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Victoire de Tony Abbott: l'Australie incomprise

11/09/2013 04:07 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

Le 7 septembre dernier, Tony Abbott s'est fait élire à la tête du gouvernement australien, en dépit de ses politiques franchement conservatrices. Quelles sont-elles? En quelques mots : annulation de la taxe sur le carbone, pas de continuité du programme de financement des écoles instauré par l'ex première ministre Julia Gillard, une politique endurcie concernant les demandeurs d'asile provenant majoritairement de l'Indonésie, des coupures dans l'aide internationale, ainsi qu'une impossibilité totale d'un vote pour la légalisation du mariage gai, et j'en passe.

La question se pose : comment l'Australie peut-elle voter pour un homme (et un parti), qui promet un vrai recul en arrière? Semblerait-il qu'on pourrait nous-mêmes se poser la question suite à l'élection de Stephen Harper en mai 2010, mais cela ferait l'objet d'une autre chronique...

Bref, comment l'Australie peut-elle élire à la tête de son pays, un ancien séminariste aux valeurs chrétiennes, qui est réputé pour ses gaffes et ses déclarations publiques hautement sexistes et misogynes?

Plusieurs blâment la défaite du Parti travailliste (ALP) sur le «putsch» interne obligeant la démission de Julia Gillard suite à la victoire du vote de confiance par l'ancien premier ministre Kevin Rudd. Que Rudd ait renversé Gillard en pleine campagne électorale est certes bouleversant; ceci dit, l'élection d'un homme de droite, dans une société qui souffre déjà d'un écart des sexes troublant pour un pays du G20, est d'autant plus déstabilisante.

Est-ce utile de répéter que Tony Abbott ait déjà affirmé, lorsqu'il était ministre de la santé sous le gouvernement Howard, que l'avortement était la voie de la facilité? Ce même Tony Abbott qui s'est fait expulser d'une session parlementaire, en raison d'un non-respect des indications de la Présidente de la chambre. Sans oublier son commentaire des plus insultants face à la présence des femmes en politique : «Et si les hommes étaient, de par physiologie et tempérament, plus adaptés à incarner l'autorité et à prendre le contrôle?»

Tout au plus, la compétence de Tony Abbott au sein du parlement australien est difficile à endosser. D'une part, ses performances en chambre manquent de crédibilité et d'arguments sérieux; d'autre part, il est incapable de se soumettre aux faits, comme il a su le démontrer lors d'une entrevue avec la journaliste Leigh Sales sur le réseau ABC.

Selon Anne Summers, auteure féministe australienne, l'Australie sous Abbott sera, pour la première fois dans l'histoire du pays, méconnaissable. Summers note, entre autres, un recul quant à la lutte au réchauffement climatique, ainsi qu'un refus d'investir dans l'éducation primaire et secondaire. Par ailleurs, notons que ni The Guardian, ni Al-Jazeera ne voient d'un bon œil cette victoire du Parti libéral.

Chose certaine, cet homme politique surnommé «le moine fou» n'apporte rien de très positif en matière de lutte contre le sexisme australien. Est-ce nécessaire de rappeler que jusqu'à tout récemment, soit le 13 août dernier, il a qualifié une candidate, en pleine campagne électorale, de «jeune fougueuse ayant un peu de sex-appeal» ? Oui, car la seule chose que les Australiennes peuvent dorénavant faire est de lutter contre cet homme qui ne représente, en aucun cas, 50% de l'électorat.

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