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Devant nos «vieux», on perd la mémoire

29/09/2014 11:36 EDT | Actualisé 29/11/2014 05:12 EST

Demain, c'est la Journée mondiale des personnes âgées

Lorsqu'elles atteignent un certain âge, nous mettons les personnes âgées de côté. En peu de temps, elles se retrouvent isolées. On dit qu'elles sont moins productives pour la société et qu'elles ne correspondent plus aux critères de jeunesse que nous dictent les images véhiculées par les médias. On dit même qu'elles sont dépassées, vieux jeu, vieille mode. Ce que nous vivons est un drame collectif.

Les «vieux» ont-ils encore une place dans notre société? Sont-ils en train de devenir les lépreux d'une autre époque? Combien sont-ils dans les CHSLD qui croupissent dans l'indifférence?

Les Africains disent qu'un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui disparaît. Ainsi, ils ont compris que les aînés ne sont pas rien, c'est-à-dire qu'ils sont encore utiles à la société. Ils sont même un bien indispensable. C'est pour cette raison qu'ils en prennent soin à la maison le plus longtemps possible.

Les personnes âgées ne sont pas rien! Elles sont un trésor qu'il faut vénérer et écouter. J'aimerais tant être le fils adoptif de toutes ces personnes âgées et seules. Et pourquoi pas chacun de nous?

La vieillesse est une belle période de l'existence humaine. Je ne suis pas encore rendu à cette étape de ma vie, mais, chaque jour, ma situation professionnelle me permet de côtoyer des dizaines et des dizaines d'aînés. Il m'est donc permis de m'inspirer de ce que je vois: c'est beau et bon d'être vieux!

Notre société - qui souffre de «jeunisme» - aurait intérêt à regarder de plus près le charme et la richesse de ceux et celles qui sont rendus au troisième et au quatrième âge de leur humanité.

J'apprécie au plus haut point l'intelligence des aînés: ils ont acquis une expérience inestimable que la société devrait mettre davantage à son service.

Vous me direz qu'ils sont conservateurs. J'avoue que c'est parfois vrai, mais il ne faut pas généraliser. Je connais des personnes âgées qui sont pas mal plus ouvertes que les «p'tits jeunes» qu'on dit très libéraux. Ce n'est pas une question d'âge, mais plutôt une attitude qui habite l'intériorité de l'humain. Je connais de jeunes vieux et de vieux jeunes.

Il me semble que les jeunes générations devraient profiter de l'expérience qu'ils ont acquise au fil des ans.

Dans un livre paru il y a déjà quelques années, Jacques Ménard, président du conseil d'administration de BMO Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier (Québec), abondait dans la même voie: «Quand on montre la porte à des milliers de personnes en pleine possession de leurs moyens dans le secteur de la santé et de l'éducation, comme cela a été le cas il y a quelques années, on rate une belle occasion de transmettre du savoir et quelques expériences de vie. On constate ce que ça coûte aujourd'hui! Plusieurs d'entre nous ont acquis des actifs qui nous permettront de bien vivre et de continuer à contribuer à l'effort collectif.» (Jacques Ménard et Denis Bouchard)

N'est-ce pas un peu ce qu'écrivait, en d'autres mots, Simone Weil, dans l'Enracinement: «Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu'à l'avenir. C'est une illusion dangereuse de croire qu'il y ait même là une possibilité. L'opposition entre l'avenir et le passé est absurde. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien; c'est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder, et nous ne possédons d'autre vie, d'autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'y en a pas de plus vital que le passé.»

Il est temps de favoriser une collaboration entre les personnes âgées et ceux et celles qui prennent leur relève. Un jour, le vieux dicton pourra s'exprimer avec élégance: «Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.»

C'est vrai que souvent la vieillesse n'est pas très belle, à cause des maladies qu'elle fait apparaître, mais j'aimerais tant avoir «la grâce» d'une longue vie, malgré les limitations des années qui avancent. Je me vois devenir un jeune centenaire comme mon oncle Gérard, décédé, il y a quelques mois, l'a été.

La Journée mondiale des personnes âgées qui est soulignée le 1er octobre nous rappelle que l'avenir d'un peuple, ce sont ses personnes âgées et ses enfants ». Elles représentent « la mémoire » et « la promesse». Quand on ne protège pas les vieux, on n'a pas d'avenir, parce qu'on perd la mémoire.

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