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Démobilisation tranquille

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Lorsqu'on m'a rapporté pour la première fois les propos du ministre de l'Éducation, François Blais, à l'effet que les enfants ne devraient pas prendre part aux chaines humaines entourant les écoles, mon premier réflexe a été de relayer l'affirmation au rang de la maladresse politique. Et si ça n'avait été que de cela, je n'aurais jamais pris la peine de m'asseoir devant mon clavier pour écrire ces quelques lignes.

Après tout, depuis maintenant une bonne dizaine d'années, les libéraux appliquent cette désagréable stratégie qui consiste à qualifier de partisanerie toute opinion qui ne cadre pas avec les leurs. Il n'y a rien de nouveau là-dedans. C'est déplaisant, arrogant, irrespectueux, certes, mais c'est comme ça. Les plus cyniques n'auront qu'à dire que c'est de bonne guerre.

Non. Si je tapote en ce moment mon clavier, ce n'est pas le fait d'une réaction à vif, mais plutôt d'une idée qui s'est mise à tourner en boucle dans ma tête dans les heures qui ont suivi la triste déclaration, et qui m'a fait prendre progressivement conscience que, bien loin d'être une simple bourde, celle-ci pourrait bien représenter, à l'état embryonnaire, la prochaine grande offensive de ce gouvernement.

Car si j'étais anti-État et anti-progrès social, il y a fort à parier que je ne m'en tiendrais pas à donner des grands coups de hache dans les services publics et à mettre dans la gorge de la population que l'entreprise privée demeure la meilleure façon d'assurer les services essentiels à la population.

En effet, je deviendrais également antisyndicale et surtout, anti-mouvement social. Car la réalisation de mon programme politique n'aurait de sens que si je m'assurais également, pour les décennies à venir, de retirer aux opposants toute envie de revenir en arrière.

Si j'ai bien compris les propos du ministre, il faudrait se garder de faire participer les enfants à des événements de contestation ou de solidarité sous prétexte qu'ils n'en saisissent pas les enjeux. Pourtant, en tant que parent, le ministre Blais devrait pertinemment savoir que les enfants ne sont pas du genre à poser des gestes sans d'abord nous inonder de questions afin de comprendre ce qu'ils font. Ils ne sont pas stupides. Ils assimilent l'information, la digèrent et en saisissent les subtilités avec une aisance et une justesse remarquable.

Le ministre sait très bien que c'est en participant à ces activités que les jeunes sont le plus susceptible de développer une sensibilité et une compréhension des enjeux de notre société, qui sera bientôt la leur.

Alors au mieux, l'affirmation du ministre constitue une insulte majeure à l'intelligence de la jeunesse. Et au pire, elle est porteuse d'une idée encore plus horrible, celle que la jeunesse québécoise ne devrait pas s'intéresser à ces enjeux, et qu'au contraire, il est impératif de gommer de cet avenir qu'on leur réserve toute graine de solidarité et de contestation.

Car c'est la démobilisation sociale qui est la plus à même de garantir que le programme politique présentement mis en œuvre par le gouvernement du Québec se poursuivra bien au-delà du règne des libéraux.

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