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Projet d'affaires : croire et commencer petit

30/06/2014 11:24 EDT | Actualisé 30/08/2014 05:12 EDT

La notion de communauté m'est très chère, car c'est en elle que je trouve l'élément essentiel d'une affirmation économique de la force informelle et ethnique. Inutile de rappeler que cette communauté se doit d'œuvrer à développer et maintenir son patrimoine et sa fierté. Force est de constater, hélas, que la vie des quelques réussites commerciales, voire fleurons, n'est pas assurée après la disparition des initiateurs de ces entreprises.

Le problème de la relève n'est pas seulement un fait ethnique, mais touche aussi les PME québécoises dont 10 000 seraient menacées notamment dans le domaine agricole (source chambre de commerce de Montréal). Les raisons de ce manque de relèves sont diverses et nul n'est à blâmer sur ce plan. Les différentes générations peuvent ne pas partager les mêmes ambitions pour l'entrepreneuriat ni même les domaines dans lesquels investir. Ainsi, les entreprises familiales se font de plus en plus rares ou leur durée tend à se limiter dans le temps. La solution qui vient à l'esprit lorsque l'on veut sauvegarder de telles institutions est l'ouverture de capital à des investisseurs externe pour assurer le transfert de la gestion à un tiers tout en gardant un contrôle permettant de maintenir la vision de l'entreprise dans le sillage de l'initiateur. Idéalement, ce dernier devrait pouvoir se retirer assez tôt pour observer la direction que prend la gestion de l'entreprise en apportant de petites corrections s'il demeure membre du conseil d'administration pendant une période de transition.

Pour moi, le problème de la pérennité de l'entreprise ethnique ne se pose pas tant au moment de la relève, mais dès les moments de son lancement. En effet, devant les défis énormes que rencontre l'entrepreneur ethnique pour avoir accès aux ressources nécessaires au déploiement de son projet, plusieurs années peuvent passer sans que la moindre action commerciale ne soit entreprise. On se contente d'aller de déception en déception dans la quête de financement en mettant indéfiniment à jour le précieux plan d'affaires et en édulcorant peu à peu l'idée initiale pour faire patte blanche aux investisseurs, suivre les tendances du marché, etc. Pendant ce temps, on se confronte aux incessantes sollicitations de notre environnement de vie : factures, loyers, paniers-repas, etc. Le fait est qu'à suivre cette voie de lancement, on perd peu à peu la possibilité de vivre toutes les phases de vie de son projet et d'y intéresser de potentiels repreneurs tant il aura été uniquement question du maintien de l'entreprise dans sa phase de vie individuelle sans possibilité de la développer en une raison morale et intégrer de nouveaux effectifs.

En réponse à ce déficit de stratégie à long terme, je propose une démarche en quatre temps : Croire, fédérer, prospérer et partager. Nous y reviendrons ultérieurement.

La première étape est de croire en son projet d'affaires (qui a une vie en soi) et de commencer petit à petit à le développer. Le plus simplement du monde. Cela permet d'acquérir des informations sur la réalité de notre marché et de faire des correctifs à mesure que le projet évolue. Par exemple, on peut imaginer qu'une famille souhaite ouvrir un café dans une zone résidentielle, mais n'a ni le temps pour s'y consacrer ni les moyens de payer un gérant. Le recours à l'économie sociale et à la coopérative pourrait permettre au projet de voir le jour avec des associés qui participeraient aux risques de l'établissement qui débuterait avec un local dont les frais seraient répartis par adhérents et la gestion confiée à l'un d'entre eux. Il en est de même pour un projet ambitieux d'incubateur dont la forme la plus simple pour débuter serait la colocation d'un espace sous forme de coopérative ou autre.

On le voit donc, la difficulté de relève dans le cas des entreprises ethniques n'est souvent que l'aboutissement d'un délai au lancement puis à l'évolution de la forme individuelle vers la raison morale du projet d'affaires. Ce processus permet normalement à la structure de trouver, au fil des années, des partenaires qui peuvent s'intéresser puis être intégrés à la gestion et garantir ainsi la pérennité du patrimoine d'une communauté culturelle sous sa forme de Diaspora ou de Nation. Il convient donc d'apprendre à commencer petit et progresser (par adaptation aux contraintes et opportunités) dans le développement de l'initiative économique sans attendre que celle-ci ne revête d'abord le profil idéal de l'entreprise modèle.

« Croire en son projet d'affaires, c'est accepter de le porter, quel que soit l'état d'avancement de son propre projet de vie. »

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