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Mon parti est plus riche que le tien

22/05/2014 10:00 EDT | Actualisé 22/07/2014 05:12 EDT

Ça fuse de toutes parts depuis quelque temps : financement illégal par ci, financement illégal par là, que ce soit avec l'Équipe Labeaume ou le Parti libéral, sans cesse des nouvelles défilent à propos d'allégations ou preuves de financement illégal chez des partis politiques de la province. Bien sûr, personne n'est surpris, tout le monde s'en doute, mais au final, tout ce qui est fait semble n'être que des mesures plus ou moins préventives : enquêtes du DGEQ, diminution des contributions monétaires maximales, etc. Or, il va falloir qu'un jour quelqu'un comprenne que le problème entourant les donations illégales à des partis ne vient pas de la manière dont le financement est fait, mais plutôt du concept même de financement de partis politiques.

En effet, malgré la bonne volonté de tous et la meilleure équipe d'enquêteurs de l'univers, le financement illégal ne s'arrêtera probablement jamais, tout simplement parce que la logique derrière la nature même du financement politique amène invariablement à des abus. Car, qu'on se le dise, le simple but derrière un pareil fonctionnement est le suivant : accumuler plus d'argent pour pouvoir faire plus de publicité. La finalité du financement politique est purement de pouvoir afficher la face des candidats électoraux à plus d'endroits et en plus grand que ne pourrait le faire un parti avec moins d'argent. Que ce soit au municipal, au fédéral ou au provincial, on finira toujours par essayer d'extorquer de l'argent à un peu tout le monde pour pouvoir imprimer plus d'affiches et de dépliants.

Si les ministres du Liberal Party of Quebec se font demander d'amasser 100 000$ pour leur campagne, il y a sûrement une bonne raison et, en effet, il y en a une très bonne : la politique au Québec ne saurait désormais se passer autrement que par le biais de cette dynamique formée de slogans accrocheurs ou racoleurs et de photos de candidats aux dents plus blanches que la neige. Or, cette nécessité généralisée de faire de l'électoralisme à coup d'affiches et de brochures amène justement à vouloir toujours plus d'argent pour pouvoir faire plus de publicité, et ainsi de suite.

Mais voulons-nous vraiment que nos députés aient été élus grâce à un slogan merdique, un talent dans le domaine du placement publicitaire ou encore grâce à un visage plus photogénique que les autres? Sommes-nous rendus à un point dans notre existence où les gens au pouvoir n'ont possiblement aucune idée intelligente, mais ont réussi à saturer le champ de vision de tous à force de pancartes payées par des donations plus ou moins légales?

Bien sûr, quelques photographes spécialisés dans le domaine du portrait de candidats électoraux et autres graphistes experts en design de dépliants vantant les mérites de candidats aux idées creuses se prononceront en faveur de la publicité électorale, mais il me semble évident que normalement, on souhaite que celui qui nous représente ait été élu pour ses idées et pas pour d'autres aspects superficiels.

Ainsi, ne serait-ce que pour l'aspect démocratique de la chose, il est certain que d'abandonner cette manière de fonctionner, ce « donne-moi de l'argent pour que je puisse gagner » qui nous fait lieu de système électoral, ne peut qu'être une bonne chose. À l'inverse, une diffusion publique, d'égal à égal, de chacune des idées de chacun des partis ne pourrait qu'être beaucoup mieux, question de voir si Option nationale peut rivaliser avec le PQ ou si la CAQ peu rivaliser avec le Parti marxiste-léniniste. De plus, avec la disparition du financement, tout le problème des donations illégales et de la corruption par cette voie est réglé, étant donné qu'il n'y a plus rien à financer de cette manière (bien sûr, ce n'est pas la seule forme de corruption, mais c'est mieux que rien).

Il faut cesser de rester dans ce médiocre bourbier qu'est notre électoralisme favorisant les partis les plus riches et enfin faire de la démocratie quelque chose d'autre qu'un cirque où tous tentent de prendre la plus belle pose pour finir à la mairie ou à l'Assemblée nationale.

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