LES BLOGUES

Le faux président

Il a beau dénoncer les fausses nouvelles et les faux médias, il est lui-même un faux président.

10/07/2017 10:38 EDT | Actualisé 10/07/2017 10:43 EDT
Wolfgang Rattay / Reuters
Pour Trump, la présidence des États-Unis n’est qu’une autre occasion de gagner à tout prix.

La Maison-Blanche est habitée par un imposteur. Les États-Unis sont dirigés par un homme en colère, vaniteux et vindicatif. Jusqu'où ira le besoin insatiable de reconnaissance de ce président narcissique? Comment pouvons-nous tracer une ligne entre son narcissisme et les signes de troubles mentaux plus sérieux? En tout cas, cet homme est capable de mentir de manière prodigieuse, pour la simple et bonne raison que sa vision de la vérité est floue.

À moins que le narcissisme soit la force motrice de ses mensonges? Nul besoin de regarder plus loin que les halls d'entrée de sept de ses clubs de golf, décorés d'une fausse couverture du magazine Time à la gloire de sa personne. Quel bizarre croisement entre l'orgueil et la supercherie! Et que dire des membres de son cabinet, qui chantent ses louanges de manière obséquieuse devant les caméras? Quel sera votre prochain coup de maître, cher président? Une nouvelle coupe de cheveux?

Nous avons un président qui prétend être très riche, mais doit ignorer la Constitution pour s'enrichir et enrichir sa famille, raison pour laquelle le directeur du Bureau pour l'éthique gouvernementale vient de remettre sa démission.

Donald Trump a menti si souvent que le New York Times a dressé une liste des faussetés sorties de sa bouche depuis le début de son mandat. C'est sans parler des mensonges qu'il n'a cessé de répéter en campagne électorale, ou des investisseurs qu'il a floués avant de déclarer l'une ou l'autre de ses six faillites. Nous avons un président qui prétend être très riche, mais doit ignorer la Constitution pour s'enrichir et enrichir sa famille, raison pour laquelle le directeur du Bureau pour l'éthique gouvernementale vient de remettre sa démission.

Trump continue de mentir au sujet du nombre de personnes présentes à sa cérémonie d'assermentation. Pourquoi est-ce si important pour lui? Serait-il obsédé par son déficit de 3 millions de votes au suffrage direct? Voilà qui expliquerait la création d'un organisme partisan, financé par les contribuables, dans le seul but de faire la lumière sur une fraude électorale inexistante. Une analyse de l'université Stanford démontre que cette commission sur l'intégrité électorale pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour bon nombre d'électeurs légitimes : « Pour chaque cas de double vote identifié par ce programme, il existe 200 faux positifs susceptibles d'éliminer l'inscription de personnes admissibles. » Heureusement, 44 États (en date du 5 juillet) ont refusé d'obtempérer et de remettre à cet organisme toutes les informations qu'il a exigés. Par ailleurs, le Business Insider rapporte que le Département de la Sécurité intérieure n'a aucunement l'intention d'enquêter sur le possible piratage de machines à voter au mois de novembre, et que la commission sur l'intégrité électorale n'a pas davantage l'intention d'enquêter sur l'ingérence russe. De fait, Trump a accepté le démenti de Vladimir Poutine, bien que la communauté américaine du renseignement soit unanime à l'effet que la Russie a tenté d'influencer l'élection de 2016.

Nous avons un président qui a réussi à se faire élire malgré son dénigrement continuel des femmes, qu'il rabaisse au statut d'objet sexuel et se vante d'avoir sexuellement agressées.

Dans un autre registre, Trump a un problème particulier avec les critiques provenant de femmes au caractère affirmé. Nous avons tous été témoins du tweet dégoûtant qu'il a publié au sujet de Mika Brzezinski : « Elle saignait abondamment à la suite d'un lifting ». Elle saignait lors d'un souper à Mar-a-Lago? J'en doute. Mais d'où vient cette obsession pour le sang? Lorsque Megyn Kelly a animé le débat républicain et lui a posé des questions tout à fait pertinentes, il l'a dénigrée en affirmant qu'elle « saignait de partout ». Puis il a retweeté le message d'un quidam qualifiant cette journaliste de « bimbo ». Bref, nous avons un président qui a réussi à se faire élire malgré son dénigrement continuel des femmes, qu'il rabaisse au statut d'objet sexuel et se vante d'avoir sexuellement agressées.

