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Un minibus rose et des conversations de cuisine : l'appât féminin du Labour Party

22/03/2015 08:23 EDT | Actualisé 22/05/2015 05:12 EDT

La prochaine élection générale du Royaume-Uni est prévue pour le 7 mai prochain et le Parti travailliste d'Ed Miliband nous démontre le fossé immense qui règne entre la pratique et la réalité lorsqu'il s'agit d'obtenir le vote des femmes.

Ed Miliband et son équipe ont eu l'idée de faire une tournée du Royaume-Uni dans leur Pink van (Minibus rose) afin d'avoir des conversations autour de la table de cuisine et d'éventuellement récolter le vote des femmes. Vous avez bien lu : The Pink van et des conversations de cuisine. Un mélange bien senti de condescendance et d'ignorance face aux femmes contemporaines.

À défaut de dévoiler une plateforme où les enjeux d'égalité seraient représentés, le parti a plutôt opté pour cette tactique qui, ironiquement, nous démontre au contraire que le Parti travailliste est complètement déconnecté des intérêts des femmes, car il contribue à renforcir le stéréotype de la femme au foyer.

À l'ère de la politique spectacle, peut-on s'attendre à mieux qu'à un minibus rose et des rencontres de cuisine pour parler des enjeux des femmes ?

Si un parti politique se consulte et que, pour «rejoindre» les femmes, il sort de son caucus avec l'idée d'un minibus rose, comment croyez-vous que ce parti prendra les réalités des femmes en considération dans ses politiques diverses ? Combien croyez-vous qu'il a consulté de femmes pour rendre un tel concept paternaliste ?

Plusieurs groupes de femmes luttent pour la reconnaissance des droits dits « féminins », mais aussi et surtout, pour la reconnaissance transversale des droits des femmes dans toutes les sphères de la société.

Je ne crois pas que l'on puisse aujourd'hui parler de création d'emplois, d'accessibilité universitaire ou d'austérité sans prendre en compte les réalités multiples des femmes, car le temps où le politique s'occupait seulement de la moitié masculine de la population est révolu, ou du moins on aimerait bien nous le faire croire.

Sur la scène provinciale, la Coalition Avenir Québec est aussi un parti qui a de la difficulté à rejoindre les femmes et incidemment à recevoir leur appui. C'est possiblement d'ailleurs parce qu'il n'a pas réussi à recevoir un appui fort des femmes que ce parti n'occupe pas le siège de l'opposition officielle. Au lieu de considérer le véritable problème, c'est-à-dire la sous-représentation des femmes dans leur parti et le fait qu'ils n'ont pas proposé de mesures concrètes pour favoriser l'égalité de fait, la CAQ a opté pour la même tactique que le Parti travailliste au Royaume-Uni. Il a plutôt cherché à rendre son image plus « attrayante », selon ses standards, pour la gent féminine. Le parti a donc « exhibé » ses candidates dans ses sorties médiatiques, mais n'a jamais traité de façon transversale les intérêts des femmes dans ses propositions.

Toujours sur la scène provinciale, Québec Solidaire semble, à mon humble avis, être le seul parti à considérer pleinement les intérêts des femmes au sein de sa plateforme. Il reconnaît d'une part les enjeux qui touchent spécifiquement les femmes, tels que l'accessibilité à l'emploi, la protection sociale aux femmes à risque (autochtones, handicapées, etc.), la santé maternelle, etc. D'autre part, il traite n'importe quelle politique de la même façon, c'est-à-dire en faisant une analyse différenciée selon les sexes et donc en mesurant quels seront les impacts autant sur les femmes que sur les hommes.

La sous-représentativité des intérêts des femmes dans les plans politiques est un problème; une plus grande présence des femmes en politique serait une solution, quoique fortement partielle. Mais comment accéder aux pouvoirs politiques si aucune mesure n'est mise en place pour en favoriser l'accès? Si les besoins des femmes sont oblitérés par des « minibus roses » et des « conversations de cuisine » complètement déconnectés de leur réalité.

Il est clair qu'une accession plus grande des femmes dans la sphère politique est importante, pertinente et nécessaire pour que leurs intérêts soient portés par les instances décisionnelles. Par contre, techniquement, les partis politiques doivent représenter tous et toutes, mais les exemples d'enjeux contemporains où les réalités des femmes ont été mises de côté sont trop nombreux. Des enjeux tels que l'augmentation des frais de scolarité ou l'austérité néo-libérale sont deux exemples où l'on n'a pas considéré que ces mesures affecteraient, et de loin, plus les femmes que les hommes.

Finalement, il ne faut pas se leurrer, car la sous-représentation des femmes est symptomatique d'une société patriarcale qui a besoin d'un bien plus grand coup de barre que de la seule représentativité de tous les sexes en politique. Qu'il ne vous en déplaise, les luttes féministes sont loin d'être toutes gagnées et si véritablement l'égalité entre les hommes et les femmes est chère au peuple Québécois, il luttera aux côtés d'elles.

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