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Lutte contre l'intégrisme: l'heure est à l'action

14/01/2015 05:18 EST | Actualisé 16/03/2015 05:12 EDT

Dans les derniers mois, des symboles existentiels de nos démocraties et de nos sociétés, ici comme ailleurs, ont été attaqués. Militaires à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa, Chambre des Communes, Charlie Hebdo, des policiers ainsi que des juifs, parce que juifs, à Paris.

Qu'il s'agisse d'initiatives spontanées de « loups solitaires » ou d'actes structurés ne change rien à la portée des manifestations de l'intégrisme religieux, de ses agressions et de la haine exprimée à l'égard de ce que nous sommes.

À chaque occasion, nous nous recueillons, nous déplorons, dénonçons, réitérons que nous ne céderons pas et affirmons notre unité. Cela est nécessaire.

Mais nous ne pouvons en rester là. Il nous faut agir pour lutter efficacement contre l'intégrisme religieux, car le Québec n'est évidemment pas à l'abri. Au-delà d'une motion unanime de l'Assemblée nationale qui dénoncerait ces assassinats de manière symbolique, l'heure est à une intervention législative à la fois forte, nuancée et rigoureuse.

Face à un enjeu aussi sensible, deux dangers nous guettent. D'une part, celui de la généralisation, qui mène tout droit aux dérives, au racisme et à l'exclusion. De l'autre, celui de la fuite en avant qui nous ferait rester les bras croisés, par crainte de dérapages, devant une menace pourtant réelle.

Pour trouver ce juste équilibre et mener ce débat avec la hauteur qu'il requiert, les 125 députés à l'Assemblée nationale du Québec devront mettre de côté la partisanerie et travailler ensemble à la recherche de solutions.

À n'en plus douter, la lutte contre l'intégrisme devra faire partie des priorités de la prochaine session parlementaire.

Nous ne partons pas d'une page blanche. Plusieurs réflexions ont déjà été conduites par le passé. Fatima Houda-Pépin, notamment, a mis de l'avant une série de mesures fort valables dans un projet de loi déposé en février dernier. La création d'un centre de recherche-action sur les intégrismes religieux en faisait partie. Ces pistes doivent être explorées et approfondies. Nous devons améliorer notre connaissance de ces phénomènes pour mieux prévenir les dangers potentiels.

Évidemment, ce débat ne pourra être tenu sans ramener à l'avant-scène celui, bien que distinct, sur la laïcité de l'État et les accommodements raisonnables. Il faut prendre acte du fait que cette question n'a pas été réglée. Nous avons la responsabilité d'adopter des balises claires à cet égard.

En même temps, au moment où les extrémistes sévissent, il ne faut pas se diviser autour du port de signes religieux par des fonctionnaires. L'idée de la « clause grand-père » doit être écartée. Il faut trouver un consensus. La meilleure manière d'y arriver est de se référer aux recommandations réfléchies et mesurées du rapport Bouchard-Taylor. L'interdiction de signes religieux devrait se limiter aux gens en situation d'autorité, ce qui inclut, à notre point de vue, les enseignants.

Nous en appelons ainsi à tous les députés à l'Assemblée nationale. Nos valeurs les plus fondamentales - la démocratie, la paix et la liberté d'expression - doivent être protégées. L'inaction n'est pas un choix. Cet enjeu peut être traité avec fermeté et respect. À nous de le prouver. Rapidement.

Ce texte est cosigné par Alexandre Cloutier, député de Lac-Saint-Jean et candidat à la direction du Parti québécois, et Louise Beaudoin, ancienne ministre et ancienne députée.

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