Ça fait maintenant plus de cinq semaines que la grève étudiante a commencé au Québec. Force est de constater que le mouvement a grandi à un point tel qu'on le nomme le « printemps érable» dans certains cercles. Ce que les étudiants font est important et louable, mais en tant qu'étudiant Noir, c'est encore extrêmement difficile pour moi de prendre part aux manifestations étudiantes.
Pourquoi, me demandez-vous?
Parce qu'en général, le droit d'avoir accès à l'éducation a été toujours beaucoup plus difficilement accessible pour les Québécois Noirs ainsi que les Québécois issus de minorités visibles. Cependant, il n'y a jamais eu d'intérêt public comparable au « printemps érable » pour soutenir le droit à l'éducation des jeunes issus de ces communautés. Bien au contraire, lorsque différents leaders communautaires ont tenté de montrer les échecs du système d'éducation québécois envers les étudiants Noirs et de minorités visibles, ils ont souvent été ridiculisés ou refoulés avec un esprit de «si vous ne l'aimez pas, retournez chez vous! », et ce, malgré que la présence de Noirs et de minorités visibilités au Québec remonte à plusieurs générations.
Alors, comment pouvez-vous me demander de marcher et manifester avec des confrères et consœurs qui ne sont jamais allés au front avec moi ou les gens de ma communauté pour remédier aux mêmes inégalités que nous subissons depuis plus d'un demi-siècle? En ce sens, les présentes manifestations et revendications du mouvement étudiant sont pour moi un peu hypocrites.
Oui, il est vrai que ces étudiants ont appris à organiser des marches énormes, comme le Dr Martin Luther King Jr. le fit en son temps, mais un de ses messages cruciaux semble avoir échappé à l'esprit de certains: «Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice en tout lieu».
Soyons clairs, je ne prétends pas que l'accès à l'éducation post-secondaire est niée aux Noirs et aux minorités visibles à cause de la couleur de leur peau. Plutôt, je cherche à souligner le fait que le manque de ressources socio-économiques qui afflige de façon chroniquement disproportionnée ces communautés agit comme une véritable barrière en matière d'accès à l'éducation. En effet, les jeunes Québécois de ces communautés font face à des taux de décrochage scolaire beaucoup plus élevés que la moyenne québécoise, en grande partie à cause d'un cursus scolaire et de méthodes pédagogiques peu représentatives de la diversité culturelle du Québec et qui fait défaut à cette nation. Un exemple évident est la sous-représentation de la présence et de la contribution des groupes minoritaires tels les Premières Nations, les Noirs et les Asiatiques au Québec et au Canada.
Je serais curieux d'entendre la position des leaders des mouvements étudiants (comme M. Gabriel Nadeau-Dubois) par rapport à ce cursus scolaire détaché de la réalité multiculturelle de notre pays et de son impact néfaste sur l'accès à une éducation post-secondaire des jeunes Québécois de minorités visibles. Ou devrais-je me contenter de comprendre par leur silence sur ces enjeux, que certaines luttes contre l'injustice sont plus nobles que d'autres?
Je dois avouer que jusqu'à la manifestation de jeudi dernier, je questionnais ma position, la jugeant parfois trop critique, voire même totalement déraisonnable par rapport à ce mouvement étudiant. J'ai donc décidé de garder le silence et d'observer de loin le cours des choses. Et puis, vendredi matin, après la grande manifestation, une photo prise à l'événement m'a convaincu que mes sentiments par rapport à l'incohérence flagrante du message unificateur de ces élèves étaient exacts.

Dans la photo, il y a au moins quatre étudiants costumés et maquillés en « blackface ». Pire encore, ces étudiants ne se sont pas discrètement cachés dans la foule, mais ils se sont mis au centre de la manifestation, à la vue de tous. On les voit ainsi pousser à l'aide d'une charrue une tête massive de Jean Charest en papier mâché, sous laquelle une enseigne indiquait « Sir John James Charest».
Quel était le message? Les Québécois sont les nègres du Canada? Ben ouais, et quoi encore?
Cet étalage de blackface et la manipulation de l'histoire des Noirs est totalement en contradiction avec les appels retentissants du Mouvement pour la solidarité. Cela m'amène à me demander si ce mouvement s'adresse vraiment à tous les étudiants, ou à un groupe spécifique d'étudiants, mécontent de perdre certains privilèges, qui ont malheureusement rarement effleuré les Noirs et la plupart des autres minorités du Québec et du Canada?
