LES BLOGUES

Des analyses et des points de vue multiples sur l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Aubert Martin Headshot

La compassion redéfinie

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Se laisser mourir de faim, se mettre un sac sur la tête jusqu'à l'asphyxie totale, se tirer une balle en plein cœur... parce qu'on est malade, parce qu'on ne vit plus chez soi, parce qu'on perd l'usage de ses membres, parce qu'on se sent déprimé par notre vie.

Quel que soit la méthode ou le motif, sommes-nous encore capables de reconnaître qu'il s'agit bien de suicide? Ou alors, les organismes de prévention du suicide devraient-ils maintenant filtrer leurs appels? D'un côté, ceux qui ont de « mauvaises » raisons et qui doivent être aidés, et de l'autre, ceux qui ont de « bonnes » raisons, auxquelles un médecin devrait donner suite?

Le nombre rapporté de personnes qui se laissent mourir de faim ces derniers temps devrait nous alarmer. On sent une tendance, une vague de plaidoyers pour faire accepter d'autres raisons comme étant « bonnes » et « valables » pour se suicider. On peut parler d'un effet Werther: une hausse du nombre de suicides à la suite de la parution de cas de suicides dans les médias.

Au lieu de cela, poussés par une logique mécaniquement programmée, nous descendons la même pente glissante que la Belgique a suivie avant nous, l'argument de la fin de vie ne suffit déjà plus, il faut maintenant étendre l'euthanasie aux personnes qui ont d'autres états « indignes ».

La première injection a permis d'endormir la population pour lui faire accepter une loi qui chambarde toutes nos valeurs sociales... justement en invoquant que cela ne concernait « que la fin de vie ». Aujourd'hui, nous recevons la deuxième injection: celle qui ouvre les vannes de la mort sur demande. Ainsi, les partisans qui se cachaient derrière « des critères serrés » sont les mêmes qui critiquent maintenant la loi fédérale parce qu'elle ne va pas assez loin. On considère tranquillement « l'option du suicide assisté » alors qu'on s'en scandalisait hier encore. Et on parle déjà d'inclure les enfants sans même broncher, sans autre état d'âme que « si c'est bon pour lui »...

«On est en train de déposséder les personnes lourdement handicapées (et donc dépendantes) du statut indiscutable de ''personne humaine'' pour la seule raison qu'elles ne peuvent pas ''tout faire par elles-mêmes''»

Pendant ce temps, on ne s'aperçoit pas que nous assistons à un véritable plaidoyer en faveur du suicide, par lequel on valide (valorise) des raisons de vouloir mourir. Sans jamais s'offusquer des causes derrière ces raisons. La vie dans les CHSLD est pourrie? Réformons les CHSLD!

Pour les personnes qui endossent la nouvelle logique du suicide, maintenant bien enclenchée, une personne humaine se définirait par sa capacité à « faire tout ce que vous faites vous-même par vous-même » sans quoi vous êtes « socialement et moralement mort »! De tels propos - que personne ne dénonce pour pouvoir surfer sur la vague - montrent bien que le choix « individuel » des uns est en train d'éclabousser les autres. Ainsi, on est en train de déposséder les personnes lourdement handicapées (et donc dépendantes) du statut indiscutable de « personne humaine » pour la seule raison qu'elles ne peuvent pas « tout faire par elles-mêmes »...!?!

Un être humain devrait donc « se qualifier »? Répondre à des « standards »? Sans quoi ce serait justifié de vouloir mourir? Pas étonnant, dans ce contexte, que l'on qualifie « d'obstacles » les protections minimales qui peuvent seulement réduire les risques inhérents à toute loi sur l'euthanasie.

Et tout le monde applaudit tant de « compassion »...

Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Close
Le droit à l'euthanasie à travers le monde
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter