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En France soviétique, les gens veulent s'exiler en Russie

04/01/2013 05:54 EST | Actualisé 25/12/2013 01:17 EST

Cher Monsieur Depardieu,

Tout en sachant pertinemment que mon message risque de se perdre et de ne jamais aboutir dans votre boîte courriel, je me permets d'écrire ceci :

Lorsque j'étais petite, je regardais les Misérables en boucle. Un chocolat chaud pas très loin sur la table d'appoint, une grosse doudou m'enveloppant et j'attendais patiemment que l'histoire se termine pour la recommencer. J'étais émerveillée devant la volonté du père Madeleine, maire de Montreuil-sur-Mer, à générer le bien autour de lui, à se comporter de manière charitable, à pardonner et à souhaiter racheter sa vie pour ses dix-neuf années passées au bagne. C'est à 46 ans que Jean Valjean décide de changer de vie. Il crée une fabrique de verroterie, devient un industriel remarqué, puis accède au poste de maire quatre ans plus tard. Malgré le fait que les citoyens ignorent tout de son histoire, ses concitoyens le décrient comme un homme charitable qui met à profit son industrie pour aider les pauvres et pour faire construire deux écoles. Ce personnage m'a toujours fascinée, mais j'ignorais pourquoi. Tout ce dont j'avais la certitude, c'est que j'avais profondément en horreur Javert. Ce policier d'une logique cartésienne qui ne voulait pas donner crédit à la réinsertion de Jean Valjean.

Tout récemment, le Conseil constitutionnel a annulé la taxe de 75 % des très hauts revenus prévue par votre président, monsieur Hollande. Pour démarrer l'année, vous avez obtenu la nationalité russe. La Russie? Vous allez en Russie pour échapper du socialisme fiscal français... Qui l'eût cru? Aucune personne des années 80 n'aurait pu un jour se douter que l'autoritarisme russe s'effondrerait, que l'économie russe serait plus libéralisée que la France du président Hollande.

Nous savons que vous aimez votre France, Monsieur Depardieu, que vous avez consacré votre vie à l'art de la scène, à la diffusion de ce qu'elle détient de plus beau à offrir. Chapeau!

Monsieur Depardieu, je vous félicite d'avoir décidé de quitter un pays qui n'encourage apparemment pas la réussite, le succès et l'initiative.

Depuis le 1er janvier 2001, la Russie a abandonné le système progressif de Boris Eltsine par une flat tax de 13 %. Selon un rapport analysant les effets de l'instauration de la Flat Tax produit par l'Adam Smith Institute, la Russie a connu un taux de croissance si important qu'elle a pu redresser totalement ses finances publiques. À vrai dire, le produit de l'impôt sur le revenu a augmenté de plus de 20 %, permettant ainsi de combler le déficit de Boris Eltsine.

L'idée de la Flat Tax semble être attrayante pour vous, Monsieur Depardieu, et vous avez raison! Plusieurs économistes se sont intéressés au modèle de la Flat Tax. Selon les économistes Robert Ernest Hall et Alvin Rabushka de la Hoover Institution, en taxant les revenus et en excluant les investissements, l'économie américaine s'améliorerait considérablement. Dans The Flat Tax, les auteurs soulignent que le nombre d'heures de travail augmenterait de 4 % dans l'économie américaine. Elle permettrait une déduction des investissements découlant en une forte incitation à investir, une réaffectation massive de l'effort national qui serait favorable au revenu national tout en protégeant les pauvres de toute imposition. Les deux économistes ajoutent « qu'elle financerait ces baisses d'impôts en imposant judicieusement le revenu professionnel à un taux modéré augmentant ainsi les recettes fiscales fédérales provenant des entreprises ».

Comme le disait le conseiller du roi Henri IV, Barthélémy de Laffemas : « les hauts taux tuent les totaux ». Intéressant de savoir que ce dernier était tout sauf un libéral et qu'il considérait que l'impôt proportionnel était préférable à l'impôt progressif puisqu'il rapportait beaucoup plus à l'État.

Monsieur Depardieu, vous m'avez fait pleurer toute ma jeunesse par votre incroyable talent d'acteur et d'humain. Vous nous avez appris la compassion grâce à Monsieur Madeleine. Vous nous avez révélé que l'État, bien qu'il se veuille le gardien des droits, est souvent celui qui nous empêche d'être libres et d'avancer. Ce grand Victor Hugo, quoiqu'on lui prête l'intention d'avoir décrit la classe des moins nantis, il a nous aura enseigné l'empathie, la générosité, le dépassement de soi et aussi, le rêve. Il nous a démontré combien l'Homme pouvait être bon, qu'il pouvait pardonner et qu'il pouvait aimer même ceux qui l'ont blessé.

Monsieur Depardieu, je vous souhaite une heureuse année 2013 à votre capital, mais la Russie a encore beaucoup de chemins à faire vers l'atteinte des libertés individuelles. Ne devenez pas un instrument politique dans une mer de propagande. Jean Valjean vaut mieux que cela.

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