LES BLOGUES

Un prince à New York

12/12/2014 09:01 EST | Actualisé 11/02/2015 05:12 EST

J'en ai eu des histoires qui foirent et j'ai braillé, mais je me console toujours en me disant que c'est dans le fumier que poussent les plus belles fleurs : la preuve, les gars infidèles achètent les plus beaux bouquets.


Alors tiens, vu que ça sent déjà les fêtes à plein nez, je vous cueille une des fleurs issues de mon fumier amoureux parce qu'à défaut de trouver mon prince charmant, j'ai tout de même eu ma part d'histoires dignes des contes de fées... des étoiles ou pas!


***

C'était bien avant 9/11, dans le temps où aller à New York et passer les douanes n'était pas aussi compliqué que faire ses impôts et où 101 ml de liquide n'était pas une menace à la nation. Nouvellement monoparentale, j'ai décidé de m'inscrire à une formation au American Comedy Institute of New York, parce que j'avais besoin de me changer les idées, de rire, de voyager, j'avais besoin de vivre.


Cassée comme un clou, j'ai booké une chambre dans un Bed & Breakfast louche tenu par une Québécoise. C'était très abordable parce que c'était aussi pas mal tout croche et en plein milieu de Harlem, un quartier aussi rassurant qu'un homme qui te demande ce que tu manges pour être belle de même à 4 heures du matin dans une ruelle. Mais j'avais 26 ans, j'étais blonde, j'étais hot, j'étais invincible.




Après mon premier cours de comique, je me suis cherché une place pour m'installer avec un café, un calepin, des idées et un crayon. Je ne savais pas trop où aller, c'est beau New York, mais c'est aussi un peu over the top quand tu cherches juste un petit café ordinaire et que tout ce que tu trouves c'est le Naked Cowboy pis des billets pour Cats. J'ai abordé un policier pour lui demander conseil. Il m'a fait un grand sourire, a regardé sa montre et m'a dit «Tu sais quoi? C'est le temps de ma pause, non seulement je vais te recommander un café, mais je vais aller en prendre un avec toi!» et c'est comme  ça que je me suis ramassée dans un café New Yorkais à jaser avec un beau policier en uniforme. Je trouvais que le voyage commençait bien. Quand il a dû retourner travailler, il m'a donné rendez-vous dans un petit resto dans Time Square pas loin, il voulait m'inviter à souper to get to know me more. Ou la la, la magie de New York opérait et j'adorais ça.


Je me suis pointée au resto-bar à 18h. Il n'était pas là, je me suis donc installée pour commander un verre et je me suis mise à noircir mon cahier d'idées. À 18h30, j'ai commencé à me dire que je m'étais peut-être fait poser un lapin américain. La différence avec un lapin québécois ? Il n'y en a pas sauf que t'es aux États-Unis. J'étais seule et affamée dans un bar que je ne connaissais pas, j'étais venue à NY faire du stand-up, mais là j'étais stood up. Juste comme j'allais lever les pattes, le barman pose un verre devant moi, je lui ai dit que je n'avais rien commandé, il me répond que ça vient de l'homme là-bas, au bout du comptoir. Je me retourne pour voir celui qui veut me faire boire, il m'envoie un petit Hello de la main, je fais un sourire un peu niais, j'articule un genre de Thank you, cheers et je continue de faire semblant d'écrire dans mon calepin. Il n'y avait pas de Iphone dans ce temps là, donc pas grand chose pour nous distraire pendant qu'on attendait après quelqu'un ou même pendant qu'on était avec quelqu'un mais ça c'est un autre dossier.


Quelques minutes plus tard, l'homme au free drink se lève, passe derrière moi, s'arrête et me dit avec un accent tout droit sorti de Brooklyn «Hi, I am Johnny* je quitte pour le travail. Prends ce que tu veux, toute la soirée, je m'occupe de la facture, je travaille sur le show des Misérables, je vais revenir vers 23 heures, si tu veux qu'on fasse connaissance, attends moi, sinon je te souhaite une belle soirée». Il a dit au barman et à la serveuse «Take care of my friend here make sure she's neither hungry or lonely» (prenez soin de mon amie, assurez-vous qu'elle ne meure ni de faim, ni d'ennui) et il est parti. Juste comme ça.


Là j'entends les filles qui demandent : «Pis y'était comment? Beau, grand, jeune et fringuant?» Honnêtement? Non, pas tellement.

Il avait presque 20 ans de plus que moi, il était de la même grandeur que moi (sans talons) et il avait l'accent typique de l'italien élevé à Brooklyn. Mais il avait aussi un charme fou, il était séduisant, très très drôle et c'était un véritable gentleman : le genre qui sait quand ouvrir les portes et se fermer la boîte. Et moi, si t'es drôle et que tu sais comment traiter une femme, tu deviens de plus en plus beau à mes yeux et tu te hisses dans mon estime sans même te hisser sur la pointe des pieds.


