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La Coupe Davis peut-elle échapper aux Mousquetaires ?

20/11/2014 01:58 EST | Actualisé 20/01/2015 05:12 EST

Un Federer à nouveau au sommet, un Wawrinka retrouvé à Londres, il n'en fallait pas plus pour que certains n'envisagent pas une seconde la victoire des ex «Nouveaux Mousquetaires» français cette prochaine fin de semaine. En mettant de coté le dos douloureux du seigneur helvète, égrainons, les facteurs qui laissent à penser que les Français n'auront pas à rendre les armes à Lille.

Français affutés, Suisses à couteaux tirés ?

En bons mousquetaires, les Français pourraient suivre la maxime énoncée par Alexandre Dumas dans son œuvre « il faut spéculer sur les défauts des gens et non sur leurs vertus ». La plupart du temps raisonnable, Federer a été gourmand en cette fin de saison et n'a pas hésité à forcer la machine. Il est vrai qu'une course aux points était bien engagée pour la place de numéro 1 avec Novak Djokovic. Résultat des courses : le Suisse repart de Londres avec une place de numéro 2, et un dos amoché par les quatre tournois (Shanghai, Bâle, Paris et Londres) qu'il a enchaînés. Son dos était à blâmer dans les résultats de 2013, qui avaient fait croire en son déclin à certains.

De son côté, Stanislas Wawrinka revient de Londres avec des certitudes sur son niveau de jeu. : solide, brillant par moment, quand son mental lui donne du répit, il demeure une machine bien huilée et qui semble avoir repris des forces à l'automne, après une partie de l'année plus chaotique. S'il a pu décrocher l'étiquette d'«autre Suisse» à Melbourne cet hiver, son encombrant ainé l'a renvoyé à ses études en demi-finale à Londres. Quatre balles de match gaspillées, et une tension manifeste avec le clan Federer, et notamment Mirka, au cours de la partie, sont venues entacher une partie de très haut de gamme. Hors court, John McEnroe a révélé que les échanges ont continué entre les deux Suisses. Le capitaine suisse, Séverin Luthi aura donc quelques fils à dénouer à l'arrivée des deux champions à Lille. Même si ce message retweeté par Stanislas Wawrinka tend à dédramatiser la situation.

Les Français semblent, eux, au meilleur de leur forme, physique en tout cas. Si aucun n'a su tutoyer les sommets cette année (le meilleur résultat des quatre hommes est un quart de finale de Roland Garros, pour Gael Monfils), les Français misent tout sur le temps dont ils ont bénéficié pour se préparer sur terre battue, et l'ambiance qui règne au sein du groupe. Richard Gasquet : « Enfant, je rêvais juste d'être sur le circuit et jouer des grands matchs, pas être numéro un mondial ou je ne sais quoi... Aujourd'hui, surtout cette fois, je rêve de la gagner (la coupe Davis, ndlr) avec des amis ». L'esprit « colonie de vacances », renforcé par un parcours semé d'embuches (retour de 2-0 contre l'Allemagne, victoires brillantes contre les Tchèques) semble bien fonctionner. Marc Rosset, le géant suisse, a d'ailleurs allégrement chambré à la radio française cette semaine sur le « vivre ensemble » qui ne fait pas tout «Les Français peuvent aller au bout du monde (...) avec du beurre Président et L'Equipe".

Gilles Simon, comme à son habitude, se détache de l'esprit «Club Med » pour insister sur l'implication des tricolores : « Toute l'année, on n'a rien laissé au hasard. On s'est même imposé trois changements de surface en trois rencontres. On a eu une implication maximale toute la saison. Ce n'est pas maintenant qu'on va baisser ». En filigrane, se tresse le portrait d'une France qui aurait dès le début de l'année fait de la Coupe Davis son objectif principal, à contrario des étoiles suisses mieux à même de conquérir des titres individuels...un petit mot, Stan ? «S'entraîner dur, c'est le minimum que les Français puissent faire. Nous, nous sommes au Masters parmi les huit meilleurs du monde. S'ils ne s'entraînent pas à fond cette semaine, c'est qu'ils n'ont rien compris. ». Le fameux match déjà gagné sur le papier. Sur ce même papier, Wawrinka, ne mène aux affrontements contre les Français seulement face à Gilles Simon (2-1). Federer présente lui, un bilan très positif contre tous les joueurs français (même si chaque joueur l'a déjà battu au moins une fois, ce qui évite le syndrome « bête noire »). Et son premier adversaire du 21, Monfils, lui a causé bien des tracas à Flushing Meadows cet été.

Le stade Pierre Mauroy : le sixième homme

Ne se baser que sur les classements individuels pour déterminer l'issue d'une rencontre de Coupe Davis n'a jamais mené bien loin. Sinon, comment expliquer la victoire d'un Richard Gasquet, déchaîné en trois manches, en demi-finale contre le 6e mondial Tomas Berdych (certes un peu pataud sur la terre battue de la porte d'Auteuil)? Les 27 000 places du stade Pierre Mauroy, majoritairement acquises aux tricolores, auront leur importance.

Mais ce public peut être à double tranchant. Si Richard Gasquet semble avoir passé un palier lorsqu'il joue devant des foules harangueuses, comme contre les Tchèques, il a déjà pu baisser pavillon par le passé. Alors que Monfils et Tsonga sont survoltés lorsque la foule s'y met, Gilles Simon peut craquer, lui, comme ce fut le cas en 2013 contre l'Argentine.

Les premières escarmouches lancées par Gilles Simon étaient d'ailleurs placées sur le terrain du public, à qui il reprochait quelquefois de trop apprécier Federer. « Gilles Simon parle beaucoup», avait rétorqué Roger Federer, sans équivoque. Arnaud Clément pense que le public fera le bon choix « Les gens (...) vont soutenir une nation. Je n'ai jamais vu un public en France qui venait contre nos adversaires. Il vient pour nous encourager ». Même face aux nerfs d'aciers du Suisse, il est vrai qu'un public chahuteur peut avoir un impact sur un homme rompu aux foules conquises d'avance.

L'effet Clément

« J'ai envie de me jeter dans le lac ». En 2001, c'est un Marc Rosset déprimé, qui ne se relevait pas d'une défaite contre Arnaud Clément, et son bouc ciselé en près de six heures. Arnaud Clément est désormais sur le banc, et Marc Rosset a quitté son poste de capitaine de Coupe Davis en 2005. Cependant, Arnaud Clément, souvent intraitable en tant que joueur, lorsqu'il était sélectionné sous les ordres de Guy Forget, s'impose petit à petit comme l'élève qui dépasse le maître, qu'il a pu observer dans son approche de la dernière finale de 2010.

« On ne peut pas tout réussir quand l'histoire est aussi longue » se justifiait Forget au sortir de ses quatorze saisons à la tête de l'Équipe de France de Coupe Davis. Arnaud Clément semble en tout cas avoir su mobiliser une génération qui n'a plus tant de temps devant elle. Au-delà de sa gestion de la vie en communauté, il a également su faire des choix forts, comme celui de se passer de Michaël Llodra, diminué. La paire Tsonga-Gasquet, convaincante au tour précédent, et les performances de Julien Benneteau en double, sont autant de garanties pour ce point souvent obtenu à l'arraché.

Si la Coupe est soulevée par les Français, le rôle d'Arnaud Clément ne devra pas être oublié, car ce titre sera celui d'une génération que lui seul aura réussi à faire briller.

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