Il y a un impératif historique qui rend le mouvement des frais de scolarité important (à savoir l'histoire longue et malheureuse des Québécois et des Canadiens français qui se sont vu refuser l'accès à l'enseignement supérieur pendant un certain temps). C'est pourquoi je peine à comprendre comment un groupe d'étudiants peut publiquement agir ainsi sans que personne ne dénonce ces actions pour ce qu'elles sont vraiment : une banalisation et un outrage à l'histoire et à l'expérience d'un peuple entier, et ce, sous l'effigie d'un mouvement de « solidarité ».
D'un autre côté, peut-être ces gestes déplorables nous montrent à quel point il est important de maintenir l'accès à l'éducation au Québec - l'utilisation du blackface dénoncerait-il un manque criant d'éducation qui obscurcirait toujours l'esprit et le cœur des futurs leaders du Québec ?
En fin de compte, je ne saurais quoi répondre à ces questions. Par contre, une chose dont je suis certain est qu'il est très difficile de croire au message unificateur de ces étudiants. Pourquoi? Parce que même s'ils (nous?) gagnent cette lutte contre la hausse des frais de scolarité, les Noirs et les minorités visibles seront-ils encore laissés pour compte afin de mener la lutte incessante pour une société plus juste? Si les tendances se maintiennent, je peux difficilement concevoir une autre conclusion.
Sur ce, ne m'offrez pas vos carrés rouges de la solidarité...
...sauf si vous êtes prêts à mener un combat pour une victoire qui tarde
depuis déjà plusieurs décennies.
Film de Pierre Falardeau en 1980, inspiré du poème de Michèle Lalonde
http://www.onf.ca/film/Speak_White/
Effectivement, je vois un lien entre le mouvement souverainiste au Québec et l’émancipation des noirs, aux États-Unis et en Afrique du Sud. Personnellement, Nelson Mandela et Martin Luther King m’ont beaucoup inspiré durant les années ’60.
Je vous souligne le livre « Nègres blancs d’Amérique » de Pierre Vallière.
http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/1986.html
En l'abscence de connaissance des motivations réels de ce groupe il en reste que de les associer à des blackfaces ne reste qu'une interprétation d'un symbole polysémique.
Voilà ce que rappelle les visages peints en noirs : l’époque où l’on pendait les Noirs pour s’amuser les vendredis soirs. Maintenant, dites-moi si les québécois qui ont peint leurs visages en noir avaient le droit d’aller chercher ces souvenirs racistes et les banaliser pour l’effet de sensationnalisme? C’est raté, ça n’a même pas eu d’impact, parce que les gens sont insensibles à la cause des Noirs ici. C’est dommage hein?
Merci pour cet article. Ça permet de constater comme les gens sont ignorants, et ouvertement racistes lorsqu’il s’agit des Noirs ici. La preuve, dites-moi s’ils avaient utilisé une symbolique rappelant un autre cas historique de discrimination ayant donné lieu à des meurtres atroces, si on se serait moqué comme ça, sans que ça fasse broncher personne?
Y’a encore trop à faire, l’auteur a eu raison de ne pas manifester dans la rue et il fait bien de relever, de manifester son indignation et de protester à sa façon contre ce mépris hideux, tout en se gardant de faire les multiples frais supplémentaires qui auraient résulté s’il avait sacrifié sa session en prenant part cette manifestation. L’auteur a choisi de militer à sa façon et c’est intelligent. Il ne peut pas être plus clair qu’il n’avait pas le luxe de faire autrement…
Cela ne diviserait pas le mouvement de porter les enjeux de tout le monde et de mettre en avant-plan ceux des femmes, des autochtones, des étudiants immigrants, des parents étudiants, des étudiants noirs, des handicapés et autres minorités visibles. Au contraire, cela renforcerait la cohésion du groupe, augmenterait la solidarité (nuirait au système patriarcale qui se reproduit même au sein du mouvement étudiant) et permettrait de réellement posé le débat, un débat de fond en matière d’éducation au sein de la population québécoise (et de son gouvernement, nous l’espérons!).
Notre lutte doit être SOLIDAIRE, mais nos revendications sont nécessairement PLURIELLES.
Moi aussi, je me questionne à propos des revendications portées par cette lutte, car même une éducation gratuite ne garantit pas une éducation accessible pour tous : d'autres facteurs entrent en ligne de compte (niveaux de scolarité des parents, milieu socio-culturel, origine sociale, revenus des parents, histoire personnelle, etc.). Actuellement, la lutte semble niée, ou du moins mettre de côté, ces facteurs qu'il serait pourtant le BON moment de mettre à l'avant-plan, justement pour cesser de ne parler que de calcul économique, de plan de financement et de prêts étudiants.
Cela ne diviserait pas le mouvement de porter les enjeux de tout le monde.
