LES BLOGUES

Vol MH17: contre une enquête institutionnelle internationale

18/07/2014 04:50 EDT | Actualisé 16/09/2014 05:12 EDT

On dit souvent que la politique est une question de conjoncture, de contexte. Et bien mes amis, nous sommes désormais dans une conjoncture dangereusement explosive. Une réelle bombe à retardement vient d'entrer dans le paysage géopolitique international : l'écrasement du vol MH17 de la Malaysian Airlines, abattu en plein sol ukrainien, nous envoie dans une situation de précarité fort inconfortable.

L'information disponible au moment d'écrire ces lignes ne permet toujours pas de spéculer sur la source de l'attaque, les deux camps ayant la force de frappe nécessaire pour lancer une telle ogive. La bombe à retardement se trouvera sous nos yeux pour les prochaines semaines : l'attribution de la responsabilité politique de l'attentat. Les médias seront mis à contribution par les gouvernements de tous les pays impliqués de près ou de loin dans cette nouvelle «Crise des missiles», mais plus encore, ils seront utilisés comme des armes de propagande et de mobilisation militaire.

La responsabilité passera par l'enquête

Nous nous retrouvons dans un cocktail politique inquiétant. Une situation dans laquelle l'assimilation de la Crimée par Putin a été l'élément déclencheur d'une période d'hostilité entre les États-Unis et la Russie qui n'avait pas été observée depuis la Guerre froide, dans laquelle les conflits entre Israël et la Palestine brûlent de plein feu (les braises n'ayant jamais été éteintes), mais aussi dans un contexte où l'attribution de la responsabilité politique peut déclencher une crise politique sans précédent dans l'histoire contemporaine. La responsabilité officielle, celle qui sera endossée et ainsi crédibilisée par le monde occidental, sera celle qui sera confirmée à la suite d'une enquête institutionnelle internationale. Imaginons un instant que le contrôle de l'enquête tombe entre les mains de Kiev et Washington (par implication directe ou par influence) et essayons de concevoir ce que seraient les conclusions de l'enquête. Celui qui contrôlera l'enquête contrôlera les conclusions.

Ce que je redoute le plus, par contre, c'est que les Américains en jouent une autre à l'opinion publique mondiale: qu'ils plaident pour une enquête internationale (tel que l'a déjà exigé Barack Obama) et qu'ils la confient ensuite au G8. Le sommet des 8, désormais le sommet des 7, est unanimement d'allégeance américaine à la suite de l'invasion russe de la Crimée et de l'expulsion du seul réel adversaire politique possible des États-Unis : Vladimir Poutine. Cette enquête ne peut pas être menée par une organisation internationale impliquée de près ou de loin dans le conflit. Le Canada ne peut donc pas en faire partie, en raison de notre proximité diplomatique par rapport aux Américains. Même histoire pour bien d'autres. Est-ce que l'enquête peut être menée par un groupe de pays non impliqués et neutres? Bien sûr, ce serait l'idéal. Certes, y a-t-il encore sur terre un pays développé qui n'est pas un allié ou un adversaire politique des États-Unis ou de la Russie? Donnez-moi vos suggestions, car je ne suis pas très optimiste à ce propos.

Aucune institution gouvernementale ne peut être responsable de mener l'investigation. De près ou de loin. Un panel d'experts devra être formé, un panel sélectionné spécialement pour sa neutralité politique.

Il est primordial d'être extrêmement intelligents avec notre gestion des prochaines semaines. Nous devons nous assurer qu'une enquête publique dirigée par un groupe d'individus partiaux soit menée afin que les conclusions soient tout aussi partiales.

La vigilance est de mise, car l'avenir des relations entre deux superpuissances mondiales est en jeu et que dans la conjoncture politique mondiale, un drame majeur pourrait résulter de notre inaction. Alors que les Russes semblaient avoir pris le contrôle de la Crimée, les Américains viennent de recevoir une chance en or de les priver de la fameuse péninsule tant convoitée pour une seule raison : son accès direct à un port gazier permettant le quasi-monopole de l'exportation de gaz naturel dans toute l'Europe. Comme cela tombe bien, eux qui auront justement besoin d'un nouveau marché pour exporter les surplus produits au pays, promis par Barack Obama il y a quelques mois lors de l'annonce de son plan énergétique. Combien curieux...

Les américains voudront cette enquête.

L'Histoire est possiblement sur le point de s'écrire.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Écrasement du vol MH17

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.

data-href="https://www.facebook.com/HuffPostQuebec" data-send="truedata-width="570"data-show-faces="false"data-font="arial">



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?