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L'Amérique peut-elle retrouver sa grandeur?

Publication: 26/09/2012 10:23

Quand j'étais à l'université, il y a longtemps, j'ai étudié la présidence américaine. À l'université de Georges Washington, en 1976, la direction étudiante, l'Association d'étudiants de GWU, se réunissaient de nouveau après avoir été dissoute par l'université sur demande de la CIA, au plus fort des manifestations contre la guerre du Vietnam dans tous les campus du pays. Tout le monde était politisé; s'engageait comme volontaire pour Carter; prenait les bus scolaires pour faire campagne dans les banlieues de D.C. Nous voulions tous faire des stages dans les cabinets d'avocats, les agences gouvernementales ou au Capitol (et pourquoi pas les trois?).

Le cours le plus populaire dans le département de sciences politiques était "la présidence américaine" par Stephen J .Wayne. Le Docteur Wayne, maintenant à Georgetown University, donnait son cours sur The Presidential Character de James David Barber, The Economic Interpretation of the Constitution de Charles Beard et The Twilight of the Presidency de George Reedy. Les classes étaient pleines à craquer et Wayne était un orateur et un enseignant brillant, qui tenait ses étudiants sous son charme, sachant qu'un certain nombre d'entre eux rêvaient de vivre sur Pennsylvania Avenue. Pour commencer.

On dit du livre de George Reedy qu'il aurait mis dans tous ses états son ancien patron, LBJ (Lyndon B. Johnson), avec ses affirmations sur la présidence. J'ai trouvé un essayiste qui a expliqué pourquoi :

"La grande préoccupation de Reedy est assez simple. Il croyait que la fonction de président sombrait parce qu'elle était devenue une institution éloignant par sa nature même, le Président du pays qu'il devait diriger et des vrais problèmes qu'il devait résoudre. D'après Reedy, le président moderne était coupé de ceux qui lui diraient la vérité pour être entouré à la place par des "yes men" lui disant seulement ce qu'il souhaitait entendre.

Pour avoir été un moment dans les arcanes du pouvoir, Reedy estimait que la présidence était devenue une monarchie américaine, une institution qui n'avait jamais été envisagée par nos fondateurs. Il y a peu de limites au pouvoir de l'homme (ou peut-être un jour, de la femme) élu à ce poste, à part sa personnalité. La fonction est en réalité une scène, un endroit magnifiant les forces d'un président et ignorant souvent ses faiblesses.

C'est à raison que Reedy n'est pas du tout certain que les contre-pouvoirs de la Constitution, ainsi que l'influence des médias soient suffisants pour garantir que l'exécutif est réellement au service des Américains. Il explique que dans une très large mesure, le président peut faire ce qu'il souhaite, indépendamment de ce que veulent les gens et de ce qui est dans leur intérêt."

Ce texte est signé par John Dean, ancien conseiller du Président Nixon.

Ayant appris la réalité cynique du système monarchique américain, des passions "actives-positives", et de l'ennui "passif-négatif" de nos présidents, nous avons tous commencé à nous demander si nous n'avions pas choisi le mauvais moment pour nous lancer dans une carrière politique. Carter a remporté les élections mais semblait incapable d'activer les leviers et les boutons nécessaires pour faire avancer son agenda politique. Après Johnson, puis Nixon, la presse américaine était habituée à avoir un Président avec toutes les cartes en main et les qualités pour bien les utiliser. À tort ou à raison, Carter était vu comme un président faisant de petites mises et ayant peu de goût pour le jeu en général.

Reagan est alors apparu disant à tout le monde d'oublier le Vietnam et le Watergate. De se libérer des terribles résultats de toutes nos expéditions à travers le monde, ignorant les conseils des anciens colonialistes - qui étaient les Français pour nous donner des conseils militaires de toute façon ? - et d'avoir vu 55 000 Américains mourir, emportant une partie de notre âme avec eux, pour rien. Pour absolument rien.

Reagan nous a dit de laisser tout ça derrière nous. L'Amérique est formidable que nous fassions des choses formidables ou pas. Et quand nous faisons des choses terribles, et bien... c'est différent. Nous sommes différents. Passons donc à autre chose. Et c'est ce nous avons fait. Nous avons oublié le Vietnam. Nous nous sommes sortis du pétrin iranien par la petite porte. Nous avons fait des plans pour dégager les Russes d'Afghanistan, pour battre les Irakiens au Koweït, pour utiliser le prétexte de chasser Sadam Hussein afin d'obtenir le pétrole dont nous avions besoin. Nous avons trouvé Sadam Hussein dans un trou au milieu de nulle part. Mais nous avons été incapables d'empêcher un groupe d'extrémistes connus, armés de cutters, de ruiner le monde tel que nous le connaissions.