Les québécois sont bien plus indifférents que racistes et l'indifférence cela se combat, encore faut-il accepter de s'impliquer pour arriver à réveiller ceux qui dorment et je vous dirais que le sort des minorités visibles démunies et défavorisées par le système d'éducation, est partagé par les québécois francophones démunis. Le combat pour la promotion sociale et pour un meilleur accès à l'éducation c'est le combat de tous les démunis et pour le faire, ils ont impérativement besoin que leurs leaders s'y impliquent. Donc le retrait n'est pas un bon choix, en fait, c'est et de loin le pire choix.
Quote 2: ''Alors, comment pouvez-vous me demander de marcher et manifester avec des confrères et consœurs qui ne sont jamais allés au front avec moi ou les gens de ma communauté pour remédier aux mêmes inégalités que nous subissons depuis plus d'un demi-siècle? En ce sens, les présentes manifestations et revendications du mouvement étudiant sont pour moi un peu hypocrites.''
Il s'agit là d'une manifestation contre la hausse des frais de scolarité. On ne manifeste pas pour les droits des blancs, on manifeste pour l'accessibilité à l'éducation pour tous... Qu'on soit noir ou blanc, nous payons les mêmes frais de scolarité non? Vos propos n'ont pas de sens.
L'éducation des enfants des Premières Nations est systématiquement sous financé depuis des générations par rapport au système public.
Ils cherchent du support, se battent et manifestent sans cessent aussi depuis des générations pour remédier la situation.
Alors il peut être dure pour ces même individus de manifester au côté de, et de supporter ouvertement, les étudiants, et ce, même s'il sont d'accord avec ce que les étudiants revendiquent.
Que les "Black faces" aient été mis devant la manifestation est très peu probable. Les manifestations étudiantes ne sont pas organisés et encadrés au même titre que d'autres manifestations (syndicales pour ne pas les nommer). Que les "Black face" se sont mis devant la manifestation est plus exaxt.
Que vous soyez curieux d'entendre Gabriel Nadeau-Dubois est fort étonnant. Il est le porte-parole d'une organisation qui a un très grand respect de sa démocratie interne. Gabriel ne fait que défendre les positions d'une organisation, et rien de plus. Toutes ses positions sont disponible en ligne (http://www.asse-solidarite.qc.ca). Vous y remarquerez que cette organisation depuis ses débuts s'est toujours inscrites dans une perpective de «Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice en tout lieu». Ainsi vous verrez un comité femme, un comité aux luttes sociales, des positions contre l'homophobies, des positions en solidarité avec les premières nations, contre la guerre en Irak, pour le soutien du peuple palestinien etc etc etc... À vrai dire le reproche habituel est souvent inverse, du genre : "restez-en aux revendications étudiantes, si vous voulez avoir l'air crédible".
Comme quoi quand on écrit sur son humeur plutôt que de faire de la recherche, le résultat est le même au Huffington Post qu'au Journal de Montréal, on se construit son propre monde qu'on fait ensuite passé pour la réalité.
Francis H
Ainsi, le Comité Femmes qui avait pourtant milité en faveur de la cause, n'a pas pu faire porter ses enjeux jusqu'au pallier supérieur (ce qui est typique de la condition des femmes, dois-je le répéter, d'avoir un accès plus difficile aux échelons supérieures, dans tous les domaines). Également, ce comité s'est battu sans succès pour obtenir un financement indépendant de l'ASSÉ et ainsi assurer son indépendance face à l'exec mixte et les demandes de justifications que les rencontres mixtes suscitent toujours (et qui risquent d'apparaître dans ta propre réponse si tu en fais une, puisque c'est une conséquence constance que j'ai remarquée quand on parle de féminisme : un désir de nier l'oppression).
Enfin, voilà pour les mises au point. Et si on faisait équipe, maintenant ?
je ne sais pas depuis combien de temps vous avez choisi d'habiter chez nous, mais il faudra vous faire expliquer le concept de «nègre blanc d'Amérique» avant de vous pomper.
Ensuite, je vous suggérerais de vous impliquer dans un mouvement de promotion de la langue française au Québec, puis, finalement dans un mouvement de promotion pour la souveraineté du Québec.
Si vous n'avez pas réussi à devenir libre dans votre pays, peut-être nous aiderez-vous à devenir libre dans notre propre pays.
Bon stage !
On ne manifeste pas pour défendre les droits des blancs. On manifeste pour l'accessibilité à l'éducation pour tous.
Les noirs et les blancs payent les mêmes frais de scolarité alors quand il dit qu'en tant que noir il est extrêmement difficile pour lui de prendre part aux manifestations étudiantes... je trouve ça totalement absurde.