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Oléoducs: le silence de Valérie Plante et Denis Coderre

La fonction de maire de Montréal implique à la fois la responsabilité et le pouvoir politique de protéger l'accès à l'eau potable et d'influencer les décisions concernant les oléoducs.

23/10/2017 09:00 EDT | Actualisé 23/10/2017 10:44 EDT
Olivier Robichaud
Valérie Plante et Denis Coderre.

Denis Coderre se vante d'avoir contribué à bloquer le projet d'oléoduc Énergie-Est de TransCanada qui aurait menacé l'eau par son débit quotidien de 1,1 million de barils de pétrole. Toutefois, il tolère deux vieux oléoducs rouillés qui menacent l'eau potable de millions de personnes dans la région métropolitaine par leur débit combiné de 472,900 barils par jour. Valérie Plante se targue de favoriser les vélos et le transport collectif. Par contre, que propose cette aspirante à la mairie à propos de ces deux bombes à retardement?

Enbridge

La première bombe est l'oléoduc de 41 ans appelé ligne 9B d'Enbridge. Avec l'accord de Denis Coderre, la direction de son flux a été inversée en 2015 afin d'acheminer 300,000 barils de pétrole lourd et corrosif de Sarnia en Ontario à Montréal tous les jours. Puis ces hydrocarbures provenant des sables bitumineux sont embarqués sur des pétroliers qui menacent tout le Saint-Laurent. Avant d'arriver à Montréal, ce tuyau comportant plus de 12,000 anomalies détectéestraverse 200 terres agricoles, passe près d'écoles et traverse la rivière des Outaouais qui est en amont de plusieurs prises d'eau potable de Montréal.

La mise en œuvre de conditions exigées par Denis Coderre pour autoriser l'inversion de la ligne 9B a été bâclée. Par exemple, pour effectuer des tests hydrostatiques, évaluant la résistance de l'oléoduc à la pression, l'Office National de l'Énergie (ONÉ) n'a demandé de tester que trois petites sections et Enbridge a obtenu l'autorisation d'utiliser une pression inférieure à ce que l'ONÉ avait initialement demandé. L'existence d'un plan d'urgence crédible était une autre condition. Pourtant, après l'inversion, des activistes ont mis en lumière l'inefficacité de ce plan. Après qu'ils aient bloqué le flux de l' oléoduc, la personne qui a appelé Enbridge a constaté que l'opérateur ne parlait pas français et ne détectait pas la fermeture de la valve! La compagnie a envoyé des policiers inexpérimentés qui risquaient de tout faire sauter. Finalement, l'une des activistes a suivi la procédure correcte en appelant les pompiers. Les citoyens réclament au moins une valve en amont de la rivière des Outaouais.

Le pétrole des sables bitumineux est plus dense que le pétrole conventionnel et plus corrosif, ces facteurs augmentent les risques d'incidents et la gravité des dégâts.

La compagnie Enbridge vante son système de "détection de fuite de haute-fidélité". En réalité, ces systèmes ne détectent que 10% des fuites et seulement celles ayant un débit supérieur à 588 litres par minute. Au Canada les compagnies ne sont pas tenues de rapporter les fuites de moins de 1,500 litres. Donc, les risques de fuites sont sous-estimés. Le pétrole des sables bitumineux est plus dense que le pétrole conventionnel et plus corrosif, ces facteurs augmentent les risques d'incidents et la gravité des dégâts. La ligne 9B n'est pas conçue pour ce type de pétrole.

Trans-Nord

L'autre bombe à retardement est l'oléoduc de la compagnie Pipeline Trans-Nord Inc. (PTNI), qui est âgé de 65 ans et transporte 172,900 barils d'hydrocarbures par jour d'Oakville en Ontario à Montréal. Une branche de cet oléoduc alimente l'aéroport en kérosène et une autre, des raffineries de l'est de Montréal. En 2016, deux commissaires minoritaires de l'ONÉ avaient demandé la fermeture de cet oléoduc, affirmant : «PTNI a eu six ans pour se conformer à de nombreuses ordonnances de sécurité rendues par l'Office, mais elle a négligé de s'y conformer entièrement.» Ce laxisme continue puisqu'une résidente de Saint-Lazare a découvert en 2016 un tronçon de cet oléoduc exposé à l'air à cause de l'érosion. La compagnie prévoit compléter la réparation "vraisemblablement" en 2018, soit 2 ans plus tard!

Cet oléoduc vétuste, qui passe proche de l'école primaire Adélard-Desrosiers à Montréal-Nord, a démontré sa dangerosité puisqu'il est responsable de six incidents au Québec. Par exemple, en 2010, il a déversé 14,000 litres d'essence près de la Rivière-des-Prairies. La même année, une fuite de plus de 1,500 litres de kérosène provenant de cet oléoduc dans la carrière Lafarge a obligé à retirer 202 millions de litres d'eau! N'oublions pas qu'en plus de couler, les oléoducs peuvent exploser. C'est le sort qu'ont connu plusieurs oléoducs canadiens.

Longueuil

En 2015, nous avons constaté la vulnérabilité des usines d'épuration d'eau aux hydrocarbures. Une petite fuite de 28,000 litres de diesel (176 barils), a eu pour effet de priver d'eau potable 300,000 résidents de la ville de Longueuil pendant trois jours. Le plan d'urgence était un vrai cafouillage, car on a d'abord dit aux gens qu'ils pouvaient boire l'eau qui sentait le diesel!

Imaginez l'effet catastrophique qu'aurait une fuite de 21,000 barils, soit 119 fois plus, comme celle qui s'est produite aux États-Unis dans la rivière Kalamazoo à cause de la ligne 6B d'Enbridge.

Imaginez l'effet catastrophique qu'aurait une fuite de 21,000 barils, soit 119 fois plus, comme celle qui s'est produite aux États-Unis dans la rivière Kalamazoo à cause de la ligne 6B d'Enbridge. Ce jumeau de la ligne 9B montréalaise transportait aussi du pétrole lourd en provenance des sables bitumineux de l'Ouest canadien. Enbridge a calculé qu'un bris de la ligne 9B pourrait entraîner un déversement de 957,000 litres (6,018 barils) en 13 minutes. Une telle fuite priverait la région métropolitaine d'eau potable pour plusieurs jours et peut-être des mois. Combien de décennies durerait l'augmentation de la fréquence de cancers? Ce risque est acceptable selon l'ONÉ et Denis Coderre qui ont endossé l'inversion. Qu'en pense Valérie Plante?

Valérie Plante et Denis Coderre

Les Montréalais et Montréalaises devront choisir leur maire ou mairesse le 5 novembre prochain. Ils ont le droit de savoir ce que les candidats comptent faire pour protéger l'eau potable. La fonction de maire de Montréal implique à la fois la responsabilité et le pouvoir politique de protéger l'accès à l'eau potable et d'influencer les décisions concernant les oléoducs. Pourquoi Denis Coderre endosse-t-il le fonctionnement de deux oléoducs aussi dangereux? Est-ce que Valérie Plante s'engage, si elle devient mairesse de Montréal, à faire tout ce qui est en son pouvoir pour fermer les oléoducs Trans-Nord et la ligne 9B d'Enbridge? Ou va-t-on simplement attendre qu'ils brisent et créent une catastrophe écologique, humanitaire et économique?