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Les Palestiniens parviendront-ils à tirer leur épingle du jeu?

La période de transition est particulièrement importante pour que les Palestiniens aplanissent leurs différences, et pour faire avancer le processus de paix avec Israël.

25/10/2017 09:00 EDT
Racide via Getty Images
Israël et les Palestiniens doivent entamer un processus de réconciliation pour instaurer un climat de confiance et atténuer les grandes inquiétudes en matière de sécurité avant de pouvoir reprendre les négociations pour de bon.

Les efforts actuellement déployés pour réconcilier l'Autorité palestinienne (AP) et le Hamas échoueront, comme les tentatives précédentes, à moins que les deux camps n'acceptent d'éliminer trois grands obstacles qui les hantent depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza en 2007. Au vu de leur animosité mutuelle et de leur rivalité mortelle, les Palestiniens seront-ils capables cette fois de tirer leur épingle du jeu ?

Tout d'abord, il reste primordial de trouver une solution pacifique au conflit avec les Israéliens. Cette priorité doit faire l'objet d'un consensus entre l'AP et le Hamas. L'AP a depuis longtemps reconnu l'État d'Israël sur la base des frontières du 4 juin 1967, tandis que le Hamas – même s'il a fait part de sa volonté de négocier avec les Israéliens sur une solution à deux États – continue de réclamer la destruction définitive d'Israël.

Si le Hamas rejoint l'AP et que celle-ci prend la responsabilité de négocier avec Israël, ni l'actuel gouvernement israélien de droite ni même un futur gouvernement centriste/gauchiste ne négociera avec l'AP tant que le Hamas n'aura pas reconnu l'État d'Israël et renoncé à la violence, ce qui est peu probable.

Les États-Unis et l'UE devraient cautionner publiquement ces efforts, qui permettront d'ouvrir la porte à la légitimation du Hamas en tant que partenaire dans les négociations avec Israël.

Puisque tout le monde s'accorde toutefois pour dire que sans le Hamas, la paix entre Israéliens et Palestiniens ne verra jamais le jour, reste à savoir comment convaincre le Hamas d'accepter ces deux conditions préalables sans perdre la face. La réponse tient dans l'initiative de paix arabe (IPA). En tant que médiateur entre le Hamas et l'AP, le président égyptien Sisi devrait insister pour que le Hamas rejoigne l'IPA et les rangs du reste du monde arabe. Les États-Unis et l'UE devraient cautionner publiquement ces efforts, qui permettront d'ouvrir la porte à la légitimation du Hamas en tant que partenaire dans les négociations avec Israël.

L'IPA stipule que la reconnaissance de l'État d'Israël dépend de deux choses : la restitution des territoires conquis en 1967, une « solution juste » pour les réfugiés palestiniens, et la désignation de Jérusalem-Est comme capitale de l'État palestinien. En se ralliant à l'IPA, le Hamas permettra de renforcer la position de la gauche et du centre en Israël, qui seront alors mieux placés pour présenter au peuple un cadre crédible pour la paix.

Le deuxième obstacle majeur est la possession par le Hamas de plusieurs milliers de roquettes ainsi que sa détermination à les conserver en toutes circonstances. Le président de l'AP Mahmoud Abbas a raison d'exiger que le Hamas dépose ses armes, en insistant sur le fait qu'il ne permettra pas à Gaza de reproduire la situation du Liban, où le Hezbollah maintient un État de facto au sein d'un État disposant d'un énorme arsenal.

En outre, n'importe quel gouvernement israélien insistera pour que le futur État palestinien soit démilitarisé et ne négociera avec les Palestiniens sous aucune menace. Étant donné qu'il est peu probable que le Hamas remette son stock de roquettes à l'AP et qu'il aspire à mettre fin à son différend avec l'Égypte, le président est bien placé pour exiger que le Hamas entrepose son arsenal en Égypte.

