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Jeunisme et autres misères péquistes

11/02/2015 11:50 EST | Actualisé 13/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Antoine Robitaille signait cette semaine un billet qui fait état du manque de renouvellement dans l'électorat péquiste. En effet, de nombreux sondages montrent que les jeunes se détachent de ce parti. Un phénomène qui préoccupe, à juste titre, les autorités du Parti québécois.

Dans son billet intitulé Pièges de l'âge, l'éditorialiste du Devoir cite un péquiste mal à l'aise qui assistait, tout comme moi, aux débats qui avaient lieu en fin de semaine au sujet de ce manque criant de relève au sein du parti.

Il va sans dire que je partageais entièrement le malaise de ce dernier à la lecture des diverses propositions à cet égard et à l'écoute des débats qu'elles ont suscités.

Avant de faire des propositions pour attirer les jeunes avec des gadgets, les dirigeants de ce parti devraient, d'abord, se demander pourquoi les jeunes n'y ont jamais mis les pieds? Pourquoi ils ne lui ont jamais accordé leur vote?

Si je suis entièrement d'accord avec le constat de Robitaille à l'effet qu'il ne sert à rien d'inventer une langue spéciale pour parler aux jeunes comme si leur âge, en soi, les définissait et en faisait un groupe homogène, je ne partage pas tout à fait ses conclusions sur le rapport des jeunes à la question nationale.

Même si la proverbiale «ouverture sur le monde» est aujourd'hui une valeur très prisée, il n'est absolument pas impossible d'intéresser les jeunes et même de nombreux québécois de tous les âges et de tous les horizons à la question nationale. Comment? En l'assumant pleinement tout simplement et en portant un discours clair, cohérent et intéressant. Je ne dis pas qu'ils seront instantanément séduits, mais ils ont beaucoup plus de chances de porter attention au propos et de se l'approprier. C'est d'ailleurs ce qu'avait entamé Jean-Martin Aussant à travers Option nationale, comme le souligne si bien l'éditorialiste.

Donc, rassurons d'emblée les stratèges du Parti québécois: nul besoin de réinventer la question nationale, les jeunes sont comme eux, intelligents et sensibles aux arguments bien construits et surtout portés avec un minimum de conviction.

Robitaille parle avec justesse des changements dans l'éducation et dans les médias depuis 20 ans, mais il oublie une chose: depuis 20 ans le Parti québécois ne défend plus l'idée de l'indépendance auprès de la population et se contente de traiter de la question dans les événements partisans. Ainsi, pour une personne de 24 ans comme moi, ce parti n'est ni plus ni moins que le concurrent identitaire du Parti libéral. Mais de quelle identité parle-t-on au juste? Une identité qui ne mérite d'être défendue pleinement que quand les sondages seront favorables? Si les jeunes ne voient pas l'intérêt de l'indépendance, c'est que personne ne l'a défendue convenablement et fièrement auprès d'eux, ni auprès de qui que ce soit d'autre d'ailleurs.

À quoi a-t-on réduit la question de l'indépendance depuis deux décennies? À la perspective, visiblement paniquante - si on se fie au comportement des représentants du Parti québécois - d'un référendum. On en sait bien peu sur le mystérieux référendum, si non qu'il se tiendra peut-être «au moment opportun» ou «pas tout de suite, mais possiblement si vous êtes prêts».

Ainsi, les péquistes se demandent aujourd'hui simultanément comment attirer les jeunes et comment se débarrasser de ce référendum dont ils ont eux-mêmes fait une chose gênante. Et ils se trompent de cible dans les deux cas.

L'idée de l'indépendance n'est pas morte, c'est cette manière vide de la présenter (ou plutôt de ne pas la présenter) en la rendant tributaire d'un engagement référendaire que l'on refuse de prendre, qui l'est. Si ce parti n'arrive pas lui-même à être fier de sa raison d'être, jamais il ne pourra convaincre les jeunes ou qui que ce soit d'autre de l'être pour lui. Et ce n'est certainement en y allant d'initiatives électoralistes comme la charte dite «des valeurs», ni en proposant des pétitions interminables ou l'attente de sondages favorables en 2018, qu'il saura allumer la flamme indépendantiste des Québécois, jeunes ou moins jeunes.

Ce qui désintéresse les jeunes de la politique, comme la population en général d'ailleurs, ce n'est pas le manque d'accessoires scintillants qui retiendraient leur attention, non, c'est le manque de discours tout simplement. Le manque d'idées, d'engagement, de transparence et de cohérence.

Nous verrons au printemps si le Parti québécois a finalement tiré une leçon de la défaite du 7 avril. Une leçon qui, bien assimilée, pourrait régler plusieurs de ses problèmes.

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