Benoît Margo

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Liban: la peur du vide

Publication: 29/03/2013 12:19

Najib Mikati a finalement jeté l'éponge le 22 mars. Après des mois de tensions et d'incertitudes croissantes, la démission du premier ministre enfonce un peu plus le pays du Cèdre dans une de ces crises politiques dont il est coutumier.

La subtilité aujourd'hui, c'est que l'encombrant voisin syrien est lui-même en pleine descente aux enfers.

Pourquoi Mikati s'en va?

C'est une surprise sans en être une. Cela faisait plusieurs mois que le chef du gouvernement libanais avait menacé de démissionner. En cause, les fractures de moins en moins tenables au sein de la classe politique libanaise et la montée des violences liées au conflit syrien.

Officiellement, c'est la question de la reconduction du général sunnite Ashraf Rifi à la tête des Forces de Sécurité intérieure (FSI) qui est mise en avant. Ce proche de la coalition du 14-mars, opposée à celle du 8-mars, que mène le Hezbollah chiite, est atteint par la limite d'âge.

Les FSI disposent d'importants réseaux dans tout le pays. Elles ont notamment fourni une grande aide au Tribunal spécial international (TSL) chargé d'enquêter sur la mort de l'ancien Premier ministre Rafiq Hariri en 2005. Une affaire dans laquelle quatre membres du Hezbollah ont été inculpés -mais non livrés par le mouvement.

Mikati a soutenu le maintien de Rifi pour éviter de s'aliéner davantage les sunnites (communauté dont il fait partie, comme tous les premiers ministres libanais). Ceux-ci considèrent effectivement que le chef du gouvernement est un pion du Hezbollah.

De fait, le cas Rifi est un prétexte. C'est plutôt la proximité des élections générales, prévues en juin prochain, qui a motivé la décision de Mikati. Le premier ministre n'a pas souhaité assumer les conséquences de leur report éventuel alors que, depuis des semaines, le débat sur la loi électorale s'envenime.

Un projet de loi dite "orthodoxe", soutenu par le Hezbollah et ses alliés, en particulier le chrétien Michel Aoun, a par exemple enflammé l'opinion. Il pousse à outrance la logique communautaire en contraignant les électeurs à voter pour des candidats de leur confession.

La chute du gouvernement est-elle un revers pour le Hezbollah?

En apparence cela devrait l'être. Il y a deux ans, le Hezbollah avait renversé le gouvernement de Saad Hariri, le fils de Rafiq, à un moment où le TSL allait prononcer ses premières inculpations. Il était ensuite parvenu à former un nouveau gouvernement proche de ses intérêts.

Depuis lors, le parti chiite avait laissé entendre que, malgré les tensions, le maintien en place du gouvernement Mikati était préférable à sa démission. Ce point de vue a été conforté par l'aspiration du régime syrien dans la tourmente de la guerre. La position privilégiée du Hezbollah a en effet assuré la neutralité de l'État libanais sur le plan diplomatique.

Pour autant, si le Hezbollah s'était vraiment opposé à la décision de Mikati, il aurait sans doute eu les moyens de le convaincre de rester. Cela veut dire qu'il a changé de tactique.

Le Hezbollah s'est agacé des concessions qu'il a dû tout de même consentir sur le TSL (comme la contribution nationale à son financement) et le maintien à leur poste de sunnites proches du camp Hariri. D'où son intransigeance aujourd'hui sur Rifi: c'est l'un des derniers décideurs qui lui est hostile dans l'appareil sécuritaire après l'assassinat du général Wissam al-Hassan, en octobre dernier.

Par ailleurs, les pressions internationales se sont intensifiées sur le gouvernement Mikati. D'une part, les États-Unis et les pays du Golfe aimeraient que le Liban prenne enfin parti contre le régime syrien. D'autre part, Washington fait campagne pour isoler le Hezbollah, accusé d'être à l'origine de l'attentat anti-israélien perpétré en Bulgarie l'été dernier.

Voilà pourquoi le Hezbollah fait ce nouveau pari du vide institutionnel. Démissionnaire, le gouvernement ne peut en effet plus prendre de décisions exécutives. Après le rejet de la nomination de la commission électorale, le scrutin législatif devrait aussi logiquement être reporté. Cela éloigne la menace d'une remise en cause de la position privilégiée du "parti de Dieu" (Hizb-ullah).

Quant à Rifi, qu'il parte ou soit reconduit de facto, il sera fragilisé. Son maintien permettrait au Hezbollah de pointer du doigt son illégitimité. Son départ renforcerait les capacités sécuritaires du Hezbollah, dont l'arsenal et les milices constituent une véritable armée parallèle.

Le Liban est-il davantage fragilisé face au chaos syrien?

Oui et non. Disons que le gouvernement Mikati donnait au moins une apparence de stabilité. Maintenant, il sera inutile de faire semblant, car le Liban est déjà la victime collatérale de la guerre civile syrienne.

A Tripoli, la démission de Mikati, natif de la ville, a été accueillie par d'énièmes affrontements entre sunnites, proches des rebelles syriens, et alaouites, soutiens du régime, qui ont fait plusieurs morts. Depuis 2011, la deuxième ville du pays et la province frontalière du Akkar, plus au nord, servent de base arrière aux opposants à Bachar al-Assad.

Dans la plaine de la Békaa, bastion principal du Hezbollah, le village sunnite d'Ersal, près de la frontière, a été récemment bombardé par l'armée syrienne. Lui aussi se trouve sur les lignes d'approvisionnement des rebelles.

Le Hezbollah intervient lui-même en Syrie, en particulier au sud de Homs, une zone stratégique de la frontière tenue par les rebelles. Par contrecoup, les groupes de l'Armée syrienne libre ont commencé à cibler les positions du Hezbollah côté libanais.


