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De l'électrosmog dans les écoles?

13/09/2015 08:47 EDT | Actualisé 13/09/2016 05:12 EDT

Une avocate montréalaise vient de déposer une plainte pour discrimination contre la Direction de la santé publique (DSP) de Montréal et le gouvernement du Québec qui refusent de lui accorder ainsi qu'à ses trois enfants des accommodements raisonnables pour cause d'électrohypersensibilité. Elle a déposé sa plainte à la Commission québécoise des droits de la personne et des droits de la jeunesse le 28 août dernier.

« La DSP contrevient à la Loi canadienne sur les droits de la personne », affirme l'avocate dont nous taisons le nom pour protéger l'identité de ses enfants. Elle se réfère notamment au rapport Le rayonnement électromagnétique de radiofréquences et la santé des Canadiens, déposé le 17 juin dernier par le Comité permanent de la Santé de la Chambre des communes, qui y recommandait, notamment : « Que le gouvernement du Canada continue de prendre des accommodements raisonnables en cas de manifestations d'intolérance au milieu, comme l'hypersensibilité électromagnétique [HSEM], conformément à ce qu'exige la Loi canadienne sur les droits de la personne. »

Elle s'appuie aussi sur une lettre du Dr Louis Jacques, professeur de médecine à l'Université de Montréal, médecin à la Clinique de médecine du travail et de l'environnement de l'Hôpital Notre-Dame, et même médecin-conseil... à la DSP de Montréal. Selon lui, cette mère et ses enfants ont développé une intolérance sévère aux champs électromagnétiques (CEM) de radiofréquences (RF) émises par les antennes et les appareils sans fil, comme les modems et routeurs Wi-Fi. Il y recommande le remplacement du Wi-Fi par un branchement internet câblé, comme le fait Israël dans les classes des plus jeunes élèves et tel que le recommandent des pays comme la Suisse et l'Allemagne. Depuis la fin janvier 2015, le Wi-Fi est même interdit en France dans les garderies et centres de petite enfance et restreint dans les écoles primaires.

« Notez que le retrait du Wi-Fi dans l'ensemble de l'école et de toutes les écoles est une mesure de prévention parmi d'autres contre les CEM qui a été recommandée par plusieurs scientifiques dans le monde », écrivait le Dr Jacques le 11 juin dernier dans cette lettre adressée à l'école primaire d'une des filles de l'avocate. Il ajoutait : Les effets potentiels [des CEM] sur la santé sont multiples : outre le syndrome d'hypersensibilité qui affecterait de 3 à 5 % des personnes (la prévalence semble en croissance), mentionnons les effets cancérogènes, sur le cœur et sur le développement du cerveau. » Il concluait sa lettre en affirmant que « la documentation scientifique est considérable », il se référait notamment au site internet emfscientist.org qui présente un appel à la précaution lancé en mai 2015 par 190 experts ayant signé plus de 2 000 études sur le sujet.

Tachycardie, acouphènes, maux de tête...

À la recherche d'écoles saines pour ses enfants depuis le mois de mai, l'avocate dit n'avoir « que de bons mots » pour Dominique Bertrand, directeur adjoint de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), et son coordonnateur de la santé et sécurité, Marc Bisson, qui ont pris des mesures pour réduire l'exposition aux RF de deux de ses trois enfants dans des écoles de l'Ouest de l'île de Montréal. « M. Bisson était d'accord pour débrancher le Wi-Fi dans leur classe et que celle-ci soit la plus éloignée possible de routeurs. Et il aurait aussi écrit une directive interdisant d'activer un cellulaire en présence de ma fille de neuf ans. » L'avocate raconte que cette fillette saigne souvent du nez lorsqu'elle est exposée au Wi-Fi, même à son insu, preuve pour cette mère que cette condition n'est pas psychosomatique.

« Des mesures d'exception pourraient être envisagées dans des cas précis où un élève ou un enseignant se plaint de symptômes appuyés par le diagnostic d'un médecin. Nous nous assurons néanmoins que les services, notamment l'internet sans fil, ne soient pas diminués par ces accommodements », explique le porte-parole de la CSMB, Jean-Michel Nahas.

