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Est-ce le manque de sommeil qui coule Romney?

Publication: 21/09/2012 01:38

Nous sommes peut-être un pays politiquement divisé mais je pense qu'on peut s'accorder sur une chose : la campagne de Mitt Romney est en train de foirer. Même avant la vidéo pirate, le sentiment était déjà si répandu que les nécrologies pré-mortem et les renvois de balle avaient déjà commencé, avec une grande une de Politico intitulée : "La campagne vue de l'intérieur : comment Mitt Romney a trébuché."

Remarquez bien l'emploi du passé. La veille sur le site The Hill, on pouvait lire : "Les législateurs républicains déclarent que la campagne de Romney doit changer de direction." Puis l'émission Saturday Night Live (SNL) a ouvert sa nouvelle saison par un sketch mettant en scène le Président Obama reconnaissant que certes "les choses ne vont pas très bien, l'économie s'écroule" et "le marché de l'emploi est horrible", mais qu'il n'est pas inquiet car il possède "une arme secrète" pour gagner : Romney lui-même.

Quand les humoristes estiment que l'idée que votre campagne coule est assez répandue pour en faire un postulat, on peut dire que vous avez des problèmes. La question est : pourquoi ? Comme Kasie Hunt de l'AP l'écrit dans un article évoquant le mécontentement ressenti le week-end dernier lors du "Values Voters Summit": "Les activistes républicains sont incrédules : pourquoi Mitt Romney semble incapable de resserrer son écart avec le Président Barack Obama alors que l'économie stagne et que l'enthousiasme des conservateurs pour battre le démocrate est bien là ?"

C'est vrai ça, pourquoi ? Pour reprendre les mots de l'Obama du SNL, la situation n'est pas géniale. Le chômage reste au dessus des 8 %, il y a toujours 20 millions de personnes sans emploi ou sous-employées. Et pourtant, le vrai Président Obama a récemment resserré l'écart avec son rival dans quatre grands sondages sur la question de savoir qui gèrerait le mieux l'économie. Nate Silver du New York Times donne Obama vainqueur à 73 %.

Alors qu'est-ce qui explique les difficultés de Romney ? Son équipe de campagne est composée de nombreux professionnels chevronnés. Et ce n'est certainement pas un problème d'argent. Entre la campagne, le parti républicain, et les super PAC, les soutiens de Romney ont rassemblé plus de 500 millions de dollars. Certains conservateurs se plaignent de "la partialité des médias", ce qui n'est pas une réponse, car quelles que soient les opinions personnelles des médias grand public, il n'y a rien qu'ils aiment plus que changer leur façon de voir. Ils adoreraient retourner l'histoire et avoir une ou deux semaines de "Obama était en tête mais regardez qui revient : Romney !". Qui sait ? Cela arrivera peut-être mais pour l'instant la campagne de Romney ne leur donne pas trop à se mettre sous la dent.

Donc, si ce n'est ni une question d'argent, de circonstances externes, ou de talent, ça doit venir de mauvaises décisions. Et j'ai ma théorie là-dessus. Mais regardons d'abord les erreurs de la campagne de Romney.

En politique économique, les républicains ont mené une campagne mettant en avant les problèmes de l'économie, mais sans proposer de solutions pour les arranger. Dans les grandes lignes, le programme économique de Romney consiste à réduire l'impôt, surtout pour les riches, tout en équilibrant le budget. Bien, mais comment ? En supprimant les niches et les déductions fiscales. Lesquelles ? Si la campagne n'a pas de réponse, elle cite des études prouvant que cela va marcher. Voici la façon dont Romney a répondu à George Stephanopoulos qui le pressait sur le sujet :

STEPHANOPOULOS : L'une des études que vous citez, celle de Martin Feldstein d'Harvard, montre que vos calculs ne tiendraient la route qu'à condition d'éliminer les emprunts immobiliers, les donations caritatives et les déductions d'impôts d'état et locaux pour les revenus supérieurs à 100 000 dollars. C'est ce que vous proposez ?

ROMNEY : Non, ce n'est pas ce que je propose. Bien sûr, une partie de mon programme prévoit de stimuler la croissance économique. La principale ressource du pays pour parvenir à un équilibre budgétaire n'est pas d'augmenter les impôts ou de réduire les dépenses, mais de stimuler la croissance. Donc mon programme fiscal est d'encourager l'investissement en Amérique : plus d'emplois signifie plus de gens payant des impôts.

