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La Catalogne au rythme de l'indépendance

12/09/2015 09:08 EDT | Actualisé 12/09/2016 05:12 EDT

Le 11 septembre est un jour sombre pour les Américains ou les Chiliens, mais aussi pour les Catalans. En effet, le 11 septembre 1714, les troupes espagnoles marchent dans Barcelone et intègrent de force la Catalogne dans le royaume de la couronne espagnole.

À contre-courant de l'histoire, les Catalans ont décidé de faire du 11 septembre leur fête nationale. Depuis quelques années, des mobilisations montres sont organisées pour souligner l'occasion. L'édition 2015 de cette fête est particulière, car elle se déroule à quelques jours de l'élection du 27 septembre, où l'hypothèse d'une Catalogne indépendante sera mise aux voix.

Une autre preuve - faut-il encore la faire ? - que la question nationale est toujours d'actualité. Malgré la mondialisation, les réseaux sociaux et les échanges universitaires, l'idée d'avoir son propre pays pour décider de ses propres affaires n'est pas une idée périmée du 20e siècle.

Bien au contraire, les Catalans veulent se débarrasser d'un 20e siècle qui a façonné un État espagnol centralisé, chauvin et autoritaire. De nombreuses tentatives de réformes constitutionnelles se sont fracassées à l'intransigeance des institutions espagnoles, encore imprégnées de l'héritage franquiste, qui ont mobilisé la Cour suprême pour interdire fermement la tenue d'un référendum. Pourtant, quelques mois plus tôt, l'Écosse signait un accord avec Londres pour encadrer un référendum qui s'est tenu dans le calme et l'ordre.

Contrairement au Québec ou à l'Écosse, les fers de lance du mouvement indépendantiste catalan ne sont pas des partis politiques, mais bien des organisations civiques. Que ce soit l'Assemblée nationale catalane, l'Òmnium Cultural ou l'association des municipalités indépendantistes, la société civile est à l'avant-garde des mobilisations de masses du 11 septembre. Leur coordination et leur prise de position rythment le processus constitutionnel et « départisane » la question nationale.

Évoluant dans le cadre d'un mode de scrutin proportionnel, la Catalogne connait une pluralité impressionnante de partis politiques. Parmi les principaux partis, trois d'entre eux défendent l'indépendance. Les indépendantistes vivent donc pleinement leurs différences sur les enjeux socio-économiques et environnementaux. Nous sommes donc aux antipodes du « un pays, un parti ».

L'identité nationale ne joue pas un grand rôle dans la campagne. Pendant la dictature de Franco (1939-1975), tous les symboles de l'identité catalane, incluant la langue, étaient tout simplement interdits. Pendant cette période trouble, il fallait se tourner vers le légendaire club de soccer FC Barcelona pour pouvoir exprimer un certain sentiment de fierté nationale.

On pourrait croire que cette situation ait généré du ressentiment envers les Espagnols et que les Catalans voient aujourd'hui l'indépendance comme une sorte de revanche contre les conquérants. Or, il n'en est rien. Une écrasante majorité des Catalans parle couramment l'espagnol et vit en harmonie avec l'énorme communauté hispanophone qui réside en Catalogne pour des raisons économiques. De plus, les Catalans sont très attachés aux institutions européennes et envoient des étudiants en échange partout dans le monde. Nous pouvons donc en conclure que si les Catalans sont enracinés dans leur passé, ils sont prêts à faire le saut vers l'avenir.

Je ferai partie d'une délégation d'observation québécoise à l'élection référendaire du 27 septembre. Québec solidaire croit qu'il y a beaucoup à apprendre des autres mouvements indépendantistes. Souhaitons que l'expérience catalane enrichira la nôtre.

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