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En temps de gel, brûlons des billets

07/06/2014 09:05 EDT | Actualisé 07/08/2014 05:12 EDT

C'est fait : le budget du nouveau gouvernement libéral est sorti. Quoiqu'assez prévisible comme budget, notre bon gouvernement Couillard nous a aussi donné un petit cadeau : un gel d'embauche étendu dans la fonction publique. Ainsi, au lieu de nous laisser dominer par les vilains fonctionnaires, nous devrons embaucher d'admirables consultants et autres sous-traitants qui pourront avec gracieuseté nous offrir des tarifs plus élevés et ainsi travailler à l'austérité en appauvrissant les ressources financières du Québec.

Sérieusement, y a-t-il quelqu'un parmi les chimpanzés libéraux qui a déjà pensé à réfléchir à autre chose qu'aux condiments qu'il va pouvoir mettre dans son burger au McDo? Est-ce que quelqu'un parmi les «experts en économie» au pouvoir a déjà réfléchi aux conséquences que peut amener un gel d'embauche dans la fonction publique? Parce qu'il faut le dire, il y en a. Quand on arrête d'engager des fonctionnaires, mais qu'il y a néanmoins un travail à effectuer, qu'arrive-t-il? Quand on coupe dans la fonction publique, mais qu'on crée plein de ministères pour avoir l'air plus cool que le gouvernement qui était là avant le nôtre, que se passe-t-il avec les postes qui devront être comblés dans ces nouveaux ministères? Ah oui, je sais, la sous-traitance et l'embauche d'employés externes.

Or, si vous ne le saviez pas, les employés de la fonction publique provinciale sont un peu du cheap labor : moins bien payés que dans le privé, mais tout aussi compétents. Cependant, quand il est question de sous-traitance, on peut dire que c'est pas mal l'inverse : trop bien payés. Oui, reléguer des tâches aux entreprises privées est plus coûteux au gouvernement que d'embaucher des employés permanents pour faire le même travail, car ces derniers n'ont pas le gros bout du bâton quand vient le temps de discuter avec un gouvernement consistant en une bande de serviteurs de l'entreprise privée, baisant les pieds des patrons de compagnies chargeant des services trois trop cher, comme pour les remercier de daigner nous exploiter sans vergogne.

On le savait, Philippe a un faible pour les gens qui nagent dans le cash (comme les princes d'Arabie Saoudite), mais aimer à ce point voir des mottons d'argent s'amasser aux pieds de grands capitalistes au détriment d'une population, c'en est presque dégueulasse. Presque.

Là où cependant le «presque» devient un «carrément», la décision libérale qui fait déborder le vase de la stupidité, c'est lorsque ce même rayonnant gouvernement similimafieux, similidroitiste, annonce qu'il donnera plus de pouvoirs aux ministres de la Santé et de l'Éducation pour pouvoir contrôler les embauches de ces deux domaines. C'est bien connu, il y a trop d'employés en santé. Dans les hôpitaux, on n'entend que ça : «Il y a trop de médecins de famille, ils se tournent tous les pouces. Pareil pour les infirmières, elles passent leur temps à jouer à Candy Crush pendant la job». Dans le système d'éducation, même chose, les classes sont trop petites, les enseignants veulent plus d'élèves. Il est normal de donner plus de contrôle aux ministres de la santé et de l'éducation (ou plutôt, à la formation de futurs travailleurs) quand on considère cela.... Non?

Il serait peut-être temps pour le gouvernement de cesser d'imiter les rednecks pensant que la fonction publique est intégralement constituée de gens assoupis sur leur clavier et plutôt prendre quelques secondes à jeter un coup d'oeil aux «bienfaits» de la sous-traitance au Québec. Projet GIRES avorté en 2003 : pertes de 130 millions de dollars. Dossier Santé Québec : 4 ans de retard et dépassement de coûts de 184%. Système intégré d'information de justice : suspendu après 2 ans de retard, pertes de 40 millions de dollars. C'est beau la sous-traitance!

Bien sûr, en voyant l'entreprise privée comme un Dieu souverain auquel il est nécessaire de sacrifier notre portefeuille, on en vient à laisser les rapaces de la consultation gouvernementale et autres experts en sous-traitance spécialisés dans la surfacturation piger dans nos poches comme si c'était Mère Teresa en personne venue nous quémander du change pour un café. Après ça, il viendra nous dire qu'il faut se serrer la ceinture en ces temps difficiles. Difficiles peut-être, mais ça dépend pour qui.

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