Anne Minh Thu Quach

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Changements climatiques: le double discours de Peter Kent

Publication: 05/12/2012 13:30

Avant de prendre l'avion vers Doha, où se tient une conférence sur une nouvelle entente de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), le ministre Peter Kent a laissé échapper une perle au journal La Presse. Décrivant l'impact des changements climatiques, il a dit: "C'est un problème mondial qui requiert une solution mondiale.''

Vous avez bien lu. Le fossoyeur du protocole de Kyoto prétend aujourd'hui être inquiet de l'impact des changements climatiques. Cet homme, qui n'a même pas attendu une journée avant de déchirer le protocole à son retour de Copenhague en 2009, dit maintenant être à la recherche d'un nouvel accord mondial.

Peter Kent qui s'inquiète des changements climatiques, c'est un étudiant qui fait l'école buissonnière toute l'année pour ensuite se plaindre que les examens sont trop difficiles.

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Il y a des jours comme ça où je me demande si le ministre Kent fait exprès pour entretenir un flou artistique autour de sa position sur les changements climatiques. Son double discours à ce sujet relève de plus en plus de la haute voltige.

Au Québec, M. Kent se drape dans la vertu la plus pure en jurant, main sur le coeur, qu'il combattra les changements climatiques. En entrevue à La Presse, il a semble-t-il énuméré pendant de longues minutes les conséquences directes du phénomène au Canada.

Or, dans le reste du pays, M. Kent et ses collègues conservateurs se moquent ouvertement des environnementalistes en les réduisant à de dangereux "radicaux" mus par une soif de détruire l'économie canadienne. Il fallait les voir s'attaquer vicieusement à ma collègue Megan Leslie lorsque celle-ci a osé se rendre aux États-Unis pour discuter des impacts du projet d'oléoduc Northern Gateway...

Mais passons outre ces attaques partisanes et attardons-nous au "plan" que propose le ministre pour lutter contre les changements climatiques.

M. Kent veut adopter des plans sectoriels visant à réglementer sur mesure les différentes industries polluantes du Canada. Or, en six ans au pouvoir, seulement deux secteurs ont ainsi été encadrés, soit ceux du transport et de la production d'électricité.

Qu'en est-il de l'industrie pétrolière, qui est en pleine expansion et qui contribue largement aux émissions de GES canadiennes? Rien du tout. Plutôt que de les réglementer, le ministre a préféré maintenir les subventions aux combustibles fossiles. Le montant total de cette aide est évalué à 1,3 milliard de dollars, ce qui représente presque huit fois plus d'argent que le montant donné aux pays en développement par le Canada pour les aider à lutter contre les changements climatiques.

M. Kent voudrait faire plaisir à ses amis des pétrolières qu'il ne s'y prendrait pas autrement...

D'ailleurs, l'approche par secteur de M. Kent est difficilement compréhensible, puisqu'aucun mécanisme de reddition de comptes n'a été dévoilé et que nous n'avons pas accès aux chiffres et aux détails de ce plan.

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Les changements climatiques et la pollution grandissante font déjà sentir leurs effets sur la population canadienne. Récemment, un cardiologue, François Reeves, a témoigné devant le Comité de l'environnement, dont je fais partie, pour expliquer que la pollution de l'air augmentait le nombre de cas de cancer du sein et d'ACV au pays. M. Kent lui-même admet le problème.

Une seule solution logique s'impose donc: il est temps pour le ministre de mettre de côté la rhétorique partisane et le double discours qui ont marqué son mandat jusqu'à présent et de travailler à l'élaboration d'une véritable politique internationale de réduction des GES.

M. Kent est à Doha
cette semaine pour discuter des bases d'un nouvel accord destiné à succéder à Kyoto. Espérons qu'il mettra de côté sa vilaine habitude de vouloir tout saboter - comme cela s'est produit à Copenhague - et qu'il travaillera enfin à la recherche d'une solution.

Le ministre a l'occasion de racheter l'erreur historique qu'il a commise en s'essuyant les pieds sur Kyoto. Pour ce mauvais élève, il s'agit du dernier examen de rattrapage, du test de la dernière chance. À lui de ne pas le rater.

 

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