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Apprendre à dialoguer avec les Premières Nations afin de sortir des préjugés

21/09/2014 11:16 EDT | Actualisé 21/11/2014 05:12 EST

La Conférence mondiale sur les peuples autochtones de l'ONU a lieu les 22 et 23 septembre

Une chose que la vie m'a apprise, c'est que pour bien dialoguer et se comprendre, il faut écouter avec le cœur. C'est ce qu'on appelle l'empathie. Pour y parvenir, une ouverture réciproque sans peur de l'autre est nécessaire. La peur est l'ennemi de l'ouverture. Lorsque j'ai peur, une part de moi se referme. C'est un mécanisme normal de défense.

La Conférence mondiale sur les peuples autochtones de l'ONU nous rappelle l'importance d'une ouverture du cœur envers les Premières Nations de la planète.

Savoir écouter, ce n'est pas seulement entendre ce que l'autre me dit. C'est surtout savoir saisir ce qu'il tente d'exprimer avec toute sa personne. C'est ce qu'on appelle le langage non verbal. On dit qu'à peine 7% de la communication humaine se fait avec des mots. Il y a tant de choses dont on ne trouve jamais le verbe pour l'exprimer.

Au-delà des paroles et des actions, qu'est-ce que le cœur de la personne devant qui je me retrouve veut exprimer? Qu'est-ce que les attitudes et le langage de son corps disent? J'aime l'idée que le corps placote autant que les syllabes en bouche.

La rencontre de cultures différentes - tout comme le dialogue intergénérationnel - se passe de la même manière qu'entre deux personnes qui tentent de se comprendre.

Être soi

Le point de départ d'un bon dialogue, c'est l'identité individuelle. Ainsi donc, ce sont deux «moi» - ou personnes - qui s'ouvrent un à l'autre ou, pour reprendre les termes du «Passe-Partout» de mon enfance, «deux fesses qui se connaissent».

C'est un vieil adage : Il est impossible de bien connaître l'autre qui est devant moi, si je ne me connais pas moi-même. Et puis, je ne peux guère accueillir sa différence, si je suis incapable d'affirmer la mienne. Ainsi, pour apprécier une autre culture, il faut avant tout aimer celle qui a fait de moi ce que je suis. Pour apprécier le pays d'autrui, il est préférable d'avoir visité le sien. L'autre n'est pas moi.

Les lois du dialogue culturel

Lorsqu'on veut véritablement comprendre culturellement l'autre, il est important de mettre de côté les réponses faciles, les propos superficiels et les idées préconçues.

Et puis, éviter de se comporter en conquérants ou en «personne qui fait pitié».

Enfin, la rencontre avec une autre culture n'est possible qu'en restant humble.

Et comment faire pour reconnaître la route à emprunter dans une démarche «dialogale»?

J'aime la réponse de l'abbé Dumont à Esther Létourneau dans le roman historique «Un amour éternel» d'André Mathieu (Éditions Coup d'œil) : «Je me demande de plus en plus s'il ne faut pas plutôt laisser la route reconnaître le voyageur».

Ainsi donc, le plus important est de se mettre en route et marcher ensemble sans rien précipiter.

Mon amie innue

Puisqu'il est question de rencontre culturelle, je me permets de vous parler de mon amie Marie-Suzie. Je pense souvent à elle ces jours-ci.

Il y a plusieurs mois que je n'ai point de ses nouvelles. En fait, j'ai perdu sa trace depuis qu'elle a décidé de retourner vivre dans sa Jamésie. Je sais que je la reverrai au détour d'un sentier.

J'ai connu Marie, ici, dans la grande région de Montréal. Elle était préposée aux bénéficiaires de nuit dans un hôpital de la rive nord de Montréal. Au fil des mois que nous nous sommes fréquentés, nous avons échangé bien des confidences.

Et puis un jour, elle a décidé d'aller travailler sur le territoire de la Baie-James, au Nord-du-Québec. Là-bas, l'hiver est interminable. Dans les larges rues de Matagami, il y a plus de motoneiges que d'automobiles. Et, il neige presque toujours. C'est féerique!

L'hiver dernier, je suis allé la visiter. J'étais tellement heureux de la revoir! Assis à la table du petit restaurant de l'Hôtel Matagami, elle a fini par me confesser être de la Nation Crie.

«Mais pourquoi cette gêne? Pourquoi cacher tes origines et ta culture? Je serais tellement fier d'être un «Indien» ou un «Esquimau»!, lui ai-je lancé, triste de la voir cacher son ADN.

Elle m'a expliqué qu'il y a encore beaucoup de préjugés au Québec face aux Premières Nations et, pour ne pas subir de discrimination, elle préfère se faire discrète sur sa généalogie. Je lui ai dit comprendre son sentiment. Mais je n'ai pu m'empêcher de l'encourager à dire qu'elle est une femme autochtone.

J'espère tellement que la vie permettra qu'on puisse de nouveau se faire la bise. Elle me manque.

Des cultures à découvrir

Question de me rapprocher des cultures autochtones, il y a quelque mois, je suis allé visiter, avec ma complice de vie, le Musée amérindien de Mashteuiatsh, «là où il y a une pointe», à quelques kilomètres de Roberval, dans la seule communauté autochtone de la région jeannoise. Son histoire nomade remonte à loin. Jacques Cartier a croisé les ancêtres de ces gens.

Ici, les eaux du Pekuakami (un nom montagnais pour désigner le lac Saint-Jean) sont claires. Là-bas, au sud, où on ne voit pas la terre, il y a Métabetchouan. Un peu plus à l'ouest, on trouve la Ouiatchouan. Très loin, au Sud-Est, c'est le royaume de Saguenay. On est ici au cœur d'une ancienne région amérindienne.

L'hiver, l'immensité de l'horizon fait rêver. Près d'ici vivait le beau Toshan, le bel indien d'Hermine Delbeau, l'héroïne du roman de Marie-Bernadette Dupuy, «L'Enfant des neiges», dont l'intrigue se passe dans l'ancien village de Val-Jalbert, sur le bord de la rivière Ouiatchouan, et dans la forêt de la Péribonka.

Le Musée amérindien nous fait entrer dans une riche culture. L'établissement muséal m'a aidé à chasser quelques mites encrées dans ma tête de caucasien. D'ailleurs, il y a en chacun de nous d'héritage de Lucky Luke. Par chance, les Indiens d'ici n'ont rien des compatriotes des Dalton. Ils sont beaucoup plus intéressants.

La Conférence mondiale sur les peuples autochtones permettra à la planète de diriger quelques flèches sur les droits et les beautés des Premières nations. Elles ont tant à nous apprendre.

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