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Fiction capitaliste : réponse à Adrien Pouliot

13/06/2014 11:38 EDT | Actualisé 13/08/2014 05:12 EDT

Il était une fois, dans un Québec non interventionniste où le gouvernement n'entravait aucunement le libre marché et où le capitalisme était enfin appliqué sans mesures progressistes visant à le limiter, trois hommes : Steeve, Robert et Justin.

Le premier, Steeve, était né d'une mère monoparentale et avait deux sœurs. Sa mère, vendeuse dans une animalerie au salaire minimum (quoique sans gouvernement contrôlant, il ne devrait pas y avoir de salaire minimum), n'était pas très fortunée à la base, mais en plus, avec trois enfants à nourrir, peinait à pouvoir subvenir à ses propres besoins. Ainsi, lorsque Steeve eut l'âge de travailler, à 14 ans, il dut lâcher l'école pour aider sa mère à nourrir ses deux sœurs plus jeunes. Sans éducation, Steeve dut donc passer sa vie entière à s'éreinter pour des salaires de misère.

Le deuxième, Robert, était maçon. Sans être riche, il vivait avec un salaire décent et réussissait à posséder une voiture et une maison. Or, un jour, Robert fut atteint de la maladie mangeuse de chair. Le maçon dut donc utiliser ses économies pour se faire soigner, mais il était malheureusement trop tard lorsque les traitements débutèrent : Robert se fit amputer la jambe droite. Ainsi, ayant une jambe en moins, Robert ne put plus jamais travailler comme maçon et finit sa vie comme caissier au Wal-Mart, sans voiture et sans maison, ne pouvant plus les payer avec son nouveau salaire.

Le troisième, Justin, était fils de milliardaire. Il put donc aller à l'université et compléter son doctorat en droit, avant d'empocher un héritage et une entreprise familiale énorme à la mort de son père. Justin finit sa vie avec quatre maisons, 20 voitures de sport et un jet privé.

Fin.

Est-ce que parmi vous, lecteurs, il y a quelqu'un de prêt à dire que tout ceci est de la justice sociale ? Est-ce que quelqu'un serait prêt à affirmer que cette histoire d'inégalités représenterait le système le plus moral de tous ? Eh bien, oui, quelqu'un serait prêt à l'affirmer! Il s'agit de nul autre qu'Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec.

En effet, le 10 juin dernier, monsieur Pouliot, dans un billet intitulé L'extrême droite québécoise selon Pauline Marois, affirmait que « le système de démocratie capitaliste demeure le système le plus moral de tous » et que si le système capitaliste est composé d'individualistes, le système progressiste est constitué d'égoïstes, montrant ainsi que le capitalisme et son individualisme sont les vraies sources de solidarité sociale, comparativement à l'égoïsme de gauche.

Or, s'il y a fort probablement des égoïstes à gauche, tout comme il y a probablement des narcissiques à droite, des mégalomanes en haut ou des individualistes en bas, affirmer haut et fort que la droite économique amène la solidarité sociale, mais que ce n'est pas le cas du socialisme, de par sa nature égoïste, relève probablement de l'humour. Presque aussi drôle que Guy Nantel.

Voyez-vous, M. Pouliot, sans «gouverne-maman», comme vous le dites si bien, il n'y absolument aucune mesure pour refréner les intérêts de ceux qui se crissent de la solidarité sociale. Ainsi, on ouvre la porte aux monopoles, aux conditions de travail dégueulasses (pas de CSST-maman et de lois entourant les syndicats-maman), aux soins de santé aux prix exorbitants, à l'éducation faite tout croche et en vitesse pour faire plus de profits (pas de formations-maman, juste des formations-papa), au saccage de l'environnement (pas d'écologie-maman), etc.

Peut-être est-ce seulement moi, mais les conditions de vie de la révolution industrielle, ça ne semble pas très intéressant : des patrons qui gagnent des salaires exorbitants, passant l'entreprise de père en fils de sorte que jamais un prolétaire ne puisse lui aussi sortir de sa condition de travailleur modeste, se foutant complètement d'un quelconque respect de la vie d'autrui, sauf quand cela affecte la productivité de la compagnie. Or, qu'est-ce qui a permis la suppression de ces conditions de vie merdiques ? Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, le mal nanti moyen peut néanmoins réussir à gravir les échelons de la société s'il a un peu de chance ? Certainement pas le capitalisme. Non, c'est le socialisme et cette gauche progressiste « égoïste » qui, justement, ont su comprendre le principe de solidarité sociale au lieu de se cacher derrière une fiction capitaliste dans laquelle la liberté s'achète à grand prix.

Quand je pense à la justice sociale, je pense à Michel Chartrand, à Karl Marx, à Emiliano Zapata, à Abraham Lincoln, à Pierre Vadeboncoeur, à Lorraine Pagé, à John Stuart Mill ou à Salvador Allende. Pas à Warren Buffet, à Jean Charest, à Bernie Ecclestone, à Éric Duhaime ou à Power Corporation. Quand je pense au « système le plus moral de tous », je pense à un système où règne l'égalité des chances et où les êtres humains ne sont pas limités par leur milieu de naissance. Je n'imagine pas le meilleur des systèmes comme étant un monstre économique où celui qui naît riche peut être éduqué, mais pas celui qui naît pauvre, où être né pauvre en Chine signifie être l'esclave de grosses corporations multinationales, où être malade est synonyme d'appauvrissement, où ne pas être exploiteur amène à être exploité, où les échanges commerciaux passent avant l'être humain et où le pouvoir de l'individu est surestimé à un point tel qu'aider son prochain est vu comme de l'égoïsme.

J'aime beaucoup mieux avoir un gouverne-maman qu'un patron-maman qui se fout de ses enfants.

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