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Le retour de la saignée: bienvenue en 2016

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L'entrée en vigueur officielle des articles de «l'aide médicale à mourir» marque le début de la fin du jugement professionnel et de l'expertise médicale. La médecine au grand complet vient de faire un grand pas en arrière qui aggrave une plaie sociale malsaine: la réponse à la souffrance humaine est trop complexe (et trop coûteuse) pour y faire face.

Dans cette optique, on nous présente «l'aide médicale à mourir» comme la solution ultime à la souffrance humaine, la réponse toute faite à des problèmes apparemment insolvables. Pour ainsi dire, c'est le retour de la saignée. En effet, à une époque moins avancée scientifiquement, la saignée était prescrite pour régler à peu près tous les problèmes dont on ignorait la solution: blessure, douleur, fièvre, dépression, et même par précaution ...

Aujourd'hui, la saignée vient de se trouver une nouvelle vie sous l'appellation «aide médicale à mourir». En effet, quand on observe ce qui se passe ailleurs dans le monde, la même constatation revient toujours: les critères pour avoir recours à l'euthanasie ne cessent de s'étendre, chacun revendiquant son «droit à mourir» pour des raisons personnelles spécifiques dont les détails seraient mis de côté par une loi trop généraliste et discriminante. Résultat: l'euthanasie devient la solution à de plus en plus de problèmes, notamment la dépression et la fatigue de vivre... Nous revoilà donc à la case départ.

Un des revers de l'admiration généralisée devant cette solution ultime à tous les soucis du monde, c'est que les soins palliatifs voient leur crédibilité minée, alors qu'on les pointe du doigt comme étant incapables d'apporter une réponse satisfaisante à la souffrance - à commencer par son personnel soignant qu'on accuse même de vouloir entretenir la douleur pour ses propres bénéfices (!).

Par ailleurs, la médecine tout entière se retrouve également travestie dans ses fondements puisqu'on impose aux médecins une procédure qui serait autrement sanctionnée dans n'importe quelle autre circonstance. Verriez-vous, sans crier au scandale, un chirurgien dire à son patient: «vu le résultat de mes analyses, ce ne serait pas approprié de vous opérer. Par contre, si vous insistez, je connais un autre chirurgien qui acceptera quand même de vous opérer».

À compter d'aujourd'hui, un tel manquement à l'éthique est non seulement cautionné, mais il est même obligatoire dans les cas «d'aide médicale à mourir». Dorénavant, on impose aux médecins qui la refusent, pour des raisons de conscience professionnelle, l'obligation de référer leur patient à une autorité qui trouvera une personne pour faire le travail à leur place. Dans la logique actuelle, cette complicité forcée n'a pourtant rien d'étonnant au regard du fait qu'on associe maintenant «suicide» et «homicide» comme étant deux actions complémentaires.

À ce rythme-là, la subjectivité va bientôt remplacer l'expertise médicale, l'opinion professionnelle sera considérée comme une option parmi d'autres, la misère humaine sera vue comme de l'acharnement thérapeutique, et le désespoir se retrouvera dans le lexique social comme une donnée factuelle à laquelle il faut remédier par la suppression de la vie du désespéré.

Et le tout sera constamment présenté comme un progrès social.
Bienvenue en 2016...

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