Dans une bataille Twitter l'opposant aux animateurs de l'émission Morning Joe, Trump a qualifié Joe Scarborough de « psychopathe » et Brzezinski de « folle au quotient intellectuel inférieur ». Lors d'un meeting avec les Russes, il a qualifié l'ex-chef du FBI James Comey de « dérangé ». Ce ne sont que quelques exemples du syndrome de projection d'un président qui attribue à autrui ses propres défauts. Trump serait-il aveuglé par son ego?

Il faut en effet un ego démesuré pour alimenter des politiques aussi vindicatives. Pour Trump, la présidence des États-Unis n'est qu'une autre occasion de gagner à tout prix. Nous avons un président qui apprécie la clameur des foules, mais n'a aucune envie d'apprendre les notions élémentaires de politique fédérale. Et pendant que Trump croit diriger le cirque, Mike Pence accomplit le programme extrémiste des frères Koch par l'entremise de nominations partisanes et de réorientation politique des agences fédérales. Les membres du cabinet Trump se sont jusqu'ici affairés à éliminer les lois de protection des travailleurs, des consommateurs et de l'environnement, mais les étudiants ne sont pas en reste. La Secrétaire à l'Éducation Betsy DeVos, qui a annulé les mesures de l'administration Obama visant à alléger leurs dettes lorsqu'ils sont victimes des pratiques frauduleuses de certaines universités, fait maintenant l'objet d'une poursuite intentée par les procureurs généraux de 18 États et du District de Columbia. Or, les collègues de Mme DeVos semblent tout aussi déterminés à abolir la mission historique de leurs départements respectifs. Sous prétexte d'éviter une supervision publique pourtant nécessaire, les bailleurs de fonds de l'administration Trump obtiennent donc la déréglementation qu'ils souhaitent.

En matière de santé, le candidat Trump avait promis de ne pas toucher au programme Medicaid : « Personne ne perdra sa couverture d'assurance, et personne ne verra sa situation financière empirer », avait-il affirmé. Bien entendu, nous savons maintenant que le TrumpCare des sénateurs républicains prévoit des baisses d'impôt pour les riches et des compressions budgétaires sans précédent dans Medicaid, ce qui aura pour effet de priver 23 millions de personnes de leurs soins de santé. C'est ce qu'on appelle une autre promesse brisée. Trump s'attaque plus particulièrement aux services offerts aux femmes. Ses partisans sont-ils d'accord? Sont-ils même au fait de la situation? S'ils sont abonnés aux fausses nouvelles de Fox, je parie que non.

Or, le reste de la planète a pris bonne note des agissements de l'administration Trump. Selon un récent sondage du Pew Research Center, la confiance dans la capacité du président des États-Unis à gérer les grandes crises mondiales est tombée à 22 pour cent. Cette cote de confiance internationale était de 64 pour cent lorsqu'Obama était en fonction.

Le journaliste Keith Olbermann s'est résolu à qualifier notre commandant en chef de #FakePresident. La quête de légitimité de Trump était particulièrement évidente lorsqu'il a dit aux médias « je suis le président et vous ne l'êtes pas ». Mais son comportement a été carrément immature lorsqu'il a publié dans Twitter une vidéo dans laquelle il s'attaque à un adversaire dont la tête a été remplacée par le logo de CNN. Cette séquence tournée au bas d'un ring de lutte cadre parfaitement avec les combats simulés de la WWE, mais l'on est en droit de se demander si Donald Trump a 12 ans d'âge mental.

Il a beau dénoncer les fausses nouvelles et les faux médias, il est lui-même un faux président.

Voilà donc à quoi se résume la présidence de Donald Trump. Si vous croyez qu'il gagnera en maturité avec le temps, détrompez-vous. Son caractère vindicatif serait-il le résultat des taquineries d'Obama à son égard au dîner des correspondants de la Maison-Blanche? Comme l'a si bien écrit Charles Blow, « Trump voudrait être Obama, c'est-à-dire être tenu en aussi haute estime que ce dernier. Malheureusement, Trump reste Trump. » Après avoir passé environ 20 pour cent des cinq derniers mois à jouer au golf plutôt qu'à se familiariser avec les politiques gouvernementales, sa cote d'approbation est au plus bas. Il regarde la télévision par câble avant d'exprimer sa rage dans Twitter. Il n'a pas le tempérament requis pour accomplir ses fonctions. Il a beau dénoncer les fausses nouvelles et les faux médias, il est lui-même un faux président.

LIRE AUSSI
»
Le premier ministre indien est parvenu à échapper aux terribles poignées de main de Trump
» Une avocate russe aurait promis des informations sur Clinton à Donald Trump Jr
» Donald Trump a trouvé plus fort que lui: le vent

Ce billet de blogue a d'abord été publié sur le HuffPost américain.