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Perpétuer la corruption

16/01/2013 10:11 EST | Actualisé 18/03/2013 05:12 EDT
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Money in Hands

En route vers le port de Jakarta pour une fin de semaine dans les mille îles indonésiennes. En principe, avec notre véhicule affichant une plaque d'immatriculation diplomatique, nous ne devrions pas payer de frais d'accès au port. Malheureusement, l'employé contrôlant l'accès au port ce matin-là décide de nous imposer un montant sans quoi nous ne pouvons pas nous rendre à notre quai de départ. Un montant plutôt aléatoire. On lui répète maintes fois que ces frais sont inadmissibles, compte tenu de notre statut diplomatique. Rien à faire. On abdique. Il se met l'argent dans les poches. Et ainsi va la corruption en Indonésie.

Un incident semblable s'était passé la veille lors de notre visite à la grande mosquée. Rien de bien étonnant. Cette image de l'Indonésie corrompue est pourtant assez répandue. On devrait s'y attendre. En feuilletant le Jakarta Post, les scandales de corruption au sein du gouvernement et du monde des affaires captent immédiatement notre attention. Ceci dit, on est loin de croire que la corruption soit endémique à un point tel que quelconque geste quotidien puisse engendrer une corruption évidente.

En 2012, l'organisation Transparency International, qui lutte contre la corruption à l'échelle mondiale, a classé l'Indonésie au 118e rang sur l'index de la corruption (CPI). Considérant que l'année précédente, ce pays de l'Asie du Sud-est s'était classé au 100e rang, la situation semble donc s'aggraver.

Jour après jour, la corruption fait irrévocablement les manchettes. Certes, récemment, la Cour de corruption de Jakarta a émis une peine de 5 ans de prison pour Hartati Murdaya, une femme d'affaires d'origine japonaise, qui aurait donné jusqu'à 310 650 $ (US) en pot-de-vin afin d'accélérer l'obtention de son permis d'affaire pour sa compagnie de plantation d'huile de palme.

En décembre dernier, le ministre indonésien des Sports et de la Jeunesse a été dans l'obligation de démissionner de son poste en raison des allégations de corruption qui planaient à son sujet. Le ministre Mallarangeng aurait mal géré la construction d'un complexe sportif impliquant une somme de 122 millions de dollars américains.

Ce mois-ci, Angelina Sondakh, ex-Miss Indonésie devenue politicienne, a écopé d'une peine de quatre ans et demi de prison après avoir accepté 3,6 millions de dollars américains à la suite d'un projet exécuté par le Ministère des Sports et de la Jeunesse ainsi que par le Ministère de l'Éducation et de la Culture.

Ne voyez-vous pas ici un semblant de familiarité? Sans aucun doute, ceci fait écho à ce qui se passe actuellement au Québec avec la Commission Charbonneau. Des anciens ministres corrompus, des maires qui démissionnent et des hommes d'affaires dans la mire des médias. Résultat: le secteur de la construction se retrouve chamboulé par des révélations - peu étonnantes soient-elle - liant la politique à la mafia. Bref, un vrai téléroman à-la-Omertà.

Néanmoins, la saga de la corruption en Indonésie atteint des niveaux plutôt spectaculaires pour la petite québécoise que je suis. En l'occurrence, la KPK (Corruption Eradication Commission), qui est chargée de faire la lumière sur la corruption au sein du gouvernement et du monde des affaires depuis 2002 est d'une ampleur incomparable à la Commission Charbonneau. C'est d'ailleurs grâce à elle que les arrestations discutées ci-haut ont eu lieues.

Fait intéressant, l'Agence canadienne de développement international (ACDI) finance la commission depuis 2007 afin d'améliorer la gouvernance en Indonésie. Tout au plus, en 2009, l'ACDI signe une entente avec la KPK : une somme de 9,6 millions de dollars américains est allouée au programme d' « Intégrité des Îles », assurant une meilleure gouvernance à travers le pays.

Toutefois, peu a changé en Indonésie depuis les débuts de la commission. Malgré les arrestations qui pleuvent, la population demeure d'un calme plat. Peu d'agitations. Peu d'outrance. On est loin du décor de tempête qui a secoué le Québec dans la dernière année.

C'est pour ainsi dire que la corruption en Indonésie est si endémique qu'elle est imprégnée dans les habitudes quotidiennes. Quand tout un chacun tente d'améliorer son sort, difficile de ne pas en profiter pour extirper quelques sous, surtout lorsque des élus richissimes font de même.

Autrement dit, quand la corruption dicte les règles du jeu, difficile de faire autrement. Cela me rappelle drôlement le témoignage d'un dénommé Zambito...