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Faut-il recourir à la violence pour contrer la montée d'un courant politique comme La Meute?

La violence jaillit nécessairement au sein de toute société dont les autorités morales et politiques échouent à assurer la justice pour tous.

29/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 29/08/2017 09:29 EDT
Stringer . / Reuters
Si la vertu pacifiste est primordiale, elle ne doit pas devenir un sauf conduit pour les intolérants de ce monde.

Faut-il recourir à la violence pour contrer la montée d'un dangereux courant politique comme La Meute ?

Cette question a été soulevée par plusieurs auteurs ces derniers jours (par exemple, ici, ici, ici et ici). Elle faisait suite aux actes posés à l'occasion de la sortie publique de La Meute contre les demandeurs d'asile. Pour y répondre, les auteurs se sont en général appuyés sur des réflexions fort intéressantes de philosophes de renom, tels Popper, Chomsky ou Zizek.

Il est ainsi apparu que, selon Popper, la société libérale ferait une erreur mortelle si elle devait tolérer l'intolérance. On peut le regretter, mais on voit difficilement comment récuser ce raisonnement. Devant un danger mortel, la nécessité de la légitime défense fait loi. Si la vertu pacifiste est primordiale, elle ne doit pas devenir un sauf conduit pour les intolérants de ce monde.

La violence n'est envisageable que comme remède ultime, quand toutes les autres méthodes auraient démontré leur insuffisance.

Au niveau théorique, Chomsky également considère que la violence est légitime si elle permet d'éviter un plus grand mal. Par contre, ce philosophe de gauche préfère faire confiance au militantisme non violent. Selon lui, il est toujours possible de contrer le mal par des moyens pacifiques. La violence n'est envisageable que comme remède ultime, quand toutes les autres méthodes auraient démontré leur insuffisance.

Cette position aussi n'est pas déraisonnable. Après tout, les intolérants demeurent des êtres humains et des citoyens à part entière. On ne peut transgresser leur intégrité physique sans d'excellentes raisons. Or, il n'est pas une raison plus excellente que celle qui consiste à s'assurer que la violence à leur endroit ne soit pas une simple option parmi d'autres. Il faut absolument qu'elle soit incontournable, sans quoi elle devient illégitime.

Il en est de même de la position de Slavoj Zizek telle qu'elle a été expliquée par Hadrien Chénier-Marais dans une opinion publiée sur les pages du Devoir. Cette position invite d'ailleurs plus directement à éviter la violence comme solution à l'intolérance. Elle encourage plutôt de lui substituer les vertus de la décence, de la politesse et des bonnes manières. Celles-ci seraient ainsi largement suffisantes pour élever le débat et assainir l'espace public des éléments extrémistes.

Ensemble, ces trois positions incitent donc à ne pas prendre à la légère la décision de recourir à la violence. On ne doit se résoudre à la pratiquer qu'en dernier ressort. D'autant plus que nous vivons dans des démocraties libérales qui offrent une panoplie de moyens alternatifs pour se défendre efficacement contre les intolérants.

Pourquoi des citoyens ordinaires sentent-ils le besoin de s'interroger sur un comportement qui normalement n'a pas sa place dans une société comme le Québec ?

Cependant, au-delà des réponses exposées, le fait même que la question de la violence émerge ainsi dans l'espace médiatique québécois est lourd de sens. En effet, pourquoi des citoyens ordinaires sentent-ils le besoin de s'interroger sur un comportement qui normalement n'a pas sa place dans une société comme le Québec ?

Il y a bien sûr les raisons directes : les actes violents de la dernière semaine et les craintes légitimes que suscitent un groupe d'extrême droite comme La Meute. Mais il y a également une raison indirecte qui est plus grave. À savoir le scepticisme quant à la capacité de l'État québécois à contrer ce type de mouvement haineux.

D'abord, parce que c'est cet État qui a préparé le terreau sur lequel la graine de la nouvelle haine a germé. Par ses politiques néolibérales, il en est l'une des principales causes. Et ensuite, parce qu'il devient de plus en plus clair que, à l'exception de Québec solidaire, les aspirants à gouverner cet État sont pires que le détenteur actuel du pouvoir.

En effet, non seulement le PQ et la CAQ ne se distinguent en rien du PLQ sur le plan des politiques néolibérales, ils ajoutent à celles-ci une dimension identitaire déjà notoirement islamophobe et de plus en plus xénophobe. D'ailleurs, si on veut éviter la langue de bois, on dira tout simplement que ces deux partis, avec leurs relais dans les médias de masse, sont les alliés objectifs de l'extrême droite montante.

La violence jaillit nécessairement au sein de toute société dont les autorités morales et politiques échouent à assurer la justice pour tous.

Le tableau est donc loin d'être rose. Il est même franchement inquiétant. Espérons seulement que le scénario du pire ne se concrétise pas. Mais pour cela, se demander si l'on est pour ou contre la violence ne sert à rien. La violence jaillit nécessairement au sein de toute société dont les autorités morales et politiques échouent à assurer la justice pour tous. Si on veut sincèrement préserver la Belle province des confrontations fratricides violentes que l'on voit dans d'autres pays, il faut plutôt dire non aux injustices économiques, sociales et politiques qui risquent de les produire. Ou, ce qui revient au même, il faut dire oui à Québec solidaire, le seul parti qui veut et qui peut aujourd'hui travailler pour lever ces injustices.

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