En échange, l'Égypte ouvrira la frontière avec Gaza et sera en position de force pour amadouer les autorités israéliennes pour que celles-ci lèvent le blocus afin d'atténuer les effets de la crise humanitaire des Palestiniens, que le Hamas tente désespérément d'enrayer.

La paix entre Israël et l'Égypte met cette dernière dans une position idéale pour contribuer à façonner l'accord d'unité entre le Hamas et l'AP et le rendre propice à la paix avec Israël.

Le rôle de l'Égypte en tant qu'intermédiaire est indispensable. La paix entre Israël et l'Égypte met cette dernière dans une position idéale pour contribuer à façonner l'accord d'unité entre le Hamas et l'AP et le rendre propice à la paix avec Israël.

Il ne faut pas oublier que le président Sisi souhaite également la démilitarisation de Gaza ainsi que la coopération totale du Hamas pour combattre le terrorisme dans le nord du Sinaï. Dès lors, si le Hamas veut se rapprocher de l'AP, il doit travailler avec l'Égypte pour résoudre ce problème d'armes. Dans ce contexte, l'AP doit également déployer ses forces de sécurité à Gaza pour prendre en charge les points de passage vers Israël afin de calmer les inquiétudes et les restrictions des Israéliens.

La troisième difficulté concerne la nature politique du futur gouvernement israélien. Même si les deux camps doivent rester attachés à une forme de gouvernement démocratique, les Palestiniens devraient accepter de reporter les élections législatives d'au moins cinq ans. Dans l'intervalle, l'AP et le Hamas établiraient un gouvernement d'unité représentatif proportionné basé sur la composition démographique actuelle en Cisjordanie et à Gaza. Les deux parties choisiraient leurs représentants pour occuper tous les grands postes du gouvernement et les décisions seraient prises par consensus plutôt qu'à la simple majorité.

En raison de la situation politique actuelle entre les deux camps, et comme il a déjà été établi que le gouvernement d'unité serait dirigé par Abbas, le premier ministre devrait être sélectionné parmi les rangs du Hamas. Des élections générales seront organisées dès que la période de transition sera terminée, ce qui permettra l'émergence d'une nouvelle direction. Le Hamas et l'AP devront se conformer aux résultats des élections.

Il faut souligner que tous les membres du cabinet ainsi que les autres membres éminents du gouvernement doivent être des personnalités apolitiques qui se concentreront principalement sur des programmes sociaux, la reconstruction du pays, les soins de santé, l'éducation et le développement économique en Cisjordanie et à Gaza.

Israël et les Palestiniens doivent entamer un processus de réconciliation pour instaurer un climat de confiance et atténuer les grandes inquiétudes en matière de sécurité avant de pouvoir reprendre les négociations pour de bon.

La période de transition est particulièrement importante pour que les Palestiniens aplanissent leurs différences, et pour faire avancer le processus de paix avec Israël. Israël et les Palestiniens doivent entamer un processus de réconciliation pour instaurer un climat de confiance et atténuer les grandes inquiétudes en matière de sécurité avant de pouvoir reprendre les négociations pour de bon.

En aucun cas, l'actuel gouvernement dirigé par Benyamin Nétanyahou ne cherchera ni ne s'engagera à trouver une solution à deux États. L'enjeu est donc d'engager Israël dans un processus de réconciliation, pour que les Palestiniens puissent renforcer le pouvoir des partis d'opposition israéliens, qui seront alors en mesure de plaider en faveur de la paix.

L'AP et le Hamas doivent désormais accorder leurs violons, abandonner leurs vieux discours fatigués, cesser leur extrémisme violent à l'encontre d'Israël et présenter un scénario de paix plausible basé sur l'IPA.

Compte tenu des différences idéologiques marquées entre l'AP et le Hamas, ainsi que leurs approches opposées pour résoudre le conflit israélo-palestinien et leur rivalité pour le pouvoir, les chances de réussite ne sont pas prometteuses, à moins de résoudre ces trois grands problèmes politiques de front.

Il est temps pour les dirigeants de l'AP et du Hamas de tirer leur épingle du jeu.