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Financement d'entrepreneurs ethniques: entre désillusion et débrouillardise

16/12/2013 12:28 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

Les crises économiques sont bien souvent l'occasion de restrictions sur les budgets et de réallocations des priorités gouvernementales. L'entrepreneuriat ethnique qui souffre déjà d'un déficit d'accès aux ressources se trouve encore plus pénalisé par la pénurie de fonds. Bien que la logique soit de favoriser les PME créatrices d'emploi, beaucoup d'entrepreneurs ethniques n'en sont qu'à l'étape du travail autonome et ne produisent qu'un revenu de subsistance insuffisant pour avoir un poids significatif dans la communauté d'affaires.

Disons-le ouvertement: la recherche de financement dans l'entrepreneuriat ethnique est un réel casse-tête et il en sera ainsi tant que la prise en compte de cette réalité entrepreneuriale ne sera pas effective. Pourtant, l'image est séduisante de considérer un acteur économique travaillant à son propre compte comme un demandeur d'emploi en moins et surtout une potentielle source de création d'emploi. Là où le bât blesse, c'est que les nombreux écueils de l'immigration et des réalités de communautés culturelles installées depuis plus d'une génération renvoient un constat alarmant sur l'équité en matière de profil entrepreneurial. Côte de crédit au plus bas, famille nombreuse et outre-mer dont on est le garant financier, réalisme des idées, choix des projets, ambitions d'affirmation sur le marché et dans le temps, fort endettement, etc. sont autant de facteurs qui alourdissement l'essor d'une couche de la population des grandes Cités.

Que faire alors? Déjà s'armer de patience et faire preuve d'initiative et de débrouillardise. Garder en tête qu'il faut trouver ces fonds à tout prix pour pouvoir se lancer (en restant dans le licite bien sûr). Plusieurs solutions peuvent être envisagées. Mon expérience ne m'a pas montré un réel engouement pour les projets d'entrepreneuriat ethnique sur les sites de crowdfunding classiques et les organismes et institutions peinent à être flexible dans leur sélection. Cela est sans doute dû à la nature même des projets. S'orienter vers du micro financement ou du financement communautaire lorsque ceux-ci sont disponibles et quand la note de crédit ne pénalise pas trop le dossier soumis reste une des voies les plus prisées.

La levée de fonds auprès des proches est encore souhaitable dans les cultures où la solidarité est de mise, mais en tant qu'entrepreneur il est bon de savoir que ce mode de financement reste privilégié et demeure une solution qui, pour perdurer, doit s'appuyer sur la capacité de l'emprunteur à rembourser après un certain temps pour permettre à d'autre d'en bénéficier. Critères important cependant se limiter à des montants faibles pour baisser le risque pris par le créancier et prendre en compte que lui-même vit la même réalité de crise que vous, mais à un niveau d'épargne différent.

Pour les laissés pour compte de la solidarité ou les cœurs indépendants, vous pouvez d'ores et déjà souhaiter la bienvenue à votre vieille bête noire: l'emploi. Oui, retour à la case départ. L'idée est d'épargner pour investir dans son projet d'affaires voire de partager son temps de travail entre un salaire à temps partiel et un revenu d'affaires. Le commun des mortels vous dira que le transfert de temps se fera progressivement, mais sachez qu'on a qu'une vie et qu'on ne peut se soustraire au poids de la norme sociale. Pas besoin de faire des sacrifices pendant une partie de sa vie pour vivre son rêve d'entrepreneur un peu plus tard lorsque les fenêtres d'opportunité ne sont plus d'actualité ou que le cœur n'y est plus (phase de résignation).

Être entrepreneur ethnique, c'est avant tout être entrepreneur comme les autres, mais avec plus de défis à relever pour y arriver. Cette ère est celle des pionniers de cette réalité qui posent les marques pour que cette vocation soit reconnue dans l'esprit des communautés culturelles (même si on aura toujours besoin d'avocats, médecins, enseignant, infirmières, etc.). Cette ère est aussi le temps pour une certaine génération de s'affirmer économiquement en tenant compte d'un vieux paradigme: «Il faut du temps pour être riche»; simple conseil de génération Y, à bon entendeur...

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