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Terroristes, extrémistes, fondamentalistes: où est l'islam dans tout ça?

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«Laissez l'islam en paix», pourrait-on crier lorsqu'on entend toute la propagande qui est en train de se jouer autour de cette religion. Tous les jours, un flot d'informations, qui mélange tous les concepts possibles et imaginables autour de l'islam, parait dans notre presse. Bon nombre d'auteurs soulignent constamment les effets contre-productifs qu'ont eu l'utilisation à tout va des termes «Jihad», «Islamisme» ou encore «Islamistes». On voit en effet que les assimilations et les amalgames vont vite en besogne et rien n'est laissé à l'abandon sans que l'esprit et la nature pieuses du texte soient dénaturés.

En ce moment, sujet qui suscite pas mal de discussions de comptoir, le «Jihad en Syrie» est particulièrement foisonnant. Il ne s'écoule pas une seule journée sans que l'on entende parler de ces personnes qui partent en séjour dans ces contrées lointaines du Moyen-Orient, afin de guerroyer contre l'ennemi qui est en réalité... un musulman lui-même. Mais alors se pose la question de savoir si le Jihad contre un musulman est un Jihad pour un autre.

Jihad contre les musulmans, véritable Jihad?

La question ne m'est pas venue toute seule dans la tête. C'est à la suite d'une discussion avec une personne qu'elle est née dans ma tête. Il est vrai que le Jihad est une guerre purement et strictement défensive qui est autorisée lorsque les musulmans sont expulsés de leurs habitations parce qu'ils ont osé dire «notre Dieu est unique».

Mais voilà. De nos jours, les conditions de ce Jihad ne peuvent plus être réunies. Je le disais déjà à notre tortionnaire des Écritures saintes, Eric Zemmour. Car aucun musulman n'est aujourd'hui injustement délogé simplement parce qu'il a dit que «Dieu est unique». Mais alors, sur quelle notion rattachée à l'islam ces groupes fondamentalistes justifient-ils leurs agissements? Aucun, du moins sûrement pas sur le Jihad islamique. Il faut, pour reprendre un ami, condamner l'injustice et pas l'islam.

Ce fantasme de la presse est encore plus mis à mal lorsqu'on remarque à quel point ces rébellions, menées par des bastions se revendiquant de l'islam à des fins purement politiques, sont absurdes. Souvent, le schéma géopolitique qui se dessine dans les pays comme l'Irak ou encore la Syrie oppose deux groupes inter-religieux. Qui plus est, ces deux groupes sont souvent de la même famille: musulmane. Si les uns et les autres ont des avis divergents concernant leur doctrine, ils s'accordent volontiers sur leur islamité. En conséquence, comment est-il pensable qu'un musulman se livrera à un «Jihad» contre un autre musulman?

Toutes ces petites guerres menées par des fondamentalistes relèvent de l'ignorance et sont menées afin de satisfaire une seule soif: le pouvoir. L'instrumentalisation de la religion à des fins politiques a toujours été de coutume chez les êtres humains. Mais nous sommes actuellement au XXIe siècle. Il faut dépasser les notions et les comprendre et ne pas simplement chercher les solutions de facilité ou de compromis qui s'offrent devant nous sur un plateau -de télé?- d'argent.

Les rebelles d'Irak établissent un Califat

Ce billet n'aurait jamais vu le jour si je n'avais point lu ces quelques lignes qui vont suivre. En Irak, un groupe fondamentaliste, «les rebelles d'ISIS», ont souhaité revendiquer l'établissement d'un Califat. Le «calife» de ce mouvement se nommerait Abu Bakr al-Baghdadi et appellerait les musulmans du monde à venir rétablir la Sharia, nonobstant le fait que ces agissements soient eux-mêmes contraires à la pureté et à la beauté de l'islam.

Ces rebelles qui disposent de plusieurs villes en Irak ne se souviennent bien entendu pas de l'islam qui proclame «qu'il n'y a pas de contrainte en religion». Jean-Pierre Filliu, Professeur à SciencesPo, signait hier une tribune sur le HuffPost sur ce qu'il qualifie de «califat de la terreur». Pour ne reprendre que ses mots: «Le "califat" qu'Abou Bakr al-Baghdadi (littéralement «de Bagdad») prétend rétablir est celui de l'âge d'or de l'islam, le califat abbasside basé en Irak de 750 à 1258.»

C'est également le signe d'un échec de la politique internationale menée au Moyen-Orient depuis des années (même si celui-ci est perceptible depuis le début de l'intervention américaine en Irak). Plutôt que de voir un pays connaître les lendemains paisibles d'une démocratie (si ce régime pouvait être pris comme paradigme pour l'Irak), le pays sombre dans une guerre civile. Mais ce n'est pas en intervenant en Syrie ou en Irak que ces conflits vont se résoudre: c'est en retravaillant la norme essentielle -et pourtant si absente- de notre droit international: la justice absolue.

La question de ce qu'on laisse aux enfants de demain est ici cruciale. Comment les décideurs sur la scène internationale peuvent-ils penser que les terroristes, les guerres civiles donneront, demain, des enfants de l'amour? Non, ils seront empêtrés dans ces conflits sans jamais en sortir, qu'il s'agisse d'une sortie physique du conflit ou d'une sortie psychologique. La question se pose donc de savoir si la politique menée ne va pas, à terme, générer des enfants de la haine.

«Tout endroit où l'extrémisme sévira, nous devons le dénoncer»

J'écris souvent dans les colonnes du HuffPost à propos d'une communauté musulmane, l'Ahmadiyya, qui considère Ahmad de Qadian comme étant le réformateur attendu par différentes religions sous différents titres. Depuis le décès d'Ahmad de Qadian, la communauté musulmane ahmadiyya est dirigée par une succession de Califes. Aujourd'hui, le cinquième Calife, Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, a donné une entrevue à une chaîne de télévision sur la question de ces groupes fondamentalistes.

Ce qui est désormais intéressant est de voir le point de vue du Calife de l'islam ahmadiyya. Suite à tous ces conflits, il affirme clairement que:

«Les actions et les revendications soutenues par les membres de l'ISIS et les autres groupes extrémistes, qui prétendent représenter l'islam alors qu'ils commettent des actes de haine et de violence, sont totalement contraires à l'islam et ses enseignements pacifiques.

Tout endroit où l'extrémisme sévira, nous devons le dénoncer.»

Alors que cette communauté ne comptait qu'une poignée d'individus lors de son établissement, elle en compte désormais plus d'une dizaine de millions. Les suivants de cette communauté ne sont pas venus parce qu'ils y ont vu du sang ou de la haine. Ils y ont vu l'islam, retrouvé dans sa pureté originelle. Ils ont retrouvé le Califat spirituel qui leur manquait depuis le décès du dernier Calife bien guidé. Ils ont retrouvé une communauté qui agit en vertu d'un islam sincère et désintéressé; une communauté qui diffuse un islam pacifiste et qui essaie de planter, chaque jour, l'amour à la place des racines épineuses de la haine.

Cette communauté a été établie sans armes, sans armée, sans oppression, sans violence. Voici l'exemplarité par excellence d'un Califat qui peut se revendiquer de l'islam, avec un grand I.

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