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Les Québécois s'attendent à mieux de leurs élus

12/10/2014 08:07 EDT | Actualisé 12/12/2014 05:12 EST

Lorsqu'on s'intéresse aux affaires publiques et à l'univers politique du Québec, il n'y a rien de mieux pour s'informer en première ligne que le canal de l'Assemblée nationale et la plateforme Internet gouvernementale.

On peut y lire, voir et entendre, en direct ou en différé, ceux qui nous représentent dans ce haut lieu de la démocratie. Il y a les débats, les affaires courantes, le processus d'adoption des nouvelles lois, les points de presse des élus, les annonces ministérielles et, bien entendu, la fameuse période de questions orales des députés. Dans l'ensemble, c'est un lieu qui informe avec justesse de ce qu'ils font et disent.

Comme un match de hockey

La période de questions demeure le show» du jour. C'est un peu le moment de récréation des membres de la chambre. Avec un minimum de décorum, chacun y va avec son petit rigodon.

On peut aussi comparer ce moment à une joute de hockey. L'opposition lance des rondelles dans le but du gouvernement. Le gardien n'est nul autre que le premier ministre. À la défense jouent ses ministres. La rondelle est le verbe échangé. Les joueurs des équipes adverses s'en donnent à cœur joie à coup de mensonges, de demi-vérités et de désinformations. Le disque s'élance dans toutes les directions. Ça y va par là! À chaque fois, le gouvernement doit arrêter les tirs en rectifiant les faits et en ramenant ses opposants à la réalité. Heureusement, le parlement c'est beaucoup plus que ça.

Dans un entretien que la sérieuse analyste politique Chantal Hébert rapporte dans son livre Confessions post-référendaires - Les acteurs politiques de 1995 et le scénario d'un Oui, réalisé en collaboration avec celui qui aime parler de politique comme s'il commentait un match des Canadiens, Jean Lapierre, (Éditions de l'Homme, 2014, p. 249), l'ancien premier ministre du Canada, Jean Chrétien, lui tient des propos similaires:

«Qu'est-ce que la politique? C'est patiner sur de la glace mince. Vous ne savez jamais quand il y aura un trou qui va vous engloutir et que vous allez disparaître à tout jamais. Vous faites une niaiserie et personne ne veut plus vous voir. À la fin de chaque journée, vous vous dites : J'ai survécu une journée de plus. C'est ça, l'adrénaline de la politique. Vous ne savez jamais ce qui va arriver le lendemain et cela rend la vie excitante!»

La désinformation

Ces dernières semaines, encore une fois, j'ai été étonné de constater à quel point l'opposition manipule l'information. Je me suis parfois demandé si on ne devrait pas plutôt passer un projet de loi pour arrêter la désinformation partisane au lieu d'en faire un sur mesure pour tenter d'empêcher Pierre-Karl Péladeau « d'envisager l'hypothèse d'occuper davantage de responsabilités auprès de la population du Québec », pour reprendre ses propos lors de son point de presse du 8 octobre, en l'obligeant de choisir entre ses parts dans Quebecor ou les affaires gouvernementales.

Et puis, combien de fois a-t-on accusé le gouvernement de vouloir couper dans les services directs à la population alors qu'en réalité l'ensemble des réformes annoncées vise essentiellement la structure de l'État et sa très lourde bureaucratie?

Il faut que le niveau des échangent s'élèvent un peu plus. C'est ce que souhaitait Philippe Couillard, à en croire ce qu'il disait le 21 mai lors de son discours d'ouverture de sa première session parlementaire à titre de premier ministre: «Je formule l'espoir que nos débats se déroulent dans une ambiance de respect réciproque et d'écoute. Lorsque les citoyens assistent à nos échanges d'invectives plutôt qu'à un véritable débat, elles et ils cessent de nous écouter. Comme on dit chez nous, ils changent de poste.» Il visait juste.

Ce que j'entends depuis l'ouverture de la session parlementaire de cet automne, c'est exactement ce que les Québécois ne veulent plus. Ils espèrent une vision gouvernementale et des politiques fiscales et sociales qui vont les aider à mieux vivre individuellement et collectivement, des buts à atteindre et un rêve collectif.

L'ours, comme le surnomme la conjointe et les proches du premier ministre, semble aller dans cette direction. Il serait agréable que l'opposition travaille davantage en collaboration, dans les faits et dans les discours.

Chaque formation politique qui siège à l'Assemblée nationale a des idées intéressantes qui ne sont pas irréconciliables avec la vision libérale. D'ailleurs combien de fois - depuis qu'il est en poste - le premier ministre a accepté de regarder telle ou telle idée de l'opposition? Les réformes des réseaux de la Santé et des Services sociaux, de l'Éducation et celle de la Stratégie maritime ne sont pas étrangères au programme de la Coalition avenir Québec (CAQ). Et combien d'autres préoccupations ont été empruntées à celles du Parti québécois (PQ) et de Québec solidaire (QS)?

Jeudi dernier, l'équipe libérale a même voté avec QS en faveur d'une motion de la CAQ pour l'élaboration d'une loi pour empêcher un propriétaire de médias d'occuper une fonction au parlement québécois.

Les citoyens s'attendent à cette souplesse de ceux qui les représentent. Ils veulent avoir confiance en la sagesse de leurs représentants et ne désirent surtout pas voir des matchs de hockey amateurs dans l'arène du Salon Bleu. C'est dans le nouvel amphithéâtre de Québec qu'ils souhaitent un vrai club professionnel.

Comme l'écrivait avec justesse, Pierre Laporte, en 1959, dans l'Action nationale : « Il faudra que chacun s'habitue à faire sa part en vue du bien commun (...). Autrement nous serons victimes des vices qui ont été fatals à plus d'un peuple dans l'histoire du monde ».

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