Annie Lessard

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Faire la paix avec ses émotions

Publication: 09/04/2013 12:38


- « Pleurer, c'est être faible.»
- « Je ne veux surtout pas qu'on me voit fragile. »
- « Si je montre mes émotions, j'aurai l'air de ne pas être en contrôle.»

Vous avez sûrement entendu ces phrases ou peut-être les avez-vous prononcées vous-mêmes? Les émotions ont encore la réputation difficile dans certains milieux. On a beau avoir intégré le concept d'intelligence émotionnelle » depuis le début des années 90, l'intelligence intellectuelle a encore bien belle réputation. On lui prête des vertus de puissance, on l'admire. On croit même à tort que les émotions sont les ennemies du travail productif.

Comment décrire une émotion?

Les émotions sont comme des pics. Elles montent et elles descendent en intensité. On peut en vivre une dizaine et plus dans une même journée. Elles sont simples (joie, peur) ou complexes (honte, jalousie). Leur fonction est vitale : nous informer sur nos besoins.
Exemple : Je ressens de la jalousie envers la nouvelle collègue de mon conjoint, qui la trouve très drôle. Quel est mon besoin? Peut-être celui d'être rassurée de l'amour qu'il me porte encore. Les émotions sont essentielles. Apprendre à les reconnaître permet de mieux vivre en apportant des changements dans nos vies, en renégociant certaines ententes avec notre patron, notre conjoint, nos enfants, nos amis.
Les émotions permettent aussi de faire un travail intérieur sur ce qui me manque : de l'attention, de la sécurité, de l'argent, de la communication. Les émotions sont nos alliées.

Comment faire la distinction entre émotion et sentiment?

On pourrait dire que l'émotion a une vie facilement repérable. Elle a un début et une fin et se modifie en intensité. Pensez à la colère par exemple. Le sentiment est plutôt un état qui dure dans le temps. Par exemple, la satisfaction que je ressens face à mes choix familiaux, face à mon cheminement de vie. Parfois, la ligne entre émotion et sentiment peut-être difficile à tracer. Mais disons qu'un sentiment est généralement plus durable.

Pourquoi avons-nous peur de nos émotions?

Il y a plusieurs réponses à cela : Parce qu'elles nous enlèvent l'illusion de pouvoir tout contrôler. Parce qu'elles nous font mal, qu'elles nous révèlent des choses que nous préférons ignorer sur nous-mêmes, elles nous confrontent à notre état d'être humain donc, d'être vulnérable. Parce que nous avons peur de leur intensité. Pourtant les émotions sont nos alliées. Elles sont là pour nous indiquer qu'il y a une situation dont nous gagnerions à nous occuper. Il n'est d'ailleurs pas nécessaire d'atteindre la forte intensité de cette émotion. Je peux me sentir en colère parce que mon patron me demande de faire des heures supplémentaires à la dernière minute en semaine alors qu'il sait que j'ai des enfants d'âge scolaire et que je suis un parent monoparental. Je ne me sens pas considéré et respecté. Je peux donc lui signifier mon ouverture ou non à faire du temps supplémentaire et demander d'être averti dans un délai raisonnable pour que je puisse m'organiser. Voilà à quoi a servi ma colère. A m'occuper de mon besoin d'être respecté, de ne pas vivre de stress. D'être compris.

Mes émotions sont-elles toujours justes?

Dans la mesure où nous ressentons ce que nous croyons, nos émotions sont vraies...pour nous. Et c'est tout ce qui compte. C'est à partir de ce matériau que nous pouvons travailler nos croyances, nos idées reçues, notre discours intérieur. Par exemple, si je vis un profond découragement et une détresse parce que j'ai perdu mon emploi, c'est parce que dans mes croyances profondes, perdre mon emploi équivaut à ce qui peut à peu près m'arriver de pire. Cette croyance vient peut-être de mon histoire personnelle, des parents pauvres qui m'ont transmis leur insécurité, du fait d'avoir manqué de l'essentiel étant plus jeune. Hors, bien que ce soit un événement perturbant, déstabilisant, insécurisant, perdre mon emploi n'est pas la fin du monde. En travaillant cette croyance, je pourrai ainsi m'ouvrir à de nouvelles façons réalistes d'affronter mon problème. Le fait de m'être permis un accès à mes émotions, m'aidera à avancer, à sortir de l'impasse créée par mes croyances et à changer celles-ci en idées plus réalistes.

Les grands débordements d'émotions...ce n'est pas pour moi.

En me donnant accès à mes émotions, je peux apprendre à les « gérer ». A m'en faire de précieuses alliées. Je peux ainsi me donner accès à ce que je vis de désagréable pour me donner les moyens de changer les situations qui me rendent malheureux. Je peux vivre mes émotions difficiles dans ma chambre, la porte close. Je peux « reporter » une colère à un moment plus opportun. Mais étouffer mes émotions revient à me nier moi-même. Et les émotions niées se transforment en plusieurs désagréments physiques : maux de tête, de dos, tensions musculaires, dérèglement thyroïdien, crises d'angoisse. Les émotions niées peuvent aussi mener à la dépression et au burnout. D'ailleurs, comme notre société accorde beaucoup d'importance à la valeur du travail (et avec une certaine raison) parce qu'il nous permet de payer la maison, l'épicerie, le sport des enfants, les vacances, nous sommes prêts à nier plusieurs situations intenables pour ne pas perdre les revenus qu'il nous fournit. Le burnout vient souvent de toutes les émotions que nous nions concernant ce que nous vivons au travail. Un soutien thérapeutique ou une lecture appropriée nous permettra de nous repositionner à un endroit où nous pourrons à nouveau, avoir du pouvoir personnel sur notre vie.

A lire : La puissance des émotions, de Michelle Larrivey, Editions de l'Homme, 2002
 
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