Alexandre Dumas

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Donnez-moi de l'oxygène!

Publication: 10/02/2012 10:30

Il n'y a pas que Diane Dufresne qui pourra s'égosiller encore avec cette chanson culte du répertoire francophone: les contribuables de la classe moyenne, et les autres aussi, risquent fort de l'entonner à leur tour, à contrecoeur cependant, dans les prochains mois. Le «cochon de payeur» québécois (le plus taxé des contribuables en Amérique du Nord) pourrait bien être sacrifié une fois de plus sur l'autel du sacro-saint régime fiscal québécois. Une fois de trop, devrais-je dire!

Faut-il être à ce point déconnecté de la réalité à la Société de transport de Montréal, la STM, pour oser vouloir accoucher de brillantes recommandations prônant l'ajout de taxes et de péages visant à permettre dans un avenir qu'on devine rapproché, l'accès à cette métropole, dont les chantres les plus ardents, en apparence du moins, sont devenus bien malgré eux les plus ardents promoteurs du «450», la banlieue tant décriée.

Voilà une fois de plus que les «mini-penseurs» de la STM en «maxi manteaux» de prétention, adeptes de la moulinette en tête, s'apprêteraient à nous rabâcher les oreilles avec de grandes, savantes et créatives arabesques administratives pour mettre la table à l'introduction éventuelle de péages aux portes d'accès à Montréal, en ajoutant en prime, une surtaxe sur l'essence pour financer le transport en commun.

C'est le sens d'un mémoire présenté en janvier au ministre des Finances du Québec dans le cadre de ses consultations pré budgétaires. On nous donnera, en contrepartie, l'exemple de Londres en Angleterre, où l'on exige un droit unique de 8 livres, soit un peu plus de 12 dollars canadiens, pour accéder au centre-ville. C'est comme comparer pernicieusement un mouchoir de poche à un drap de lit.

Parlant de mémoire au fait, celle des administrateurs de la STM semble leur faire cruellement défaut. Faut-il se rappeler que dès 1978, monsieur Parizeau, alors ministre des Finances, instaurait la taxe ascenseur sur l'essence; une taxe qui devait être strictement temporaire, comme l'impôt des particuliers imposé par le gouvernement de Mackenzie King. Il n'y a rien de plus permanent que le temporaire au Québec! Donnez-moi de l'oxygène!

Et la surtaxe de 1 cent le litre en vigueur depuis le 1er janvier 2012 pour les seuls coffres de Montréal, ça sert à quoi? Et la majoration des droits sur le permis de conduire des automobilistes de Montréal des dernières années, ça sert à quoi? Et tout le reste aussi, ça sert à quoi? Donnez-moi de l'oxygène!

Visiblement, Montréal se dirige vers une ghettoïsation d'office qui fera fuir encore plus les masses de banlieusards, les consommateurs et les clients qui ne sont pas captifs du tissu commercial montréalais, les touristes d'un jour ou de courts séjours.

Montréal : ville fantôme. Il ne faudrait surtout pas trop conjurer le sort après tout.

Et tout cela survient au moment où le Québec vient de perdre 25 700 emplois en décembre 2011, au moment même où MABE Canada annonce un mois plus tard qu'elle fermera son usine de fabrication de sécheuses dans l'est de Montréal en 2014, lançant au chômage pas moins de 740 travailleurs, au moment où le Québec croule sous une dette sans cesse croissante d'un peu plus de 160 milliards de dollars; l'équivalant de 50% de son produit intérieur brut (PIB).

Par ailleurs, si l'on se fie aux études de l'Institut économique de Montréal, le poids de la dette engraissera sur un horizon de 5 ans de 11,3 milliards de dollars par année -- l'équivalent de 31 millions de dollars par jour ou de 21 532 dollars par minute.

«Emmenez-en des paiements», comme dirait un de mes amis comptable et redresseur d'entreprises qui se réjouit souvent que plusieurs entreprises soient acculées à la faillite. «C'est bon pour mon business», dit-il d'un air béat, à peine contrit!

Et s'il fallait prendre en compte la dette d'Hydro-Québec, celle des municipalités, des sociétés d'État, cette dette-là grimperait à 219 milliards de dollars. Et sans compter, pire encore, la dette du Canada qui frise les 800 milliards de dollars. Donnez-moi de l'oxygène...merde!

Faut-il en plus s'émouvoir que la publicité de grands cabinets de comptables tonitrue à la radio les vertus de leur mandat de syndic de faillite, appelant les consommateurs à faire appel à leurs services? À des tarifs établis par la Loi, de surcroît.

Et, au rythme où progressent l'appétit des pouvoirs publics et leur effrénée frénésie fiscale, il faudra peut-être envisager faire appel, concurrence oblige, au système de Brault & Martineau pour les prochaines générations : «50 ans de beaux paiements mensuels sans intérêt»... «Pis en plus, ils paient les taxes!» J'ironise à peine.

Donnez-moi de l'oxygène...Grand Dieu!