Alors, oui je l'ai attendu. J'ai discuté avec le barman pour apprendre qu'il était acteur de jour et il venait juste de tourner dans Sex and the city, j'ai discuté avec la serveuse, une jeune danseuse pleine de rêves et d'ambitions, et j'ai réalisé que la majorité du staff des bars de New York était constitué d'artistes, j'étais dans mon élément, j'étais comblée. Puis Johnny est revenu et on a parlé, parlé, parlé : de lui, de moi, de New York, du Québec, de la vie, une vraie discussion dans la grosse pomme digne d'un film de Woody Allen.

Quand il m'a demandé où je logeais et que j'ai répondu dans un B & B à Harlem, il m'a répondu : No you're not. Cinq minutes plus tard, on était dans un taxi, on allait chercher mes choses et il me prenait une chambre dans un hôtel en face du resto. Et NON, il n'a fait aucune allusion au fait de partager ma chambre ou mon lit, il a payé la chambre pour la semaine rubis sur l'ongle et m'a gentiment offert de me faire faire un tour de ville le lendemain. C'est toute la semaine que je l'ai laissé me guider à travers New York, le New York que seul le vrai New Yorkais peut te faire découvrir. J'ai mangé le meilleur steak de ma vie (assise à côté de Gwyneth Paltrow), j'ai bu le meilleur café, j'ai visité les plus beaux endroits et tout ça toujours à ses frais parce qu'il m'a bien signifié qu'il était hors de question que je paye quoi que ce soit. En tout cas, cassée comme j'étais c'était plus hors de question qu'il pensait. OUI, j'ai fini par l'inviter à ma chambre, mais pas parce que je me sentais obligée ou redevable, j'étais tout simplement tombée amoureuse. Kessé vous voulez ? Moi aussi ça m'arrive des fois de me prendre pour Pretty Woman.

Quand j'ai dû retourner à Montréal, j'avais la boîte à souvenirs ben pleine, mais le coeur ben gros de devoir quitter mon prince de New York pour ne plus jamais le revoir, mais c'était mal le connaître. À peine deux semaines plus tard, il m'appelait et me disait «I can't take it anymore, I miss you too much, I am booking you a flight to New York». Pendant les six mois suivants, je descendais des 3, 4 ou 5 jours à New York en avion à ses frais et moi, je faisais ma fraîche. Ma vie était un film et pour une fois y' avait du budget.

Mais le conte de fées a pris fin quand la réalité m'a crié Présente ! ben fort un soir que je me préparais pour notre souper au resto. Je me coiffais en écoutant une toune et en dansant un peu. Johnny m'a dit «Peux tu baisser ta musique svp... si on peut appeler ça de la musique ! T'es comme mes filles, t'écoutes ça ben trop fort.» Et là, je me suis rappelée qu'il y avait pas juste 8 heures d'autobus ou 1 h d'avion qui nous séparaient, y avait toute une génération ! Il y a des gens pour qui ça marche ce genre de relation intergénérationnelle, mais pour moi c'était plutôt une relation vélo stationnaire : ça n'allait nulle part.


Et cette fois-ci, quand j'ai quitté pour Montréal, j'ai dû le quitter lui aussi : je l'ai remercié, pour les moments magiques, pour les souvenirs, pour les sourires et pour l'Amour. Je lui ai promis que je ne l'oublierais jamais et c'est vrai. On se parle encore aujourd'hui sur Facebook de temps en temps.


Je ne l'oublierai jamais parce que c'était une histoire incroyable, mais aussi parce que ça m'a permis de réaliser que pour moi y'a pas que l'apparence qui compte y'a aussi la personne : moi je tombe amoureuse de l'âme en dessous de l'étiquette. Oui, y en a eu du fumier qui a suivi, mais je peux encore y croire grâce à lui. Croire à l'Amour, aux gentlemen, aux hommes qui n'essaient pas systématiquement de coucher avec la fille, aux vrais romantiques, aux gars qui n'ont pas besoin d'entrer dans le moule du prince charmant pour te faire sentir comme une princesse. Vaut mieux briser des moules que des coeurs, non ?


Bref, j'en eues de belles histoires et avec de la chance, la prochaine aura lieu dans ma ville. Ça fait qu'en attendant de trouver mon Prince à Montréal, je vais aller manger mes émotions au Roi de la Patate, tsé, on a la royauté qu'on peut.


* Ben non c'est pas son vrai nom, me prenez-vous pour une cruche ? Son vrai nom, c'est Tony.


VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Quoi faire à New York

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter