Anne Sinclair

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Le prochain président des États-Unis

Publication: 05/11/2012 10:00

Il sera probablement le même que le précédent, illustrant cette drôle d'Amérique. Violente et consensuelle à la fois. Capable de brutalité et d'outrance, mais aussi d'Union nationale, n'aimant rien tant que montrer à la face du monde que l'Amérique est soudée face à l'adversité.

Tout est excessif aux Etats-Unis, à commencer par le déchaînement des éléments: l'ouragan Sandy qui a frappé le Nord-Est des USA est sans précédent. Chacun a vu les images de New York, ville fantôme, envahie par l'eau comme dans les pires films catastrophes, ou celles des maisons et voitures flottant à la dérive dans le New Jersey. On avait déjà dit de Katrina qui avait dévasté la Nouvelle Orléans en 2005, qu'elle était la pire catastrophe naturelle frappant le continent nord-américain. Sandy a fait pire, remettant pour certains à l'ordre du jour, le "climate change" délaissé dans cette campagne.

Les éléments ne sont pas seuls à porter des coups à l'Amérique. Les faits divers eux aussi sont hors normes, causés par des déséquilibrés utilisant les armes à feu tellement protégées par le Deuxième Amendement. Sans revenir sur les assassinats de présidents, de Lincoln à Kennedy, plus fréquents aux USA que partout ailleurs dans le monde, souvenons-nous du massacre de Columbine dans une école secondaire des Etats-Unis en 1999, au Colorado. Souvenons-nous du tireur qui voulut tuer Gabrielle Giffords, membre de la Chambre des Représentants au nom de l'Arizona, en 2011 à Tucson. Souvenons-nous plus récemment du tueur fou qui tira aveuglément dans un cinéma de Denver lors de la première du film Batman, en juillet dernier. On pourrait accumuler les exemples.

Les éléments, les faits-divers, mais les discours aussi, alimentent la chronique de la violence ordinaire. Sans remonter bien loin dans le temps, on se rappelle les excités du Tea Party diabolisant Obama; les interventions d'animateurs tels Rush Limbaugh, Bill O'Reilly ou Glenn Beck qui, sur Fox News, au nom du puritanisme et de la défense de l'ordre moral prétendument menacé par le premier président noir de l'histoire américaine, ont appelé à manifester, voire à conspuer le président.

On a assisté durant cette dernière campagne électorale à un déluge de publicités négatives, venues d'ailleurs des deux camps, et alimentées par l'argent qui coule sans mesure pour les candidats, et où l'objectif est non seulement de critiquer l'adversaire, mais de le discréditer, de le salir en racontant n'importe quoi, y compris les plus gros mensonges.

Outrance donc dans ce pays du bruit et de la fureur. Tous les jours, les pires slogans ou imprécations ont droit de cité dans les rues des États-Unis. Tout y est opinion, rien n'est tabou, ni le racisme, ni l'appel à la haine. Et notre Europe qui sanctionne le révisionnisme ou la xénophobie apparaît comme liberticide aux yeux des Américains, soucieux de protéger la liberté d'expression même dans ce qu'elle a de plus choquant. Là aussi, souvenez vous de ce pasteur qui menaçait de brûler le Coran: aucun article de loi ne pouvait l'en empêcher sinon en invoquant le droit de propriété qui risquait d'être mis à mal si, dans son autodafé proclamé, le pasteur mettait par mégarde le feu à la maison d'à côté!

Mais cet étrange pays, quand il est en danger, quand l'unité nationale peut être affectée, quand les tours de Manhattan s'effondrent sous l'attaque terroriste ou quand les flots inondent la ville de New York, les rangs se resserrent, l'Amérique fait bloc, les divisions s'apaisent. Le maire de New York, Michael Bloomberg, démocrate dans sa jeunesse, puis républicain, puis proclamé indépendant depuis 2007, n'ayant pris parti il y a quatre ans ni pour Obama, ni pour McCain, vient de se déclarer en faveur du président sortant. Sans doute pour saluer sa gestion de la crise causée par Sandy, mais aussi parce qu'il croit, comme Barack Obama lui-même, à la nécessité de prendre la mesure du réchauffement climatique, que Romney et les républicains moquaient comme d'une utopie présidentielle.

Mais le plus frappant cette semaine a été l'attitude de Chris Christie. Gouverneur du New Jersey, invité principal -"keynote speaker"- de la Convention républicaine qui intronisa Mitt Romney, pressenti même un moment pour être, aux côtés du candidat, son vice-président éventuel, il n'avait pas eu de mots assez durs pour critiquer l'actuel occupant de la Maison Blanche. "Il est temps, avait-il dit alors, de mettre fin à cette ère de leadership absent dans le Bureau ovale et d'envoyer de vrais leaders à la Maison Blanche".
Or dès les premières heures qui suivirent le passage ravageur de l'ouragan sur son État, il ne tarissait pas d'éloges sur Barack Obama et sa façon "remarquable" de conduire, en "Commander in chief" les opérations post-tempête. Il salua même les efforts de l'Agence Fédérale des Secours d'Urgence (Fema) dont Romney voulait il y a quelques semaines qu'elle soit privatisée. Bien sûr, beaucoup ont vu dans cette attitude surprenante du principal soutien de Romney, un calcul personnel. Il rêverait paraît-il à l'élection de 2016, et sa candidature, après deux présidences d'Obama, aurait plus de chances de réussir qu'après un mandat de Mitt Romney. Peut-être. Il n'empêche qu'il fut en phase avec une Amérique prête à serrer les rangs autour du président en fonction.

Et ce qui me fascine dans l'Amérique qui vote ce mardi, c'est à la fois ce déchaînement qui effraie souvent, mais aussi cette solidarité, quelquefois naïve, bon enfant, mais généreuse et loin des mesquineries politiques traditionnelles.

Il ne restera plus, à Barack Obama s'il est réélu, d'entreprendre, ce qui n'a pas réussi lors de sa première mandature, un "bipartisan ship government" avec les républicains qui resteront dominants à la Chambre des Représentants. Le moment où jamais de mettre à l'épreuve son slogan "Forward", c'est-à-dire "faire avancer l'Amérique".

Aux États-Unis, les grands médias prennent parti lors des élections et choisissent leur candidat. Le Huff Post américain l'a fait en faveur de Barack Obama, et l'édition française, aux côtés des 88% des Français qui espèrent sa réélection, lui souhaite aussi "Good luck, Mr President!"

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