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Quand la souffrance des uns fait le malheur des autres

27/10/2016 07:44 EDT | Actualisé 27/10/2016 07:44 EDT

Récemment, une dame m'a raconté qu'elle venait de perdre son frère qui est décédé subitement, trois jours seulement après une chute sur le trottoir. Les circonstances de sa mort laissent malheureusement planer le doute quant à la cause exacte de son décès. Est-ce dû à son cancer qu'on a découvert à l'urgence? Est-ce lié à ses problèmes psychiatriques? Est-ce une euthanasie « fortement encouragée »?

La dame a beaucoup de questions, mais aucune réponse ne lui sera donnée. En effet, malgré ses doutes légitimes, aucune instance n'est en mesure de l'éclairer ou de la rassurer.

D'un côté, le Collège des Médecins a demandé de ne pas inscrire « aide médicale à mourir » sur les certificats de décès des patients. À la place, les médecins doivent indiquer la maladie principale de la personne décédée. De ce fait, impossible, pour les personnes qui survivent au défunt, de trouver une trace écrite pour savoir si l'euthanasie a été la cause réelle du décès. Dans le cas de cette dame, le constat de décès de son frère n'indique tout simplement rien : ni cancer, ni autre.

D'un autre côté, on lui répond qu'étant donné que son frère est décédé, on ne peut plus rien pour elle. C'est l'intraitable vérité de la mort : elle est irréversible.

Ainsi, dans le contexte actuel, les survivants comme cette dame se retrouvent, pour ainsi dire, laissés pour compte. Isolés dans leur deuil. Ils sont mis de côté pour préserver le principe suprême de l'autonomie des individus.

En effet, en légalisant l'euthanasie, la société a couronné la splendeur de l'individualisme. Pour ce faire, les décideurs politiques ont pesé deux souffrances dans la balance : la souffrance d'un individu versus la souffrance de ses proches. Et il a été décrété que la souffrance des proches ne devait pas être considérée dans le calcul du bienfait de l'euthanasie.

Et pour renforcer ce point, le portrait flatteur et illusoire présenté au public dépeint toujours le même tableau : une famille et un entourage qui sont entièrement d'accord avec la décision de leur proche qui voulait mourir, et une équipe médicale en symbiose avec la famille.

Évidemment, la réalité est beaucoup plus nuancée, et la souffrance, combien plus répandue que ne le laissent croire les photoshops mielleux des promoteurs de l'euthanasie.

Où se trouve la souffrance des proches dans la nouvelle équation de la compassion?

Imaginez que votre père ait été euthanasié par un médecin sans que vous ayez été consulté - comme le recommande la loi - et peut-être même sans que vous ayez pu lui dire un dernier au revoir. Comment vous sentiriez-vous : reconnaissants ou trahis? Comment verriez-vous ce médecin qui a donné la mort à votre père sans que ses propres enfants soient consultés? Comment feriez-vous le deuil de votre père en sachant qu'il a préféré le conseil de deux médecins « random » qui ont jugé, en le rencontrant brièvement, qu'ils approuvaient son désir de mourir?

La réalité, c'est qu'on aura beau louanger l'euthanasie en la beurrant de mots doux, on aura beau célébrer la personne qui décède avec du champagne et des selfies, il n'en demeure pas moins qu'il y aura toujours des gens qui auront dans le cœur un sentiment douloureux de trahison à la suite du décès volontaire de leur proche.

Mais dorénavant, ils devront garder leur souffrance pour eux-mêmes jusqu'à la fin de leur vie puisque, plus que jamais, le suicide médical est présenté comme la façon idéale de mourir. Malheureusement, l'histoire de cette dame qui a perdu son frère, qu'elle aimait tant, illustre bien la souffrance qui peut découler de l'euthanasie.

Et elle fait surgir une question troublante : où se trouve la souffrance des proches dans la nouvelle équation de la compassion?

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