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Boko Haram: du terrorisme à l'esclavage sexuel des filles

09/05/2014 11:58 EDT | Actualisé 09/07/2014 05:12 EDT

Boko Haram signifie selon ses fondateurs que l'éducation occidentale est un péché. Depuis sa naissance, ces extrémistes se définissent comme des djihadistes qui ont pour mission de combattre l'Occident judéo-chrétien par les prises d'otage, les attentats terroristes et l'instauration de la Charia. Mais, le rapt de 223 fillettes dans l'État de Borno, où la secte veut interdire l'accès des femmes à l'éducation, choque le monde entier, d'autant plus que la déclaration de son leader, Abubakar Shekau ne fait aucun doute sur l'esclavage sexuel et le mariage forcé que les fillettes vont subir au « nom d'Allah » qu'il invoque pour justifier cette barbarie.

Le président du Nigéria, Goodluck Jonathan, critiqué pour sa gestion de crise, a appelé à l'aide de la Communauté internationale et des pays comme le Canada, les États-Unis, la Grande-Bretagne ou la France ont offert leurs expertises antiterroristes à Abuja. Mais ont-ils les moyens pour anéantir cet ennemi invisible, non conventionnel, qui a la complicité de certaines populations nigériane et camerounaise pour des raisons d'appartenance ethnique, religieuse et économique.

L'erreur stratégique du Nigéria

Les autorités nigérianes paient une erreur stratégique qu'elles ont commise dans le passé en négligeant son territoire nord, laissé aux mains des islamistes. Le nord du pays, moins riche en pétrole, est en effet considéré comme une zone loin du pouvoir économique, donc ne rentrant pas dans la priorité stratégique d'Abuja. Les efforts sécuritaires sont ainsi majoritairement consacrés à la protection des secteurs pétroliers vitaux à son économie. En conséquence, l'absence de l'autorité étatique crée un vide politico-sécuritaire qui a permis à Boko Haram de s'y implanter, au milieu des populations qui lui sont largement favorables et avec qui la secte crée des alliances sociales comme le mariage, la religion et les œuvres de bienfaisance, qui lui permettent de gagner la confiance des personnes abandonnées par l'État.

Reprendre la main sécuritaire

Conscient du danger, le Nigéria a voulu se réapproprier le terrain perdu en accentuant la pression militaire contre la secte sous la présidence d'ancien président Umaru Yar'Adua. Ce qui lui a permis d'assassiner son leader spirituel, Mohamed Yusuf, le 30 juillet 2009, avec un bilan humain de 700 morts, dont 300 islamistes, pendant l'opération. Mais la dissimulation de ces fanatiques dans la population civile limite les progrès de l'armée nigériane, d'où l'inefficacité de ces opérations militaires devant une secte qui gagne des batailles militaires, réussit des prises d'otage et multiplie les attaques contre les chrétiens. Comme le disait Olusegun Adeniyi : « Le Nigeria est sans aucun doute "une nation en guerre". Et le fait est que, sur le terrain, les insurgés islamistes remportent certaines batailles stratégiques ».

Une autre problématique relève de la faible coopération sécuritaire du Cameroun dans la lutte contre le terrorisme, dont les populations musulmanes du nord offrent souvent des replis stratégiques aux combattants de Boko Haram, soit pour dissimuler les otages en provenance du Nigéria soit pour faire des otages en territoire camerounais. La sécurité du Nigéria est donc une partie intégrante du Cameroun, et toute action militaire contre Boko Haram doit passer par la fermeture des frontières entre le Nigéria et le Cameroun pour être efficace.

Du terrorisme à l'esclavage sexuel

Ces fondamentalistes souhaitent combattre l'Occident infidèle par le djihad, interdire l'éducation des filles et appliquer la Charia. Abubakar Shekau critique ainsi violemment la démocratie et l'éducation occidentale portée, selon lui, par les « mécréants qui ne croient pas en l'islam » et qui sont source de malédiction dans les sociétés musulmanes. Cela explique son choix de cibler les lycéennes qui n'ont pas leur place à l'école, car une fois éduquées, elles revendiqueront plus tard l'égalité en droit entre les hommes et les femmes. Comme d'habitude, les filles sont séparées en petits groupes avant d'être acheminées hors du Nigéria pour finir en esclaves sexuelles dans une impunité absolue. Ainsi, il existe de bonnes raisons de s'inquiéter sur le sort de ces lycéennes. Comme le disait Shekau : « J'ai kidnappé vos filles ! Je vais les vendre comme des esclaves, au nom d'Allah. Il y a un marché où ils vendent les êtres humains. [...] J'ai dit que l'éducation occidentale devait cesser, les filles doivent quitter l'école et se marier. Une fille de 12 ans, je la donnerais en mariage, même une fille de 9 ans. »

Une absence africaine et la mollesse d'Abuja

Mal préparée pour la lutte antiterroriste, l'Afrique abandonne le Nigéria, comme c'est le cas du Mali et de la Centrafrique, où les dirigeants africains ont failli à leur devoir sécuritaire vis-à-vis d'Abuja. En conséquence, le président nigérien Goodluck Jonathan condamne le « meurtre haineux, brutal et insensé d'étudiants innocents par des terroristes fous et des fanatiques ». En même temps, il exprime la volonté des «Forces armées du Nigeria et des autres agences de sécurité de poursuivre leur combat contre la terreur avec vigueur et détermination». L'Afrique, tristement célèbre par son incapacité sécuritaire, oblige le Nigéria à solliciter l'aide internationale.

La mobilisation internationale au secours du Nigéria

Qui peut réellement libérer les otages, vu que l'armée nigériane montre déjà ses limites face à une secte toujours dangereuse. L'aide internationale s'organise auprès du Canada, des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France qui offrent leur expertise antiterroriste pour obtenir la libération des filles. Barak Obama exclut pour l'instant une opération militaire trop risquée, mais engage une mission composée des spécialistes de renseignement pour localiser les otages dans la discrétion et de l'argent pour inciter les populations locales à dénoncer les islamistes. Comme le disait Marie Harf: « Nous apportons au sens large notre aide dans le domaine du contre-terrorisme au Nigeria, plus spécifiquement en transmettant nos informations et également en les aidant à améliorer leurs capacités d'investigation. C'est ce qui est utile au moment où les Nigérians essaient de retrouver ces jeunes filles, alors que plusieurs d'entre elles, selon nos informations, ont été transférées hors du Nigeria vers des pays voisins ».

L'utilisation de l'argent pour libérer les otages doit cependant être envisagée avec la plus grande prudence. Les rançons alimentent en effet les sources économiques du terrorisme et la multiplication des djihadistes.

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