LES BLOGUES

Les négawatts coûtent moins cher que les mégawatts

16/09/2013 01:12 EDT | Actualisé 16/11/2013 05:12 EST

Si tous les foyers québécois réduisaient leur consommation d'électricité de 10 %, Hydro-Québec pourrait-elle reporter la construction de grands barrages hydroélectriques? Ne croyant sans doute pas à cette possibilité, Hydro a déjà investi 100 000 $ dans un projet d'efficacité énergétique à base communautaire qui, contre toute attente, a justement obtenu un tel résultat. À Métabetchouan, petit village de près de 4 000 âmes situé au Lac-Saint-Jean, 612 familles ont économisé en moyenne 2 115 kWh ou 146 $ d'électricité par année grâce au projet-pilote réalisé en 1997 et 1998 par l'organisme Négawatts Production, d'Alma. (Un négawatt est un watt économisé.)

Cette première québécoise avait coûté 350 $ par maison (dont 100 $ en produits) et était axée sur trois visites à domicile. Les gens de Négawatts Production ont travaillé de concert avec la communauté pour amener les ménages à installer de petits appareils économes, tels les minuteries de piscine, les thermostats électroniques, les pommes de douche à débit réduit et les fluorescents compacts, et à adopter des comportements moins énergivores, comme le fait d'abaisser la température pendant la nuit ou durant leur absence.

Le taux de participation fut même plus élevé que prévu, soit de 76 % pour les maisons et de 60 % pour les commerces et industries ciblés, l'objectif étant respectivement de 72 % et de 40 %. Et une vérification après coup a révélé un très haut taux de rétention des mesures et comportements économes adoptés.

Moins cher qu'un barrage!

Le plus grand succès de Négawatts fut d'avoir pu « produire » des négawatts résidentiels au coût de 2,5 cents du kilowattheure : l'organisme a dépensé 215 000 $ pour économiser 9,5 millions de kWh. La nouvelle production hydroélectrique coûtait à l'époque jusqu'à 7¢/kWh et le projet La Romaine coûtera environ 10 ¢/kWh livré à Montréal. « Nous voulons être reconnus au même titre qu'un producteur qui met une petite turbine sur une rivière, me disait à l'époque l'ancien président de Négawatts Production, Jean Paradis. N'oublions pas que le kilowattheure économisé est le plus prisé aux États-Unis. »

Ce projet-pilote fut reproduit avec succès à Québec et à Laval. Les Lavallois du quartier Renaud ont même réalisé des économies annuelles récurrentes atteignant 235 $, en 2000. Comparativement, de 1991 à 1999, les divers programmes d'efficacité énergétique d'Hydro-Québec ont permis d'économiser... 12 $ en moyenne par année par foyer.

Pourtant, l'approche novatrice de Négawatts n'a jamais été élargie à l'ensemble du Québec, quoique Négawawtts offre ses services aux municipalités et aux coopératives d'habitation.

Son approche a déjà fait ses preuves, notamment au Vermont. Champion des énergies vertes, cet État du nord-est américain a réussi à réduire sa consommation d'électricité de 12,3 % entre 1999 et 2012, alors que les ventes domestiques d'Hydro-Québec augmentaient de 14 %! Ceci grâce au groupe communautaire Efficiency Vermont, qui gère tous les programmes d'efficacité énergétique de l'État.

L'expérience ontarienne l'a aussi démontré : ce sont les groupes communautaires qui obtiennent les plus grands succès dans l'aventure imprévisible des économies d'énergie. « Négawatts, ce n'est pas une équipe d'ingénieurs ou de technologues, mais des gens de chez nous formés en relations humaines, expliquait Jean Paradis. On nous fait confiance parce que nous sommes des parents, des amis ou des voisins. Nous sommes des tiers qui formulons des recommandations éclairées et indépendantes. »

La psychologie de l'environnement

L'expérience de Négawatts Production a permis de confirmer qu'il n'y a rien comme des visites à domicile pour influencer les gens. Il y a plusieurs années, Hydro-Québec avait posté son questionnaire Éco-Kilo à tous ses clients résidentiels pour détailler leur consommation d'électricité et recommander des mesures d'économie. « Il y a eu beaucoup d'erreurs car les citoyens remplissaient les questionnaires eux-mêmes, selon M. Paradis. C'était dépersonnalisé, Hydro utilisait un logiciel américain et les recommandations manquaient de détail. »

Comme 50 % des économies potentielles dépendent d'un changement de comportement, Jean Paradis affirme que les recommandations écrites doivent être appuyées par une personne en chair et en os, emphatique et astucieuse. « La clé, c'est d'identifier la motivation profonde de chaque individu. Pour certains, c'est d'économiser 150 $ à 175 $ par année. Pour d'autres, c'est de protéger l'environnement. Pour les personnes âgées, c'est souvent de créer de l'emploi et d'économiser des milliers de dollars à l'échelle régionale. Enfin, pour plusieurs, c'est d'augmenter le confort et la valeur de leur maison. Les gens aiment ce programme car, contrairement au recyclage des rebuts, il génère un retour direct dans leur portefeuille. »

André Fauteux est éditeur et rédacteur en chef de La Maison du 21e siècle, magazine québécois sur les maisons saines et écologiques qu'il a fondé il y a 20 ans (en 1994).

Il est aussi l'auteur de Nouvelles normes d'isolation : des experts craignent que certains murs pourrissent.


Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.


Efficacité environnementale: le classement des pays développés