d'un transfert modal vers les transports actifs; de parachever la Route verte; de développer des interconnexions régionales et locales à la Route verte; de développer des infrastructures favorisant des déplacements actifs efficaces, sécuritaires et concurrentiels par rapport aux autres modes de transport en milieu urbain; d'améliorer les réseaux cyclables existants pour en rehausser l'attractivité et la sécurité; de réduire les émissions de gaz à effet de serre causées par les déplacements des personnes».

Le problème est que ce programme prendra fin le 31 mars 2016. Sera-t-il remplacé ou reporté?
Québec semble faire la sourde oreille. Il y a quelques jours, il rejetait haut la main une motion de la Coalition avenir Québec demandant qu'on s'engage à assurer l'avenir et le développement de la Route verte. Philippe Couillard a manqué une belle occasion de déclarer que la Route est un joyau du Québec.

La population est derrière la Route verte. Elle en est fière. La pétition de 48 000 signatures remise aux députés du Québec à l'initiative d'Équiterre en est la preuve. Comme le disait le député Sébastien Schneeberger à La Tribune : «c'est la première fois qu'on m'en remet une contenant autant de noms. Ce n'est pas rien.» C'est même fort significatif.

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