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Ce décor étant planté, il faut cependant relativiser les risques d'une nouvelle guerre au Liban.

D'abord parce que le régime syrien ne recherche pas l'explosion de son voisin en soi. Tout comme l'élimination de Wissam al-Hassan, le ciblage des positions rebelles à la frontière montre que Damas désire surtout que ses opposants au pays du Cèdre ne lui mettent pas des bâtons dans les roues.

Ensuite parce qu'une telle explosion augmenterait considérablement les risques de réaction internationale. Or la passivité de l'ONU est aujourd'hui l'un des atouts du régime pour gagner du temps.

Maintenant, les tensions intercommunautaires étant ce qu'elles sont, la situation a peu de chances de s'améliorer à moyen terme. La nature libanaise ayant horreur du vide, de nombreux acteurs pourraient être tentés de le combler.

VOIR AUSSI: L'histoire des relations entre le liban et la Syrie (en anglais)

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  • Political Assassinations

    Political assassinations in Lebanon have occurred with impunity for decades. While Syria has been blamed for many of the killings, no one has been held accountable. In 2005, Syria was widely accused of involvement in the killing of former Prime Minister Rafik Hariri, a wealthy businessman and an influential Sunni politician. Hariri was hailed in Lebanon for rebuilding Beirut after the 15-year civil war. Following his death in a car bomb explosion, Damascus was forced to withdraw its troops and Syria's grip in Lebanon began to slip. <em>Caption: Lebanese Prime Minister Rafik Hariri addresses a news conference at his Paris residence Monday April 15, 1996. (AP PHOTO/Lionel Cironneau)</em>

  • Political Assassinations

    Many Lebanese residents accused Assad's regime of being behind Friday's assassination of Brig. Gen. Wissam al-Hassan, a Sunni, who headed the intelligence division of Lebanon's domestic security forces that has been probing the assassination plot against Hariri. Al-Hassan and his agents have been credited with identifying Samaha, the former information minister, as Syria's link to Lebanon. <em>Caption: Lebanese advertising workers erect a poster of Brig. Gen. Wissam al-Hassan with Arabic writing that reads, "the martyr of Lebanon's dignity," a day after a car bomb attack killed al-Hassan and at least seven others in downtown Beirut, Lebanon, Saturday, Oct. 20, 2012. (AP Photo/Hussein Malla)</em>

  • Hezbollah

    The Iran-backed Hezbollah has been Syria's most powerful ally in Lebanon, particularly since Damascus ended its military presence in Lebanon seven years ago. The Shiite militant group has dominated Lebanese politics for more than a decade and is now in control of the government. In 2006, Hezbollah gained support from Sunnis and Christians during a 34-day war with Israel, although Lebanon's southern villages and towns and the predominantly Shiite suburbs of Beirut sustained heavy damage. <em>Caption: In this Monday Sept. 17, 2012, photo, Hezbollah leader Sheik Hassan Nasrallah speaks to his supporters in a southern suburb of Beirut, Lebanon. (AP Photo/Hussein Malla)</em>

  • Hezbollah

    Opponents of Assad's regime say Syria's embattled president has maintained his influence in Lebanon through allies such as Hezbollah. <em>Caption: In this Monday, Sept. 17, 2012 photo, Hezbollah leader Sheik Hassan Nasrallah, center, waves to his supporters, in the southern suburb of Beirut, Lebanon. (AP Photo/Hussein Malla)</em>

  • Hezbollah

    Since the beginning of the Syrian uprising, Hezbollah has sought to distance itself from the turmoil in Syria, although there have been allegations that the group has sent fighters to help Assad's regime fight rebels. Hezbollah's leader, Sheik Sheik Hassan Nasrallah, has not publicly sanctioned any operations in support of Assad, and warned the mayhem in the neighboring country was out of the group's control. <em>Caption: Lebanese Shiite movement Hezbollah and Amal supporters march with their party flags during a demonstration in the town of Hermel, in the northern Lebanese Bekaa valley, on September 23, 2012. (AFP/GettyImages)</em>

  • Troops On The Ground

    Lebanon's 15-year civil war ended in 1990 with Syrian forces defeating opponents, controlling large parts of the country and installing allied governments in Beirut. Syrian forces moved into Lebanon in 1976 as peacekeepers after the country got engulfed in civil war between Christian and Muslim militias. <em>Caption: Syrian soldiers take position 17 April 1990 in one of West Beirut districts as they have been deployed after heavy inter-Shi'ite clashes between pro-Syrian Amal movement and pro-Iranian Hezbollah militia. (RABIH MOGHRABI & RAMZI HAIDAR/AFP/Getty Images)</em>

  • Troops On The Ground

    Syrians were drawn into the conflict, and clashed with the Israeli troops after the 1982 invasion aimed at driving out Palestinian guerrillas. <em>Caption: Israeli children look at the nearby Syrian village of Jebata al-Khashabn as they sit on an old tank near the village of Buqaata at the Israeli side of the border on July 24, 2012 in the Golan Heights. (Photo by Uriel Sinai/Getty Images)</em>

  • Troops On The Ground

    In 2000, Bashar Assad became president of Syria, succeeding his late father, Hafez Assad. Israel withdrew from South Lebanon, increasing pressure on Syria to leave. Syrian troops pulled out five years later, after sweeping street protests following Hariri's assassination. Many in Lebanon and its Western-backers blamed Syria for the killing. Damascus has denied involvement. <em>Caption: In this picture taken on June 13, 2000, Syrian President Bashar al-Assad, right, his brother Maher, centre, and brother-in-law Major General Assef Shawkat, left, stand during the funeral of late president Hafez al-Assad in Damascus, Syria. (AP Photo, File)</em>

 
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