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L'aide juridique universelle peut prévenir la mort de femmes victimes de violences

29/12/2015 04:04 EST | Actualisé 28/12/2016 05:12 EST

L'aide juridique universelle (gratuite et inconditionnelle) partout au Canada peut prévenir la mort d'au moins 60 femmes et filles victimes de violences par an.

En moyenne, tous les six jours au Canada, une femme est tuée par son partenaire intime (Statistiques de Canadian Women Foundation). La plupart de ces morts peuvent être prévenues.

Zahra Mahamoud Abdille était mariée, mère de deux enfants, Faris et Zain Abdille et une infirmière en santé publique dévouée travaillant pour la ville de Toronto et vivant à North York, toujours à Toronto. Ceux qui ont connu Zahra la décrivent comme une femme forte, travailleuse, brillante et pleine de compassion; un individu spécial. En fait, Zahra a eu ses deux enfants pendant qu'elle complétait sa licence d'infirmière au Collège Humber et ensuite à l'Université du Nouveau-Brunswick.

En 2012, Zahra a complété sa maîtrise et son certificat d'infirmière praticienne à l'Université de Ryerson. Faris et Zain Abdille étaient, eux aussi, connus comme étant des enfants brillants, bien élevés et gentils. Tous avaient un bel avenir devant eux.

Pendant que Zahra excellait dans la sphère publique, sa vie privée était marquée par l'abus. En juillet 2013, Zahra Mahamoud Abdille et ses deux fils s'étaient réfugiés dans une maison d'abri pour femmes battues à Toronto. Zahra avait fait ce qu'il fallait faire dans son cas. Elle voulait quitter la vie qu'elle menait pour de bon et recommencer une nouvelle vie sans violence. Pour ce faire, elle se préparait à divorcer.

Cependant, divorcer demande des procédures coûteuses qui dépassaient ses moyens. Elle a, encore une fois fait ce qu'il fallait faire en allant demander l'aide juridique. Tristement, l'aide juridique lui a été refusée, car elle travaillait et avait un salaire «décent». Alors, cette mère de deux enfants s'est retrouvée devant ce dilemme: choisir entre quitter son travail et perdre son autonomie financière contre l'aide juridique et la liberté. Déçue de n'avoir d'autre alternative, Zahra est retournée chez elle vivre avec son mari.

Le 29 novembre 2014, Zahra (43) et ses deux fils, Faris (13) et Zain (8) ont été tués par son mari qui, ensuite, se suicida.

Il y a un lien irréfutable entre le refus de garantir à Zahra Mahamoud Abdille l'aide juridique dont elle avait besoin, sa décision de retourner vivre chez elle dans un environnement violent et le meurtre qui lui a coûté la vie et celles de ses deux enfants.

En tant que société, et avec nos systèmes en place actuellement, nous avons failli à notre devoir de protection envers Zahra, Faris et Zain. En tant que société, nous avons failli à notre devoir envers plusieurs femmes avant et après la mort Zahra par des politiques inamovibles les forçant à retourner chez des partenaires abusifs. Zahra, Faris et Zain sont morts, car cette dernière travaillait ; ils sont morts, car son salaire dépassait de peu le soi-disant «seuil de pauvreté».

Les femmes ne devraient pas être punies et envoyées vers la mort parce qu'elles cherchent une vie décente, un futur meilleur et une autonomie économique. Le développement économique et professionnel de femmes ne devrait pas leur confisquer le droit d'accéder à la justice. Et nous ne devons pas, non plus, être une société, une nation, qui choisit d'économiser de l'argent au lieu de sauver la vie de femmes et de leurs enfants. Pour ces raisons, nous demandons au gouvernement fédéral du Canada d'instaurer l'aide juridique universelle (gratuite et inconditionnelle), promptement, partout au Canada pour les femmes et filles victimes de violences multiformes.

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