Même Ronald Reagan et ses bobards magiques n'auraient pu effacer de notre mémoire le 11 septembre et la façon dont cela a changé et les Etats-Unis, et la manière dont le monde nous perçoit. Et j'espère que ce souvenir ne sera jamais oublié. Jamais.

A mesure qu'approchent les élections, beaucoup d'Américains, j'en suis sûr, se demandent toujours pour qui ils vont voter. Obama est-il comme Carter, un petit maître d'école, qui n'a pas un seul as, encore moins un full? Romney est-il comme George Bush Sr, un "gant blanc", au service de Wall Street, qui ne saurait pas reconnaître un jeton de métro d'un bouton d'uniforme d'un portier?

De quoi avons-nous besoin maintenant ? Avons-nous encore besoin du genre de politique qui décide d'aller dans des endroits comme l'Irak et d'y brûler encore l'esprit militaire américain, mais en laissant des soldats blessés rentrer à la maison et lutter ensuite avec un système d'assistance aux vétérans sous-financé ? Est-ce que nous dépensons des milliards pour tuer et piller du pétrole, envoyant des hommes et des femmes courageux se faire tuer, au lieu de mettre en avant une politique d'énergie qui nous libèrerait de cet enfer, ou au moins de celui que nous créons pour les autres ? Est-ce que nous voulons toujours considérer l'éducation dans ce pays en haussant les épaules et en disant : "C'est comme ça. Encore une chose réservée aux riches. Comme une maison. Ou un plan de retraite digne de ce nom"?

Est ce que l'Amérique peut retrouver sa grandeur ? Est-ce qu'elle peut faire les sacrifices nécessaires pour redresser la barre après le cauchemar kafkaïen de Bush-Cheney ? Quatre ans ne suffisent pas à se remettre d'autant de dommages. Je ne sais pas si Obama peut l'accomplir en huit ans. Mais je vais vous dire une chose : l'Amérique ne retrouvera jamais sa grandeur sous une administration Romney. Ce sera formidable pour les riches, tandis que tous les autres devront diminuer leurs attentes de ce que cela signifie d'être Américain. Encore une fois. La plupart d'entre eux se contenteront d'hausser les épaules et de se plaindre.

Je pense que la réserve ou le détachement ou ce que vous voudrez d'Obama n'est qu'une façon pour lui de garder son sang-froid face à la pression adverse dans une compétition.

Je ne pense pas qu'Obama soit plus socialiste que ses prédécesseurs. Il a utilisé le gouvernement pour ranger un grand désordre, fait par le gouvernement lui-même. Un désordre qui a été créé en autorisant les gens riches à utiliser l'argent des impôts pour s'enrichir en apportant leur produits dans un marché aux prix subventionnés. Subventionnés par vous et moi.

En 2003, Robert Kennedy Jr a écrit cela :

"Les capitalistes d'entreprises ne veulent pas de libre-marché, ils veulent des bénéfices fiables, et le moyen le plus sûr pour y parvenir est d'écraser la concurrence en contrôlant le gouvernement. La montée du fascisme en Europe dans les années 1930 a offert de nombreuses leçons sur la façon dont le pouvoir d'entreprise pouvait miner une démocratie. En Espagne, en Allemagne, et en Italie, les industriels se sont alliés aux chefs de droite qui ont utilisé les attaques terroristes, les guerres incessantes et les invocations au patriotisme et à la sécurité intérieure pour dominer la presse, museler les critiques des opposants et placer le gouvernement sous contrôle des entreprises. Ces gouvernements ont mis des chefs industriels à la tête de ministères et les ont recouvert de l'argent du contribuable via de juteux contrats pour poursuivre les guerres et construire des infrastructures. Ils ont encouragé des sociétés à avaler des médias et ils ont enrichi les classes aisées, fait des privatisations, et diminué les droits constitutionnels, créant une prospérité de courte durée au prix d'un argent sale et de guerres constantes."

Réélisons Barack Obama.

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