Trouver une école sans ondes est plus difficile au secondaire, où la plupart des élèves ont un cellulaire. Et dans certaines écoles, même en éteignant le Wi-Fi, les niveaux de radiations dépassent les recommandations de l'Association médicale autrichienne en matière d'exposition aux RF, dit l'avocate. « Au Collège Jean-de-Brébeuf, l'entrée est surexposée par les émissions des antennes de cellulaires installées de l'autre côté de la rue, sur le toit et les murs de l'Hôpital Sainte-Justine! »

Son autre fille, qui a 12 ans, souffre de maux de ventre et de tête en présence soutenue de RF (de type micro-ondes). Cette mère a aussi dû retirer son fils de 14 ans du Collège de Montréal où il souffrait notamment de tachycardie, d'acouphènes, de troubles de concentration et de mémoire. (Des symptômes documentés depuis la Deuxième Guerre Mondiale chez certains militaires surexposés aux ondes radio et atteints de ce que l'on appelait à l'époque la maladie des micro-ondes.) Le 27 août, le directeur adjoint de la CSMB l'a finalement inscrit dans une classe sans Wi-Fi à l'école secondaire Mont-Royal.

Réponse de la DSP

« L'inaction du ministère de la Santé et de la Direction de la santé publique m'indigne. Lorsqu'il y a un moindre petit doute quant à la santé, le principe de précaution devrait prévaloir », dit cette mère qui a mis la DSP et le gouvernement en demeure le 22 juillet dernier. À part des accusés de réception, elle n'a reçu qu'une réponse par courriel, celle du Dr Richard Massé, directeur de la DSP, le 27 août. Il y cite les avis de Santé Canada, de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d'autres organismes internationaux repris dans un avis intitulé Le Wi-Fi à l'école rédigé en 2014 par Monique Beausoleil, toxicologue à la DSP, pour la Commission scolaire de Montréal. Cet avis concluait que « jusqu'à présent, la recherche n'a pas pu fournir de données qui démontreraient une relation de cause à effet entre l'exposition aux RF et les symptômes rapportés par les personnes qui disent présenter une » hypersensibilité électromagnétique « Compte tenu, d'une part, des niveaux d'exposition aux RF attribuables à la technologie Wi-Fi, et d'autre part, des résultats des études scientifiques rigoureuses portant sur les effets des RF sur la santé, l'utilisation du Wi-Fi dans les écoles primaires ne constitue pas un risque pour la santé des enseignants ni celle des élèves. »

Bien que l'OMS reconnaisse l'existence de cette condition depuis 2005, l'organisme affirme qu'il n'est pas prouvé hors de tout doute que ce sont les champs électromagnétiques (CEM) qui en déclenchent les symptômes. Cet avis est contesté par un nombre croissant d'experts et par la Directive pour le diagnostic et le traitement de problèmes de santé et maladies liés aux CEM, publiée en 2011 par l'Association médicale autrichienne. D'ailleurs, dès l'an 2000, le Conseil des ministres des pays nordiques européens (dont la Suède) a d'ailleurs reconnu la HSEM comme un handicap donnant droit à des accommodements, précisant que ses symptômes (fatigue, problèmes de mémoire et de concentration, etc.) disparaissent dans les « environnements non électriques ».

Recherche de pointe

Pour sa part, l'oncologue parisien Dominique Belpomme traite depuis quatre ans plus de 1 200 patients qu'il a diagnostiqués comme souffrant de HSEM, qu'il a rebaptisée Syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques (SICEM). Il affirme qu'ils affichent tous des signes cliniques de souffrance cérébrale comme un manque de sang et donc d'oxygène au cerveau, des taux élevés d'histamine et de protéines de choc thermique ou une diminution de vitamine D ainsi que de mélatonine, puissante hormone anticancer responsable de l'horloge biologique. « Leurs symptômes ne sont pas expliqués par une pathologie connue, ils apparaissent et sont reproductibles sous l'effet des champs électromagnétiques et ils régressent ou disparaissent en cas d'évitement de ces ondes. »

Enfin, le médecin californien Karl Maret a mesuré chez un enfant hypersensible des niveaux d'exposition cumulatifs plus élevés à son école que ceux mesurés dans un café internet. « Les enfants électrohypersensibles et les femmes enceintes, dit-il dans une conférence donnée au Commonwealth Club de San Francisco en juin 2015, sont les plus à risque. Ils sont comme les canaris qu'on envoyait jadis dans les mines et qui nous disent qu'il y a un problème et qu'il est grand temps qu'on s'en occupe. »

À la DSP, la porte-parole Marie Pinard nie que le Dr Louis Jacques aurait été réprimandé pour avoir contredit l'avis de sa collègue Monique Beausoleil. « Les médecins en clinique sont totalement indépendants dans la détermination de leurs avis diagnostics et des traitements qu'ils suggèrent à leurs patients. » Le Dr Fernand Turcotte, qui a cofondé le Département de médecine sociale et préventive de l'Université Laval, dit qu'il serait surpris que le Dr Jacques fasse l'objet de quelque blâme. « Louis est un gars qui connaît bien son métier, je n'ai aucun doute sur sa crédibilité et son indépendance. »

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