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Je cours depuis toujours et rien ni personne ne m'empêchera de continuer

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Cela fait trente ans que je cours, partout. J'ai sillonné le campus de l'université de Syracuse, traversé champs et villes sous le ciel bas du Michigan, je suis descendue jusqu'à la rive du lac à Chicago, j'ai monté les chemins escarpés de Marin County et j'ai parcouru de longues routes en Nouvelle-Angleterre. J'ai franchi le magnifique Golden Gate Bridge et longé les rives du lac gris et embrumé de Zurich, au pied des Alpes. Tout cela en courant.

Sous la neige et sous le vent, j'ai avancé, le souffle fort, les yeux plissés. J'ai serré les poings, me suis blindée mentalement, afin d'affronter réprobations, peines de cœur, déprimes, pertes d'emploi, patrons sexistes, corps flasque post-accouchement, insomnies, stress parental, enfant malade, délits et trahisons.

"Que cherches-tu à fuir en courant comme ça?" m'a demandé une entraîneuse, tout en massant un nœud au niveau de ma hanche. "Ton corps n'est pas conçu pour ça," a-t-elle ajouté. "Il ne faut pas te faire autant de mal."

Mais je ne cours pas pour m'éviter des sensations désagréables. Je cours pour traverser des choses difficiles, pour sentir mes os et mes muscles bien vivants contre le bitume, debout face à ce grand monde compliqué. Je cours pour expulser à coup de sueur les faux messages et les espoirs qui pèsent sur moi, m'aveuglent et me limitent dans la vie que j'ai reçue.

Bien sûr, je cours pour rester en forme. Mais aussi pour fuir le désespoir, esquiver ces mythes qui disent que les mères devraient être douces, ordonnées, heureuses, lisses, jeunes et belles, que les mauvaises écoles le resteront, que la faim, la pauvreté et le problème des sans-abri seront toujours là, qu'une mère ne peut soigner son enfant sans médicaments. Je cours pour m'éloigner du racisme et des stéréotypes sur les femmes, les enfants, les classes sociales, les religions, les races et les partis politiques. Pour mettre à distance toutes les choses stupides que j'ai faites et dites, toutes les pensées qui se sont développées en "Tu n'y arriveras pas. Tu ne peux rien y faire." Je cours pour fuir le manque de foi, les amitiés brisées, l'égoïsme, la jalousie, la fierté, la haine de soi, la culpabilité et l'avidité.

Quand je cours, se dessine toujours une destination. Le problème, c'est que celle-ci évolue à mesure que j'avance. Elle se révèle alors que j'étire mes membres, que j'abandonne tout ce qui me retient. Ma destination s'affirme à mesure que je vis.

Je cours vers le bruit de l'air que j'inspire.

Je cours vers les oiseaux qui chantent, la brise qui souffle, vers les voix des gens que je n'entendais pas jusqu'ici.

Je cours vers la lumière qui perce à travers des milliers de branches entrelacées, et vers les flocons de neige qui se dispersent sur le flan des collines. Des détails que j'étais trop distraite pour remarquer auparavant.

Je cours vers les endroits où l'on a besoin de moi mais que j'avais ignorés jusque-là; vers l'enfant négligé, la maman qui aurait bien besoin d'un coup de fil, l'inconnu qui se tient seul, la famille qui souffre et à qui je devrais demander: "Comment puis-je vous aider?"

Je cours vers la personne que je dois pardonner, l'histoire que je dois écrire, la voix que j'ai enfoui en moi et qui brûle de contourner le concept pesant de popularité pour crier: "Il ne FAUT PAS discriminer, se moquer des autres, juger, mentir, haïr."

"Eh, respire. Du calme. Détends-toi", pourrait-on me dire.

Moi, je me détends en courant. C'est dans ces instants que je reconnais la vérité, que je trouve Dieu.

"Je déteste courir", m'a dit un ami.

"Je ne peux pas courir à cause de mes genoux", m'a dit un autre.

"Eh bien, ne cours pas", ai-je répondu.

Mais cherche ce dont ton corps et ton esprit ont besoin pour éliminer les morceaux cassés de notre monde, ceux qui te tirent vers le bas. Chante ou nage, prie ou marche, écris ou peins ou fais la posture du chien tête en bas. Prends un million de photos. Danse le Hula. Fais quelque chose jusqu'à en avoir mal, jusqu'à goûter le sel de ta propre sueur, trouver ton moi profond. A nouveau libre.

Même malade ou blessée, même vraiment, vraiment vieille, je continuerai à courir, mentalement s'il le faut. Je soufflerai et soufflerai encore dans la direction du bel et brillant espoir qui m'attend chaque jour. Si je cours vers lui sans relâche.

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