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La statue de la Liberté est à vendre

02/08/2014 10:48 EDT | Actualisé 02/10/2014 05:12 EDT

Le Parti républicain américain vient de sonner un autre coup retentissant dans la cloche de son pathétique populisme. Mercredi, le congrès (dominé par le parti républicain, GOP) a voté une motion donnant l'aval de la chambre au porte-parole républicain John Boehner afin de poursuivre en justice le Président des États-Unis d'Amérique, Barack Obama. Dans un geste plus symbolique qu'autre chose, les républicains confirment un virage majeur vers la sectorisation idéologique, entamé lors de la réélection d'Obama, en novembre 2012. La raison pour laquelle le président sera poursuivi, fort futile dans la conjoncture, est basée sur un détail dans le Affordable Care Act (ACA). Une partie de la loi qui n'a pas été intégrée au système Obamacare alors qu'elle aurait dû l'être.

Même si les républicains du congrès ont voté 57 fois pour contrer l'ACA, ils poursuivront le président littéralement et légalement au nom du peuple (aux frais du peuple aussi, d'ailleurs) pour ne pas avoir complètement implémenté un système qu'ils promettent de détruire s'ils prennent le contrôle de la Maison-Blanche en 2016. Il faut dire que cela tombe dans un bon moment également, les midterms arrivant à grands pas et quelques jours seulement avant un congé de 5 semaines où ils se pourront se concentrer sur la vraie politique : la collecte de fonds. Une vraie farce. Regardons plus loin que le simple non-sens de la poursuite, essayons plutôt de comprendre le pourquoi de cette démarche purement politique qui est hautement significative de la dérive de la droite américaine.

Tout d'abord, il y a le fait que les républicains menacent depuis plusieurs mois deimpeacher le président. Leimpeachment est la procédure légale du Congrès et du Sénat pour expulser un Président de son poste sur la base d'un crime commis dans le cadre de ses fonctions. Sachant qu'il ne leur manquait seulement qu'une bonne raison de le faire, il devient clair que les républicains n'ont aucune réelle base légale dans leur poursuite contre le Président. S'ils en avaient une, une vraie, il y a longtemps que les procédures deimpeachment auraient été enclenchées par le Congrès. Pourquoi donc poursuivre Obama? Simplement pour tacher son image et celle de son administration. Avec une telle stratégie, ils espèrent que le public perçoit la poursuite en justice comme une preuve de la malhonnêteté du Parti démocrate, puisqu'en politique, la perception est la réalité.

Nonobstant tout cela, il y a le fait que Boehner promet poursuivre Obama en cour depuis plusieurs semaines en disant qu'il allait le faire dès qu'il trouverait une raison. Comme si le système judiciaire était une arme politique, comme si on pouvait décider de poursuivre une figure politique sans en connaître le motif afin de pouvoir le faire sur la base d'une technicité légale. Ça ne me dit rien qui vaille pour ce qui est de la substance que nous verrons lors des prochaines présidentielles.

Le GOP vient de toucher un creux historique dans la politique américaine moderne. Littéralement kidnappé par l'aile radicale du parti, il semble que la crise a déclenché une réaction politique étrange, mais prévisible sur l'échiquier des républicains. Les membres modérés du parti perdant de plus en plus de sièges au congrès face à des membres du Tea Party, l'establishement de la formation politique a traversé toute une crise dont il commence tout juste à voir la fin.

Malheureusement, la fin de cette crise aura coûté bien cher au programme politique des républicains. Les idées conservatrices du Tea Party, financé par le secteur corporatif américain, ont convaincu énormément d'Américains qu'elles étaient la seule solution. Le Tea Party, présenté comme une aile rebelle du GOP, s'est en quelque sorte dissocié de la maison-mère sous le prétexte que celle-ci n'était pas assez convaincue, pas assez radicale. Les républicains se sont alors retrouvés dans de beaux draps et ont dû accepter de faire plusieurs compromis avec ces idées conservatrices. Déplaçant le centre à droite, ils ont, de façon volontaire ou pas, incroyablement compliqué le travail des démocrates dans l'avancement des dossiers chauds du pays. Le Président fait face a une obstruction absolument sans précédent dans l'histoire des États-Unis, ayant vu ses projets de loi bloqués plus souvent à lui seul que tous les autres présidents de l'histoire réunis. Ce n'est pas de la blague.

En pleine dérive idéologique, le parti républicain continue sa sectorisation. Il refuse désormais tout compromis. Alors que la poursuite est vouée à l'échec, il demeurera des conséquences réelles de cette bouffonnerie, comme le retour à la politique du cynisme. Le retour aux attaques personnelles et aux pirouettes politiques alors que le pays est aux prises avec la crise de l'Ukraine, celle d'Israël, celle de l'immigration et plus important encore : celle du financement des partis et des candidats. De grands défis attendent les États-Unis dans les prochaines années et il est fort triste de voir que le secteur corporatif américain, le big money, a réussi à confisquer un parti afin de servir ses propres intérêts.

La politique est celle de celui qui la contrôle. Cela devient un cocktail à la couleur bien douteuse lorsque l'on réfléchit au fait que les juges sont nommés par le politique. Dans un jugement baptisé Citizens United, la SCOTUS (Supreme Court Of The United States) a rendu légal pour toute corporation de financer la campagne d'un candidat, et ce, sans aucune limite financière. Les représentants des intérêts corporatifs n'ont ainsi qu'à se rendre aux primaires d'un parti, parler aux candidats et financer celui qui défendra nos idées afin de le faire élire. Répétez cette opération sur tous les candidats de tous les comtés de tous les états du pays et vous avez littéralement sélectionné un gouvernement qui vous convient. La politique américaine est donc à vendre. Si les juges sont nommés par le politique, est-ce que la justice est également à vendre? J'ai bien peur que oui.

Plusieurs réflexions peuvent être faites à partir de ce point.

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