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La victoire du Parti québécois

08/04/2014 02:10 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Souverainistes, réjouissez-vous. La souveraineté, la vraie, l'unique, vient tout juste de renaître de ses propres cendres. La défaite du PQ, dans le paysage politique interne actuel, est la meilleure nouvelle pour la souveraineté depuis les premiers scores de 1995. Laissez-moi m'expliquer.

Comme je l'ai indiqué dans un billet précédent, le PQ se retrouve à la croisée des chemins. Avec la défaite de l'aile gauche et étapiste du PQ, celle qui a toujours confisqué le parti par la puissance de son establishement, l'aile droite et pressée se lèvera pour saisir sa chance. Cette aile, c'est celle de tous ceux qui ont voté pour le Parti québécois dans les dernières années en se bouchant le nez par respect pour le projet national. C'est celle de tous ceux qui en ont assez du paradigme idéologique établi par l'establishement et qui voient aujourd'hui leur occasion de saisir le gouvernail. Cette guerre entre les deux groupes d'indépendantistes aux visions différentes se fera sous le couvert de la lutte au leadership entre PKP et Drainville. Après la victoire de l'équipe PKP, victoire inévitable en raison de l'éclipse de l'électorat de gauche du parti vers QS et le retour de celui de droite après la débâcle de la CAQ, ce sera le début d'un temps nouveau.

Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a une incohérence majeure dans la stratégie souverainiste. Alors que l'on tente de former un gouvernement «de gouvernance souverainiste» et que l'on perd à 28% du vote populaire, l'appui à la souveraineté, le cœur même du PQ, demeure entre 37% et 40%. Le camp de l'aile pressée du parti brandira ce fait en réclamant la fin de la dentelle : faisons un pays. Après la victoire de PKP à la chefferie, il est clair que la stratégie du PQ en terme de souveraineté ne sera plus celle de l'étapisme, mais bien celle du discours direct. On dira clairement aux gens : «On veut faire un pays du Québec.»

Inévitablement, dans la mort d'Option nationale et la position constitutionnelle de la CAQ, le 37 à 40% de souverainistes se joindra au PQ. Déjà, on peut espérer un gouvernement. Mais ce n'est pas tout. Le PQ pourra aussi convaincre des indécis de rejoindre son option. Elle sera enfin affirmée, claire, précise. C'est ce que plusieurs ont reproché longtemps au PQ, se laisser séduire par l'idée fédéraliste. C'est à partir de ce moment que la souveraineté va revivre. Avec un parti ouvertement souverainiste fort de 40 à 50% des votes (40, c'est si le PQ ne convainc aucun indécis de la pertinence de la souveraineté), il sera parfaitement légitime d'aller en référendum et celui-là, il sera gagné. Il suffira au camp du Oui de convaincre environ 5% des indécis afin d'obtenir une victoire, dépendamment du progrès dans les sondages.

Ce que le PQ a vécu lundi soir est en fait une crise absolument primordiale à son existence. L'option souverainiste devait un jour voir l'étapisme mis en miette pour pouvoir éventuellement espérer se recentrer sur son option. Une fois que cette crise est traversée, nous pouvons afin assister non pas à la mort du mouvement indépendantiste, mais bien à sa Renaissance, avec un grand R. Observez la situation avec toute objectivité et vous en arriverez au même constat que moi.

Alors c'est pour quand, le pays?

Alors, à quand le pays? 10 ans, au maximum. Une fois la victoire de PKP confirmée, le PQ pourra enfin se proclamer ouvertement souverainiste et s'engager à tout faire pour faire du Québec un pays, se réaffirmer en tant que moteur de l'indépendance. Il redeviendra le chien enragé de René Lévesque, le parti animé à coup de FLQ et de manifestations. Ce parti, avec un leader charismatique issu du milieu économique, saura rallier son électorat indépendantiste par sa lueur d'espoir et saura également convaincre les 10% manquants pour atteindre le fameux 50% + 1. Ainsi, le système électoral du Québec sera la meilleure arme de la souveraineté puisqu'elle permettra au PQ de former le gouvernement sans interruption (à moins de soulèvement réel pour un adversaire qui porterait un parti à battre le 40% péquiste) et de former la première combinaison de gouvernement péquiste et d'appui souverainiste au-dessus de 40% depuis 1995. Au début de la campagne de 95, il était à 37%.

Ainsi, sachant tout cela, le PQ profitera du mandat libéral garanti de quatre ans pour mettre en place toute l'opération et pour mousser l'option souverainiste. Si on imagine qu'il faudra tout le mandat péquiste pour arriver au référendum, ce qui m'étonnerait, le oui l'emportera dans huit ans au maximum. Je dis dix simplement pour vous le garantir.

Nous avons assisté à la Renaissance. La bonne.

(Évidemment, l'option souverainiste a des ajustements à apporter, mais ils sont mineurs. Il faudra que le camp du Oui accepte d'ouvrir son projet aux cultures et de tendre la main aux anglophones, ce qui est faisable. En d'autres mots, il faudra simplement s'assurer de ne pas miser uniquement sur les Québécois de souche.)

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