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Contre tout

19/10/2012 11:43 EDT | Actualisé 19/12/2012 05:12 EST
CP

C'est tout à fait particulier de voir aller les membres et partisans du Parti libéral et de la Coalition Avenir Québec depuis l'élection du Parti Québécois le 4 septembre dernier. Ceux mêmes qui dénonçaient haut et fort le supposé immobilisme du PQ, qui à leurs dires voulait gouverner à coups de moratoires, font en fait tout en leur possible pour que le gouvernement fasse du sur-place et que le Québec cesse d'avancer, et même recule à de nombreux égards. Notamment par peur de l'inconnu et de l'innovation, eux qui ne prêchent pourtant que par le risque inhérent à l'entrepreneuriat. Première contradiction.

Le plus beau risque que pourrait et devrait prendre le Québec actuellement, c'est bien celui de l'économie durable. Investir dans le développement d'énergies propres, c'est l'avenir, on ne peut se tromper là-dessus. D'autant que c'est déjà notre marque de commerce et celle qui a mis le Québec sur la map, avec Hydro-Québec. Oh que l'on critique Hydro-Québec! La vache sacrée! Mais c'est pourtant le plus grand symbole d'innovation du Québec, celui qui nous a permis de passer au stade de société moderne.

Ceux mêmes qui accusent le Parti Québécois de vouloir renfermer le Québec sur lui-même, de vouloir le fermer au monde, c'est eux qui ces derniers jours ont dénoncé à hauts cris les efforts diplomatiques de la première ministre Pauline Marois et du ministre Jean-François Lisée au Congo et en France. Deuxième contradiction.

Comme le soulignait Christian Rioux ce matin : «Il faut avoir la mémoire bien courte, perdu tout sens de l'État et renié l'héritage nationaliste, de Georges-Émile Lapalme à Robert Bourassa en passant par Paul Gérin-Lajoie, pour ne pas se réjouir que la France réaffirme le caractère privilégié de ses relations avec le Québec. Les dénigrer et les ridiculiser, c'est sombrer dans une forme de cynisme populiste détestable et, surtout, faire peu de cas des intérêts supérieurs du Québec, qui ne peuvent se passer d'une relation privilégiée avec la France, aujourd'hui comme hier.»

Ceux mêmes qui s'offusquaient au plus haut point du retrait de l'enseignement de l'anglais en première année, une approche dont l'efficacité sur le bilinguisme des élèves est pourtant grandement mise en doute, c'est eux qui maintenant crient au scandale de voir imposer la loi 101 dans les garderies.

Ainsi, il faudrait à tout prix enseigner l'anglais à nos enfants dès 6 ans -- une question de survie nationale! -- mais apprendre le français, par ailleurs la seule langue officielle du Québec, aux nouveaux arrivants dès leur plus jeune âge de façon à mieux les intégrer, avec leur famille, à la vie citoyenne et à faciliter leur transition linguistique vers l'école primaire, ah ça non! Quel scandale! Du fascisme linguistique! S'il ne s'agit pas là d'une troisième contradiction, il s'agit donc d'un mépris complet pour le bon sens. Ou d'une désaffection profonde pour la survivance du français en Amérique. Ou d'un manque total de fierté pour ce peuple qui se bat depuis 400 ans pour continuer d'exister. Ou encore d'une méconnaissance crasse de notre histoire nationale. Celle-là même qui a été évacuée du programme scolaire sous le gouvernement Charest. Tiens tiens.

Jouer sur la peur. Jouer sur les mots. Jouer sur la vérité. Jouer sur l'ignorance. Toujours jouer. Faut-il le leur rappeler : on n'est plus en campagne électorale. Il est maintenant l'heure de gouverner, de faire passer nos intérêts supérieurs avant les intérêts partisans et de faire avancer le Québec. D'arrêter de s'excuser d'exister. Et d'arrêter d'avoir peur.

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