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Pendant ce temps-là, en Afrique...

25/01/2016 10:58 EST | Actualisé 25/01/2017 05:12 EST

Le monde serait-il à un tournant actuellement? Il est en tout cas en ébullition depuis quelques jours et la communauté internationale ne sait plus à quel saint se vouer.

Entre les attentats lâches et meurtriers ici et là, les foyers de tension qui se multiplient presque partout, la guerre contre le nébuleux État islamique, la relocalisation des réfugiés syriens, l'obligation du respect de l'accord issu de la COP21, de petits meurtres entre amis Russes et Turques et les préoccupations domestiques, ce qui n'est pas de l'ordre du tape-à-l'œil est relégué au stade d'anecdotes dont il est urgent de ne pas parler.

Une énorme brèche dans laquelle n'hésitent pas de s'engouffrer, et avec délectation, certains dirigeants africains, friands de la politique de la terre brûlée. Le flou artistique qui entoure la définition même du mot «terroriste» et l'aversion générale qu'un terroriste avéré s'attire leur donnent des munitions pour étiqueter à leur guise tout citoyen qui aurait des velléités contestataires pourtant légitimes.

Et, l'occasion faisant le larron, ils s'arrangent pour organiser, au nez et à la barbe de la communauté internationale désormais aux abonnés absents, des tripatouillages constitutionnels qui commencent déjà à passer comme une lettre à la poste. Comme on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, ces dirigeants, connus pour leur extraordinaire jusqu'au-boutisme, s'alignent sur la fameuse et imbuvable notion des dommages collatéraux pour mettre hors d'état de nuire ceux et celles qui pourraient leur contester leur inaliénable droit de rester éternellement au pouvoir.

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Sauf que des dommages collatéraux sont des drames familiaux qu'aucune élection, ni aucun maroquin ne peuvent justifier.

Pendant que la communauté internationale est en train de parer au plus pressé, il se passe de drôles de choses en Afrique dont l'écho n'arrive que travesti sous la forme de terrorisme domestique ou de troubles à l'intégrité de l'État, accusations pourtant abracadabrantesques, mais suffisantes pour caillasser quelqu'un publiquement ou même le faire disparaître ni vu ni connu.

La France, La Belgique et les États-Unis, pour ne citer qu'eux, se sont fendus de temps en temps d'un communiqué pour s'indigner gentiment de ce qui se passe dans ces pays-là. Ces communiqués ne sont rien d'autre que de la bénédiction, passive mais acquise, pour ces présidents allergiques à l'alternance, à la démocratie. C'est à croire que le sang des Africains ne compte que pour du beurre. Il en meurt ici et là, dans une hallucinante indifférence. Il ne se trouve jamais personne pour anticiper sur les visées machiavéliques d'un Sassou-Nguesso déterminé à rempiler pour une quatrième décennie au mépris de la Constitution, même si cela en coûte à la moitié de sa population.

De même qu'il ne se trouve personne maintenant pour rabattre le caquet à un Kagamé qui impose son ambition de posséder son pays jusqu'en 2034, excusez du peu. Son voisin burundais, Pierre Nkurunziza, est en train de transformer son pays en un mouroir sans s'embarrasser le moindrement des aboiements intermittents de l'Occident.

Il ne se trouve enfin personne de la communauté internationale pour anticiper sur ce qui va se passer en RDC en 2016, année électorale et de fin de mandat officielle du président actuel. Il n'est pas besoin d'être un devin pour savoir que ça ne va pas être joli, que le sang d'un peuple désormais blasé va couler. La confrontation n'est jusque-là que larvée mais elle va aller crescendo. C'est écrit dans le ciel qu'il y aura des centaines de morts, voire des milliers mais il en faut pour réveiller une communauté internationale tétanisée par la menace, vraie ou farfelue, de l'imminence d'un attentat.

Pendant ce temps-là en Afrique, les dirigeants semblent souffrir d'une forme rare et probablement incurable d'anti-démocratite aigüe sévère qui les pousse à nier, au nom de la poursuite effrénée d'une ambition pharaonique, la moindre trace d'humanité chez leurs commettants.

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