Son plan serait donc... "encourager l'investissement". Certes, il est courant chez les politiciens de ne pas répondre vraiment à une question, mais ils sont en général plus doués pour le cacher. Or, on a l'impression que l'équipe de Romney n'essaye même pas. Raison pour laquelle beaucoup de conservateurs lui ont demandé plus de précisions. Citons par exemple George Will dans This Week :

"Il y a des incertitudes quant au programme fiscal de Romney/Ryan, parce qu'ils n'ont pas précisé quelles déductions seraient supprimées. Or, nous savons où se trouve l'argent : dans les déductions d'impôts pour les emprunts immobiliers et donations caritatives, la fiscalité du travail, l'assurance maladie procurée par l'employeur, et les impôts d'états et locaux. Avec un tel programme, soit vous tapez uniquement les riches, et dans ce cas vous ne récupérez pas beaucoup d'argent, soit vous tapez la classe moyenne."

Le Washington Post a dit de ce programme qu'"il relevait de la magie". Le Wall Street Journal, réagissant à l'annonce de Romney qu'il remplacerait l'Obamacare par "son propre programme" mais sans préciser ce qu'il impliquerait, a écrit : "Le calcul préliminaire politique de M. Romney semble être qu'il compte gagner les élections sans devoir expliquer son plan économique, ni même sa politique."

Quant à sa politique étrangère, elle s'appuie largement sur les idées de ceux responsables de l'un des pires désastres américains en la matière, la guerre d'Irak. Selon Ari Berman, "plus de 70 % des 40 personnes identifiées comme les conseillers de Romney en politique étrangère, travaillaient pour Bush. Beaucoup appartiennent à l'aile néo-conservatrice du parti, ont soutenu avec ferveur la guerre d'Irak et sont partisans d'une attaque américaine ou israélienne contre l'Iran".

Voici le genre d'idées qui ont conduit la campagne à cette désastreuse décision d'organiser une attaque outrancière contre Obama la semaine dernière, lors des assauts mortels à l'ambassade de Benghazi. Le geste a été dénoncé autant par les démocrates que les républicains, qualifié de "lâche", "maladroit", "irresponsable", une "gaffe", une "catastrophe totale", et un acte "non-présidentiel".

Enfin, s'agissant de son co-listier, Paul Ryan, Romney a choisi quelqu'un connu pour être culotté et provocateur, mais l'a immédiatement réduit au silence.

Alors, qu'est-ce qui explique toutes ces mauvaises décisions ? Voici ma théorie : le manque de sommeil. Et j'en ai la preuve - au moins une ! Pendant que j'étais à la convention nationale démocrate à Charlotte, un journaliste bien informé m'a confié que Eric Fehrnstrom, l'un des plus anciens conseillers de Romney, ne dormait que trois ou quatre heures par nuit avec ses téléphones et ordinateurs sur lui, se levait ensuite pour vérifier ses mails, y répondre, et se rendormait une heure. Ou pas. Si ses habitudes reflètent celles de la campagne de Romney, alors voilà : le mystère est résolu !

Vous vous rappellerez peut-être que Fehrnstrom était le conseiller qui avait déclaré en mars qu'il serait facile pour la campagne de passer les vitesses après la bataille des primaires, parce que ce serait comme "appuyer sur le bouton de redémarrage... presque comme un Ecran magique". Pourquoi est-ce que quelqu'un comme lui dirait quelque chose comme ça ? Peut-être parce qu'au lieu d'appuyer sur le bouton de redémarrage, il ferait mieux de trouver celui pour éteindre ses téléphones et ses ordinateurs, et prendre un peu plus de sommeil réparateur, qui l'aiderait à éclaircir ses idées et à avoir un meilleur jugement de la situation.

La semaine dernière, une étude menée par le Rensselaer Polytechnic Institute a justement montré que la lumière des ordinateurs perturbait la production de mélatonine dans le corps humain, qui aide notre horloge interne et régule nos cycles de sommeil. Et comme je l'ai fait remarquer avant, le sommeil joue un rôle décisif pour prendre des décisions.

Selon le service de médecine du sommeil de la Harvard Medical School, le manque de sommeil a été un "facteur significatif" ou a joué "un rôle crucial" dans les accidents nucléaires de Three Miles Island et de Tchernobyl, la marée noire du pétrolier Exxon Valdez, et l'explosion de la fusée Challenger : "Le manque de sommeil a un impact négatif sur notre humeur, notre concentration, et notre capacité à atteindre à de plus hautes fonctions cognitives. La combinaison de ces facteurs est ce que nous appelons en général une performance mentale."

Bref, en cumulant les indices, il semble que le coupable pour avoir tué les chances de Romney n'est qu'un manque de sommeil de la part de ses conseillers. Suis-je en train de dire qu'il battrait Obama si son équipe dormait plus ? Non, mais à ce stade, ça ne peut pas à leur faire de mal. 500 mille milliards de dollars c'est super, mais "des hautes fonctions cognitives" et une "performance mentale", c'est encore mieux.

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